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| art et frivolité... | |
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| La qualité de l'art contemporain décline depuis quinze ans. Il y a probablement de bonnes raisons à cela, mais aucune, finalement, n'en éclaire la cause fondamentale. Notre époque ne produit que très peu d'artistes de premier ordre. Et l'on ne peut davantage expliquer pourquoi ils furent si nombreux à la fin des années 1940 et au début des années 1950, puis à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Bien que beaucoup de choses aillent mal dans notre société, l'émergence de nouveaux artistes dépend avant tout d'eux-mêmes. L'explication selon laquelle l'époque et la société seraient défavorables ne tient pas. Elles le furent sans doute toujours et la question qui se pose est plutôt : cela va-t-il plus mal encore ou un peu mieux ? La justification que l'on donne pour ne rien faire est toujours mauvaise. Il faut aussi prendre en compte la responsabilité des artistes plus âgés dans le maintien d'un haut niveau de qualité. Cette qualité, ils la conservent dans leur œuvre personnelle mais c'est tout. L'existence de bons artistes dépend avant tout d'eux-mêmes : voilà le fait ultime, le fait têtu. Une réforme peut favoriser l'émergence de nouveaux talents, mais pas nécessairement. Il fut souvent démontré que le fait d'avoir davantage de moyens et un public plus nombreux ne garantissait rien. Les conditions dans lesquelles l'art se fait, qu'elles soient confortables ou difficiles, sont beaucoup plus importantes. La pratique artistique doit rester dans certaines limites, l'art ne supporte ni la frivolité, ni qu'on le dénature. Donald JUDD «Un long essai qui ne traite pas de chef-d'œuvres mais des raisons qui font qu'il en existe si peu», in Art in America, sept 1984 pp 9-19 Publié dans Écrits, Galerie Lelong, Paris, 1991, traduit par Anne Perez . | |
| illustration : Robert G. Harris (via ondiraiduveau) | |