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| BAILLET et les soviets | |||||
| Lors d’un diagnostic archéologique en 2004, à l’occasion de la transformation du parc de Baillet-en-France (Val d’Oise), une équipe de l’institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) découvre dans le parc, à l’intérieur d’une glacière datant de l’Ancien Régime, un impressionnant amoncellement d’éléments sculptés en ciment armé : têtes, membres, troncs moulés, médaillons, reliefs… À moitié pris dans la gangue de remblai, apparaît un médaillon révélant une inscription, un marteau et une faucille, un tracteur sur fond de montagne enneigée. Il s’agit d’un médaillon du Tadjikistan figurant sur les monts du Pamir. L’identification de ces fragments de grandes statues ne fait aucun doute. Le seul monument soviétique ayant existé sur le territoire français à cette époque fut le pavillon soviétique de l’Exposition internationale de 1937 à Paris, avec son propylée et ses deux massifs (2). | ||||
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| Il s'agit là d'un cas assez exceptionnel d'archéologie de la modernité. En 2009, une fouille est organisée par l’Inrap. L’enlèvement des éléments sculptés enfouis dans le puits se fait à l’aide d’un treuil électrique. L’ensemble des éléments est rassemblé sur 84 palettes. Après reconstitution de ce gigantesque puzzle, il apparaît que les éléments trouvés correspondent à la moitié des personnages de l’un des deux massifs du propylée du pavillon soviétique. | |||||
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| Et comment ces pièces ont-elles pu arriver là ? Sous le front populaire, au lendemain des grèves de juin 1936, l’Union syndicale CGT des travailleurs métallurgistes de la région parisienne (USMT) investit l’argent des cotisations syndicales dans des infrastructures répondant aux besoins des ouvriers. Acheté en avril 1937, alors que les congés payés et la semaine de 40 heures viennent d’être votés, le parc de Baillet de 71 hectares est conçu comme un espace familial entièrement consacré aux loisirs. C’est dans ce contexte social que l’URSS fait don, au syndicat, du propylée du pavillon de l’Exposition internationale de 1937 à Paris dont l’un des deux massifs sera exposé fièrement devant le château de Baillet (3). | |||||
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| En novembre 1939, suite au pacte germano-soviétique, le parc de Baillet devient le premier centre de séjour surveillé (CSS) réservé aux politiques. Du 20 décembre 1939 au 16 juin 1940, plus de 300 élus communistes et syndicalistes déchus de leur mandat y seront emprisonnés. Un certain nombre d’entre eux réussiront à s’évader pour rejoindre la Résistance. En novembre 1940, le gouvernement Pétain transforme le parc de Baillet en «centre rural de jeunesse France nouvelle» où sont formés plusieurs centaines de chômeurs de 14 à 17 ans. Les sculptures du propylée auraient été brisées à coup de masse au printemps 1941, au moment de l’invasion de l’URSS par les nazis, à la rupture du pacte germano-soviétique.
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| Les panneaux des massifs sont divisés en blocs numérotés pour un assemblage sur place. La mise en forme des reliefs atteste la technique du moulage. De plus de trois mètres de hauteur, les sculptures en mortier de ciment gris sont renforcées par des fers à béton. En 2010, leur retauration fait apparaître de façon spectaculaire les traces d’une pellicule de métal, mettant en évidence une technique de métallisation peu connue. | |||||
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| Ces bas-reliefs sont évidemment une œuvre de commande du pouvoir soviétique de l'époque. Leur style est immédiatement identifiable. Les personnages représentés , très typés -notamment du point de vue vestimentaire-, renvoient aux onze républiques soviétiques de 1937. Les objets et animaux qui les entourent ont valeur de symboles et font référence aux pratiques de l'industrie, de l'agriculture, du commerce, de l'artisanat et de toute autre activité valorisée par le régime. L'artiste qui les a exécutées est Joseph Tchaïkov . Ce travail de commande constitue le pendant horizontal de la célébrissime et monumentale sculpture de Véra Moukhina, "l'ouvrier et la kolkhozienne", qui surplombait le pavillon soviétique de l'Exposition internationale de 1937, face au pavillon nazi d'Albert Speer. | |||||
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| On comprendra que ce type d'exposition puisse faire naître des critiques virulentes étant donné que cette pratique artistique avait la vocation d'être au service d'un régime totalitaire. À ce titre on devra également réfléchir sur le statut des objets d'art de toutes sortes notamment quand ils entretiennent des relations trop incestueuses avec les différents pouvoirs, toutes époques confondues. S'interdire de prendre en compte la réalité de cette statuaire équivaudrait, par exemple, à évincer des ouvrages d'histoire de l'art la plus grande partie des productions de l'époque romaine. «Cette exhumation s'inscrit dans un travail de réexamen de l'art soviétique des années 1930, trop hâtivement réduit au seul statut d'outil de la propagande stalinienne, et de redécouvrir un artiste que son œuvre « officielle » avait conduit à oublier. Cette découverte pose aussi la question de la préservation et de la présentation des ces ensembles, dans les pays de l'ancien bloc soviétique comme en France.» , souligne à juste titre un article de l'INRAP consacré à l'exposition. Que l'on apprécie ou non l'esthétique de l'époque, ceci est en tout cas un excellent stimulant pour qui s'intéresse à la production et au devenir des œuvres d'art. | |||||
| article de l' INRAP | |||||
| visite virtuelle du chantier | |||||
| Une partie des textes de présentation de cette exposition sont empruntés aux cartels et panneaux explicatifs présentés dans l'exposition elle-même. Les photographies appartiennent au corpus historique de l'exposition exceptées la 1 ainsi que la 7 et les suivantes qui sont des photographies personnelles. | |||||
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| Musée archéologique du Val d'Oise 4, place du Château - 95450 GUIRY-EN-VEXIN jusqu'au 31 décembre 2011 | |||||