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| Swiss Press Photo | |
| A l'origine de ce petit papier d'aujourd'hui, un texte que j'ai lu sur le blog de Diplomatie Ouest-Indienne, et d'une photographie, celle que je reproduis ici, à gauche. "La dame" de Diplomatie Ouest-Indienne pose un problème intéressant et je lui ai laissé un commentaire. Et puis finalement j'ai décidé de prolonger ce commentaire en lui donnant la forme d'un post sur mon blog. Cette photographie n'a pas été faite par Spencer Tunick mais par Michael Würtenberg. Il s'agit du choix du jury de la Swiss Press Photo de cette année. |
| Cette photographie ci-dessus, on l'aurait juré, ne peut être que de Spencer Tunick. Ou alors il s'agit d'un plagiat imbécile, tant le travail de Tunick est connu sur l'ensemble de la planète. Alors que s'est-il passé ? | |
| On connaît le travail de l'artiste américain Spencer Tunick qui consiste à rassembler une foultitude d'individus résolument nus dans des lieux généralement urbains et d'en faire une prise de vue. Son travail a pour décor le monde entier et les lieux les plus variés. Il a décidé, cette fois-ci, en collaboration avec Greenpeace, de donner rendez-vous à 600 personnes sur le sommet du glacier d'Aletsch (le plus grand glacier des Alpes, dans le Valais) afin de sensibiliser le monde sur le réchauffement de la planète. | |
| La dame de Diplomatie-Ouest indienne est médusée (comme moi, d'ailleurs au premier coup d'œil) en découvrant le choix du jury pour la Swiss Press Photo de l'année : The Winner is Michael Würtenberg... Je me suis posé les mêmes questions : comment est-ce possible ? Et puis j'ai regardé : Et je me suis rendu compte qu'il s'agit d'envisager ici la photographie du point de vue des catégories. On connaît le travail de Spencer Tunick qui se situe très clairement du point de vue artistique : la photographie de Spencer Tunick relève d'une démarche artistique, toujours la même, qu'il déclinera sans doute à l'infini. Dans le cadre de cette démarche artistique, il nous livre une énième photographie, celle du glacier d’Aletsch et de ses figurants qu'il photographie nus et de face. On sait la publicité qui est faite depuis un certain nombre d'années autour du travail de Spencer Tunick (même ceux que l'art contemporain ne passionne pas spécialement semblent intéressés par les photographies de Spencer Tunick : le sujet -accumulation de nudités variées- et le côté spectaculaire de la prise de vue). Lorsqu’ils apprennent que l’artiste organise une prise de vue, les photographes "de presse" sont autant de mouches qui tournent autour d'un pot de miel. D’où la profusion de reportages en tout genre autour de cet artiste sur les chaînes de télévision et dans les magazines les plus variés. Pour ce qui concerne la photographie de Michaël Würtenberg je note qu'il s'agit du prix décerné par la "Swiss Press Photo", donc il s’agit bien d’une photographie de "presse", donc d’une photographie documentaire (censée nous communiquer une information). Ces deux photographies relèvent donc de deux catégories différentes : d'une part une photographie artistique (Spencer Tunick) et d'autre part une photographie documentaire, relatant un événement (celle de Michaël Würtenberg). | |
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| Ce qui est passionnant c'est le résultat : nous avons affaire à deux photographies à priori identiques ; seul le point de vue change -face ou dos- (c'est plus précisément la position des figurants qui change, le décor reste le même). En vérité c'est le mode de diffusion par le web qui ne permet pas de sentir les différences : celle de Würtenberg, dans sa réalité d’objet photographique, a vraisemblablement un format courant (30x40 cm dans le meilleur des cas si elle est sur papier mais sa diffusion a toutes les chances de se faire numériquement) alors que Spencer Tunick travaille vraisemblablement à la chambre (le format peut atteindre deux mètres de côté sans perte de définition). Sur un écran, elles ont toutes les deux la même taille et la même apparence. Cela dit, la justification du jury entretient la confusion puisqu’elle parle de “création” alors que s’il y a “création”, celle-ci se situe plutôt du côté de Spencer Tunick (au moins pour ce qui concerne le tout début de sa démarche) : La photographie primée par le Swiss Press Photo 2007 montre 600 personnes nues sur le glacier d’Aletsch. Cependant, il ne s’agit nullement de l’image du célèbre photographe Spencer Tunick, mais d’une interprétation de l’idée originale par l’ex-photographe de presse zurichois et lauréat Michael Würtenberg. Il s’agit “d’une création brillante, captivante et significative du point de vue social” selon le jury. Après, on peut apprécier ou non le travail de l’un ou l’autre photographe, ou bien le choix du jury de la Swiss Press Photo et ceci est une autre affaire. | |