 | «Cela faisait plus d’un an qu’elle attendait ce moment, la sortie de l’année, sa sortie de l’année. Elle en avait rêvé en long, en large et en travers, de ce manège. Montée à la manière d’une Dada’sgirl, capable en théorie de rivaliser avec le plus agile des cow-boys, Mary Sue allait choisir celui-là : ce joli jumper monté comme un étalon, carrossé version Ferrari, cabrant tout ce qu’il peut dans un rodéo pour fifille pas si facile. Son dévolu jeté, c’est parti pour cinq minutes qui comptent à fond à cet âge-là, les cinq minutes de bonheur pour lesquelles elle a attendu au moins toute sa vie ! C’est une habituée, ça se voit tout de suite : elle tourne, lâche les bras, crie, flirte avec les mouches, papillonne, rodéote…. Oh ! Le grand manège. Elle s’envoie en l’air, basculée en mode cow-boy, elle tire dans le vide tout ce qu’elle peut, quitte à s’étonner elle-même. Il faudrait peut-être lui dire que tirer dans le vide c’est interdit ! (Y’a que dans les films qu’on voit ça et quels films !). Une fois le tour terminé, c’est un champ de bataille, un Waterloo de l’enfance. |