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| La guerre dévisagée |
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| Bosnie, 1996, photographie de Gilles Peress |
| Cette photographie figure dans l'exposition L'Ombre de la guerre, actuellement à la MEP. |
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Amela Fako, jeune musulmane de 24 ans, trouva cette photo de sa famille après la guerre, quand elle put retourner dans sa maison à llidza, près de Sarajevo. Elle ne trouva rien d’autre : les Serbes bosniaques qui l’avaient occupée avaient emporté meubles et bibelots, ne laissant que cette image avec les visages effacés à l’aide d’une pointe acérée. Dans cette terrible forme de génocide qui dans l’ex-Yougoslavie prend pour la première fois le nom de «nettoyage ethnique», même la photographie, porteuse d’une mémoire historique, devient une cible stratégique pour anéantir l’ennemi, l’extirper d’une terre, dans une sorte de damnatio memoræ (malédiction de la mémoire) exhibée comme un instrument de suprématie et de pouvoir. Gilles Peress, qui pendant les dernières semaines du siège de Sarajevo, a assisté à l’évacuation des Serbes bosniaques des banlieues, écrit que pour la plupart des musulmans qui retrouvaient leurs maisons, «les images étaient les seules traces du passé. Les images étaient omniprésentes, elles tapissaient les sols des maisons, les rues ; des photos de famille à caresser, des pancartes politiques à déchirer, des souvenirs privés et publics d’un temps désormais révolu. Le siège avait pris fin, mais nous n’étions pas vraiment convaincus que la paix soit véritablement rétablie».
Cartel figurant à côté de la photographie de Gilles Peress
Commissaires : Alessandra Mauro et Denis Curti
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| L'Ombre de la guerre
Maison Européenne de la Photographie 5/7 rue de Fourcy - 75004 Paris |