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| Figura ombres |
| Figura ? D’abord fantôme, ensuite figure. Voudra-t-on voir là un lugubre assombrissement de la vie lumineuse de l’Hellade ? Tournons-nous alors vers les Grecs, cette culture du soleil éprise de la vie et de la vision au point de les confondre : vivre, pour un ancien Grec ce n’est pas comme pour nous respirer, mais voir, et mourir, perdre la vue. Nous disons «son dernier soupir», mais eux «son dernier regard». Pire que castrer son ennemi, lui crever les yeux. Œdipe mort vivant. En voilà bien une esthétique vitaliste. Plus que l’égyptienne, assurément. Surprise : ici aussi, le trépas gouverne. Idole vient d’eidôlon, qui signifie fantôme des morts, spectre, et seulement ensuite, image, portrait. L’eidôlon archaïque désigne l’âme du mort qui s’envole du cadavre sous la forme d’une ombre insaisissable, son double, dont la nature ténue mais encore corporelle facilite la figuration plastique. L’image est l’ombre, et ombre est le nom commun du double. Régis DEBRAY Vie et mort de l’image, p 19-20, Éditions Gallimard, 1992 |