 | Comme l'annonce le site de la galerie Baudoin Lebon « Il est aujourd’hui inutile de présenter Joel-Peter Witkin. De Bogota, de l’Italie, et de son studio à Albuquerque, l’artiste a rapporté des rêves éveillés. » La galerie présente actuellement 17 tirages de grand format issus de prises de vues effectuées ces deux dernières années. Mais on peut y découvrir également (et c'est rare) ce très grand décor peint -en couleurs- qui a servi de fond à certaines prises de vues de l'artiste (rappelons que son travail est en noir et blanc). Il s'agit d'une sorte d'incongruité (heureuse ? dérangeante ?) pour qui fréquente depuis longtemps le monde de Joel-Peter Witkin. Irons-nous jusqu'à évoquer l'inconvenance ? Pas sûr car cet univers de Witkin bien qu'il soit peuplé de monstres, de chimères, d'animaux variés et extraordinaires, est bien un univers humain qui nous renvoie à nos imperfections, à nos drames quotidiens, à nos approximations, à nos ratages, aux reflets qui sont les nôtres et que nous évitons de croiser dans le miroir. L'univers véritablement plastique de ce décor est partie prenante de la construction générale du monde exposé par l'artiste. Il m'a évoqué un temps celui qui a été peint pour le très beau film de David Lynch Elephant Man (en noir et blanc) : le monstre véritable est confronté à son décor de foire qui porte jusqu'à l'absurde la trace enjolivée et débile des fantasmes du spectateur. Le décor peint fait référence à l'histoire de la photographie et évidemment à celle du portrait. |