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| Quinta del Sordo | |
| « Mais comment représenter le ciel et la terre sans la présence d'un être, sur terre, sous le ciel ? Et Goya lui-même, peut-être, n'aurait su dire si ce qui a surgi au creux de la vague sombre, une tête, la tête d'un chien noir, fut d'abord une tache, une vague forme, une forme vague ; ou s'il eut le dessein de ce chien, dont on ne voit qu'à demi la tête. (...) Nous sommes touchés par ce chien comme il nous arrive de l'être par un poème de Michaux, un lambeau de parole, un chiffon déchiré de parole comme accroché à un fil barbelé, dans un vent sale, un lieu de ruine, la nue détresse d'être au monde et de trouver dans la faible force de le dire une espèce de consolation, de repos dans le malheur. Qui aurait pu voir ainsi ce chien avant nous, cette peinture, à peine une peinture, et qui pour nous est la peinture même ? Est-ce parce que nous avons appris à nous perdre, à noyer notre regard, dans les Nymphéas de Monet, notre peinture chinoise ; l'évanescence, le reflet d'un jardin dans l'eau, mais d'un jardin qui n'est qu'un songe de jardin, un sommeil enfoui dans les arcs-en-ciel ? Est-ce qu'après Monet est venu Rothko et qu'une étendue de couleur sur la toile, rien que cette étendue, nous dit comme rien d'autre, notre sentiment indicible d'être au monde ? » |
| Claude-Henri Rocquet | |
| illustration : Le Chien (Peintures noires) Musée du Prado, Madrid | |