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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 12:31
Les amants de la forêt


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Robert Devriendt, artiste néerlandais exposé à la galerie Loevenbruck. Devriendt raconte de petites histoires de la vie courante par séquences. Bonne peinture. Classique.
Ce qu'il faut que tu saches, lecteur, c'est que dans cette reproduction que tu as sous les yeux, on pourrait y loger deux fois la vraie toile : dimensions du tableau, 6,5 x 8,5 cm.


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L'effet est spectaculaire : tu rentres dans la galerie et sur les murs blancs de tout petits objets sont alignés au milieu de chaque pan de mur par quatre, cinq, parfois un peu plus. Le rapport de formats mur/œuvres est assez étonnant.
 
Le mode d'accrochage, notamment dans le rapport que le format de l'œuvre peut entretenir au mur est passionnant. La parcimonie, la disparité, ou bien au contraire la profusion, la prolifération, interrogent le regard. J'avais évoqué cette question dans une série de billets précédents à propos des «cabinets d'amateur» et de certaines expositions actuelles qui proposaient des modes d'accrochage intéressants.

Un autre artiste,
Araki, actuellement exposé à la galerie Kamel Mennour, avait lui-aussi pris l'habitude de proposer des accrochages étonnants, allant dans le sens que j'indiquais  ; l'exposition que nous avions vue, il y a quelques années  au CNP, était tout à fait saisissante de ce point de vue. La seule pièce jouant sur l'accumulation qui est présentée chez Kamel Mennour est un caisson lumineux d'assez grande taille rassemblant des centaines de diapositives 24x36 non-découpées et alignées en de multiples registres (détail,agrandissement). Mais il ne s'agit malheureusement pas ici d'un parti-pris lié à l'espace.
 
Exposition Robert Devriendt, «Les amants de la forêt», 
galerie Loevenbruck, 40 rue de Seine, Paris, 09 mars-28 avril 2007

Exposition Araki, «Carte blanche», galerie Kamel Mennour, 75 rue mazarine, Paris, 1 mars-14 avril 2007
 
illustrations :

1. Séquence (Passion & Crime), 2006 Détail d'une série de 5 peintures
Huile sur toile ; 6,5 x 8,5 cm (carton de la galerie)
2.
Séquence (Passion & Crime), 2006,  série de 5 peintures
Huile sur toile (extrait du site de la galerie)
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 13:49
David Lynch
The Air Is on Fire

du 3 mars au 27 mai 2007


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«The Air Is on Fire» ("L'Air est en feu").
« Ce sont juste quelques mots que j'avais écrits sur un dessin, et qui peuvent faire surgir mille images chez chacun.»
David Lynch

Magnifique exposition qui débute ces jours-ci à la Fondation Cartier à Paris. Lynch aime les mots. Pour leur mystère, leurs sonorités. Un beau titre chaud et énigmatique emprunté à un dessin, ancien, pour cette exposition :
The Air Is on Fire.

Les dessins de David Lynch.


De très hautes et imposantes structures métalliques noires sont dressées solidement dans les deux salles du rez-de-chaussée. A droite, c’est l’univers des ténèbres. L’espace est plongé dans le noir. Les hautes formes métalliques sont tendues de toile épaisse et bétonnée de gris à la manière de peaux animales qui sèchent. Elles servent
de supports. Dessus sont accrochées les peintures noires, énigmatiques, profondes, envoûtantes. L’espace est alvéolé. La circulation ne peut se faire qu’en circonvolutions successives ; rien de linéaire : on passe et repasse, on passe et ressasse. La scénographie pensée et réalisée par David Lynch nous fait éprouver physiquement, dans nos déplacements, ce ressassement, cette obsession qui est celle que chaque créateur connaît lorsqu’il s’agit d’aller puiser à nouveau, à chaque fois, aux mêmes endroits, ces endroits de l’enfoui, du malaisé, de l’indicible, de l’irreprésentable.


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En revanche, tout autour, sur les murs et à hauteur du regard, sont alignés 500 dessins, disposés en registres bien réguliers, exposés soigneusement à l’aide de précieuses marie-louises grises, dans de longs encadrements qui courent tout autour de la pièce et selon un mode parfaitement chronologique.
Ces dessins sont étonnants. Merveilleux, intelligents, intimes et souvent bouleversants.

David Lynch a pris l’habitude, depuis toujours, de dessiner sur tous les supports qu’il rencontre ; et ceci , avec une grande constance : serviettes en papier, post-it, petites pages arrachées de carnets à spirale, Kleenex, pochettes d’allumettes (illustration, incipit), dessus de tables de bistro en papier.

Prises de notes : un travail assidu, rigoureux et régulier.
Uniquement de petits formats. Le travail est minimal, obstiné, exécuté avec minutie et donne, très souvent, l’impression que David Lynch s’engage pleinement, remet tout sur la table et rejoue à chaque fois l’ensemble de son œuvre sur un fragment de papier buvard ou à l’intérieur d’une petite boîte d’allumettes.
Les outils utilisés sont variés : crayons à papier, stylo à bille, feutres, gouache, aquarelle, crayons de couleurs, techniques combinées. Des numéros de téléphone, quelques noms, des additions ou mutiplications, de petites phrases énigmatiques qui chantent lorsque l’on se met à les prononcer à haute voix, parsèment ces petits objets que l’artiste a pris soin de conserver depuis les années 60. Et, là aussi, nous sommes étonnés de constater une chose surprenante : David Lynch conserve tout ! Une détermination sans faille.

Cette partie fonctionne comme contrepoint. Il s’agit, en quelque sorte, d’une «hygiène de vie» qui accompagne son quotidien. Et cette pratique au quotidien fait partie intégrante de sa démarche d’artiste où l’on voit que les éléments qui la composent sont un jour ou l’autre recyclés tel ce petit dessin (non daté) que je présentais hier et qui prendra une forme architecturée dans l’exposition ou encore cette inscription sur un autre dessin (écriture automatique ?) qui donnera le titre de cet
te magnifique rétrospective de la Fondation Cartier : The Air is On Fire.  

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J’ai personnellement une admiration sans bornes pour ce travail qui relève à la fois de l’ obstination et de la rigueur (une sorte d’ascèse, d’hygiène de vie), mais également du délire, de la fantaisie et de l’extravagance.
Concernant ces petits objets sagement alignés tout autour de cet espace d’exposition, il s’agirait évidemment d’évoquer bien d’autres choses encore : la luxuriance, l’intelligence des formes et des formats, le nombre et la dimension inflationniste qu'ils renvoient, l’informe, le magma, les animaux de toute sorte, les petits morceaux de corps éclatés un peu partout et que l’on tente de rassembler (en se disant que, fragmentés, c’est bien mieux comme ça, d’ailleurs...), la mise en scène d’espaces mystérieux, sobres et improbables, l’association du rebut et du précieux, etc. Mais également la variété. L'unité dans la variété. David Lynch, artiste de l'intelligence et des affects.
Affectueusement.




Je vais (sans doute) continuer encore à en parler ces jours-ci.


«The Air Is on Fire», exposition à La Fondation Cartier pour l'art contemporain

du 3 mars au 27 mai 2007
illustrations :

1.
Sans titre, sans date, Technique mixte sur pochettes d'allumettes ©David Lynch
extrait du site de l'Express

2. Sans titre, sans date, crayon sur papier 22,8x15,2cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21
extrait du site de la Fondation Cartier

3. The Air Is on Fire, sans date, feutre sur papier 10,3x15,2cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

4. Sans titre, sans date, Stylo sur papier 23x13,6cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

5. Sans titre, sans date, Technique mixte sur papier 7,6x12,7cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

6. The Air Is on Fire, sans date, feutre sur papier 10,3x15,2cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

7. Sans titre, sans date, Technique mixte sur papier 35,4x27,9cm ©David Lynch
extrait de Beaux Arts magazine, mars 2007, p 108

8. Sans titre, sans date, crayon sur papier 10,1x9,2cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21

9. Sans titre, sans date, stylo à bille sur serviette en papier ©David Lynch
extrait du site de l'Express

10. Sans titre, sans date, stylo à bille sur papier 10,3x15,3cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21





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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 07:04
David Lynch
The Air Is on Fire

du 3 mars au 27 mai 2007


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«The Air Is on Fire» ("L'Air est en feu").
« Ce sont juste quelques mots que j'avais écrits sur un dessin, et qui peuvent faire surgir mille images chez chacun.»
David Lynch

C'est aussi le titre de cette merveilleuse exposition qui débute ces jours-ci à la Fondation Cartier à Paris. Titre beau et énigmatique sur lequel David Lynch persistera à garder le mystère comme sur l'ensemble de son œuvre.
La force de ne rien dévoiler...


Nous connaissons David Lynch pour avoir vu et revu ses films aux ambiances mystérieuses, glauques, fantastiques, fascinantes, imprégnées d'inquiétante étrangeté et pleines de poésie. Mais David Lynch est un peintre, un dessinateur, un photographe, un créateur d'ambiance et de musique, un bricoleur de génie. Seuls quelques dessins et quelques toiles avaient été montrés à Tokyo en 1990 mais rien de plus.
Cette œuvre complexe, fascinante est présentée pour la première fois en France. La Fondation Cartier montre ce travail assidu, ample, rigoureux et régulier, d'un artiste connu pour être cinéaste et qui a fait du cinéma...par hasard.
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Le peintre David Lynch avait en effet l'intention de réaliser un tableau en mouvement. On raconte qu'un jour il vit dans son atelier une de ses toiles trembler fébrilement sous l'effet du vent. Il eut l'idée de réaliser une peinture mouvante et ce fut «Six Men Getting Sick» (1967, à gauche) un petit film d'animation. Ce qui déclencha son désir de continuer à fabriquer des images qui bougent.

On peut voir ce petit film de quatre minutes projeté dans l'exposition. Il y eut d'autres courts-métrages, d'autres films d'animation, avant le fameux long-métrage «Eraserhead», devenu un objet de culte. Tous les courts sont projetés dans la grande salle du bas de l'exposition. Et comme David Lynch est un homme d'ambiance et un homme d'espaces, il a recréé pour ces projections le petit théâtre à lourds rideaux, à colonnettes et scène éclairée d'ampoules au sol que l'on voit apparaître, justement, dans le film «Eraserhead». Nous regardons les projections confortablement installés dans les fauteuils ronds et rouges du petit théâtre du film-culte.

Dans le même état d'esprit, je ne t'ai pas dit, lecteur : tu vois l'image en haut de l'article ? C'est un petit dessin de David Lynch. Un dessin grand comme un paquet de cigarettes (extrait d'une série de 500 dessins que l'on peut voir et dont je te parle demain). Et bien, Lynch, le bricoleur de génie, lui qui a scénographié toute son exposition, a décidé de fabriquer une réplique en volume grandeur nature de ce lieu sorti de son imagination, de telle sorte que le visiteur puisse déambuler dans un espace digne d'une chambre rencontrée dans Blue Velvet.
La petite salle du sous-sol a été moquettée en rouge léopardée noir, comme l'accès des toilettes, d'ailleurs... Le grand David a tout dessiné.
Oeuvre d'art total.

Je continue la visite demain (j'espère).

«The Air Is on Fire», exposition à La Fondation Cartier pour l'art contemporain

du 3 mars au 27 mai 2007
                   
illustrations :

1. Sans titre, sans date, Technique mixte sur papier 7,6x12,7cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier
2. David Lynch, photographie : Jonathan Frantini pour Beaux Arts magazine, janvier 2007
extrait de Beaux Arts magazine, mars 2007, p 99
3. Six Men Getting Sick, 1967, 4 min, (film de 45 secondes en boucle), 16 mm, couleur, projection sur écran-sculpture.
©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 07:36
Der Lauf der Dinge
vidéos, extraits


Après la visite de l'exposition, un dernier petit tour ...
Voici un florilège d'extraits de Der Lauf der Dinge de F&W glanés sur le net :


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Le dernier n'appartient pas à Der Lauf der Dinge mais c'est encore Der Lauf der Dinge qui a inspiré cette publicité pour Honda .
Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), du 22 février au 13 mai 2007
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 07:01
Remembering Paralinguay
Images (sans) voix


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La blondeur du visage de Paulina Wallenberg-Olsson et le noir du sans-fond hurlant de la même Paulina qui émerge de ce décor neutre et obscur, nous fascinent et nous figent à la fois.

Cette vidéo-installation de Gary Hill montre une femme en noir (Paulina) qui s'approche et commence à pousser des cris, bizarres, insupportables. La jeune femme donne l'impression de ne pas arriver à parler, à prononcer des mots. Son visage (beau ?) se déforme. Bizarrement, on s'identifie presque. On partage cet effarement, cette angoisse, et la dame en noir parvient à nous aimanter.

D'où vient ce cri qui déforme et enlaidit ? Sert-il à nous faire sentir l'échec du langage à communiquer l'essentiel ?
(La perte)


Photogramme extrait de l'installation vidéo "Remembering Paralinguay" de Gary Hill, 2000. Avec l'artiste Paulina Wallenberg-Olsson, video/sound installation, 2000
courtesy Barbara Gladstone Gallery, NYC

Cri énigmatique.

"Remembering Paralinguay",
galerie Donald Young.

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 07:12

Stan Brakhage
Images sans voix


brakhage1-100.jpg   VOX
VOX
VOX
VOX
 brakhage3-100.jpg

MUTE
MUTE
MUTE
MUTE
MUTEbrakhage2-100.jpg

Stanley Brakhage a fait des films qui sont muets, pour la plupart d'entre eux. Le son est donc pris en compte par le creux, si l'on peut dire.
Radicalité du choix du silence (il fut élève de John Cage).

 L'expérience physique et partagée du silence peut s'avérer gênante : que l'on songe à la projection en salle d'un film silencieux comme ce film,  Dog Star Man : Part 2,  en compagnie d'un public dont on partage le bruit de la respiration ou du transit intestinal.

C'est dans ces conditions que se fait le plus entendre le silence hurlant des films de Brakhage.


Stanley Brakhage, 1933-2003

Illustrations :
Dog Star Man : Part 2, 1963, film 6mn30, couleur, silencieux, 16mm 24 im/sec, Stan Brakhage,
collections CNAC, Centre Georges Pompidou.

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 18:08








28 FÉVRIER 2007 Sommaire de février 2007

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FÉVRIER 2007 FISCHLI & WEISS .4

24
FÉVRIER 2007 FISCHLI & WEISS .3

23 FÉVRIER 2007 FISCHLI & WEISS .2

22 FÉVRIER 2007
FISCHLI & WEISS

21 FÉVRIER 2007 Soudain l'été dernier

20 FÉVRIER 2007 Liz TAYLOR - Joseph MANKIEWICZ

19 FÉVRIER 2007 Mutatis, mutandis - La Maison Rouge

18 FÉVRIER 2007 Tetsumi KUDO

17 FÉVRIER 2007 LAOCOON

14 FÉVRIER 2007 Alfred HITCHCOCK - Psycho

13 FÉVRIER 2007 Francis BACON

11 FÉVRIER 2007
Franz Xaver MESSERSCHMIDT

06 FÉVRIER 2007 Eisenstein - Le Cuirassé Potemkine

01 FÉVRIER 2007 Je vous aime - E.J. MAREY



....
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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 00:02
Fleurs & Questions
Une rétrospective
du 22 février au 13 mai 2007


Une rétrospective Fischli et Weiss au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Un bonheur, donc (voir le billet Fischli et Weiss) .

Reprenons. Hum, hum... Plusieurs questions me taraudent.
Tarauder, tarauder... Justement, voilà une question importante : la question des trous. Les trous dans l'œuvre de Fischli et Weiss...
fischli-weiss-camion-250.jpg Cette petite sculpture, tout en caoutchouc noir, on peut la voir comme un autoportrait(s) ? F&W, dubitatifs, devant un trou (noir) plongeant dans le sol ; eux, les artistes, y introduisent un tuyau relié à un camion-citerne. Ils triturent, ils cherchent, ils attendent. Métaphore de la quête ? (vaine)
Le trou : genre appartenant à la fois à la catégorie du trivial et à celle de la métaphysique. L'écart (voire le grand écart) sur un sujet, ça peut être une façon d'envisager l'œuvre de F&W. Revenons à nos trous. Une salle de l'exposition est consacrée à ce qui relève, globalement, de cette préoccupation.

On va y trouver, par exemple, une sculpture,
Röhre, Tuyau, (1, ci-dessous), représentant un tuyau court, large, légèrement courbe, en polyuréthane. On apprend que F&W ont travaillé avec les services des égouts de la ville de Zurich. La scuplture ci-dessus s'appelle, d'aillleurs, Les égoutiers. Le cloaque. Duchamp, pas loin...? Ce ne serait pas la première fois que F&W feraient un clin d'œil au Maître. «Tout-à-l'égout sont dans la nature» : dixit Marcel D.

Une autre sculpture Tier, animal (2) représente une petite bête à quatre pattes, creuse, avec, d'un côté, deux trous pour les yeux et un pour la gueule, et de l'autre, un autre, tout rond pour l'anus. Le jeu consiste à placer son oeil pour regarder dans le corps vide de l'animal : lorsque l'on regarde par l'anus, on voit la bête qui nous regarde de l'intérieur (l'impression d'être face à soi-même ?). Bon, il faut pas être trop sérieux avec F&W. Deuxième règle : désamorcer à temps.

Un autre trou : Kanalvidéo (5) qui est une projection, genre kaléidoscope, qui t'aspire toujours plus profond...
Fournie par le service de voirie de Zurich à la demande de Peter Fischli & David Weiss, la bande vidéo est constituée d’une heure de travelling avant d’une caméra télécommandée dans une canalisation d’égout, afin d’en vérifier la salubrité...Un peu comme dans le Paradis de Jérôme Bosch du Palazzo ducale à Venise. (Enfin, faut pas pousser... Désamorcer à temps, je te dis.)

Et puis il y a Fragentopf, (3, à droite de l'image et 4) le pot aux questions qui est un très grand récipient de 2 mètres de diamètre dans lequel il y plein de questions écrites sur la paroi. On se dit : pour écrire ces questions, F&W ont du physiquement rentrer dans le pot, tomber au fond du trou... Éprouver physiquement leur questionnement. Le grand écart, je te dis ! Plonger dans un trou (sans fond) et se poser des questions, ça te rappelle rien ? Métaphysique, je te le répète.

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Le pot aux questions va être une étape qui va nous accompagner vers une autre salle, toute noire celle-ci, dans laquelle des questions écrites tout en courbes et ondulations blanches seront projetées de manière souple, en fondu-enchaîné. La manière est ludique ; les questions sont drôles, souvent naïves, parfois profondes (comme certains trous). L'art de F&W, l'air de rien, sous son côté pseudo-infantile, bricolé, pose pas mal de questions. D'ailleurs, pour ce qui concerne le bricolage et les savoirs-faire en général, F&W posent là aussi de bonnes questions : il faut se rappeler ce que disait Levi-Strauss de l'artiste et du bricoleur :
«Tout le monde sait que l'artiste tient à la fois du savant et du bricoleur : avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps objet de connaissance».*

De ce point de vue, il est marrant de mettre en parallèle les travaux 9 et 10 (ci-dessous) : l'image 9 montre un petit travail naïf en terre non cuite, un truc un peu patouille, mal dégrossi. C'est un bout d'autoroute. L'association d'un sujet comme celui-là (vaguement inhabituel), du medium qui lui est associé et la manière un peu grossière avec lequel il est traité, est déjà déroutant (si j'ose dire...). Mais lorsqu'on le resitue dans son contexte, l'effet est extraordinaire : il s'agit d'une pièce appartenant à une véritable "forêt" de sculptures de ce type (intitulée "Soudain cette vue d'ensemble") et qui représentent des scénettes ou de petits lieux communs fabriqués de manière franchement humoristique. Le savoir-faire lié à la pratique de la terre est volontairement négligé. Et on s'aperçoit que l'écart des savoirs-faire est énorme lorsque l'on découvre l'œuvre suivante (10), Tish, qui présente une accumulation d'objets usuels, sans intérêt, sur une table et qu'en lisant le cartel, on se rend compte qu'il s'agit là d'objets fabriqués en polyuréthane ; des ready-made, en quelque sorte. Duchamp, pas loin ? Je te disais.
Le naïf et le bricolé cachent un savoir-faire et une réflexion au delà de ce qu'on peut imaginer. L'air de rien...


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Il y a d'autres questions qui m'intéressent dans le travail de ces deux artistes mais ça risque d'être un peu long... Alors, en vrac :

- L'idée du travail à deux chez F&W : on doit être, de temps en temps, proches du déséquilibre, de la chute. Comment cela peut-il tenir ?
Là, il est impossible de superposer le destin d'un artiste à son œuvre, comme on le fait souvent sans réfléchir pour tous les autres artistes.

-La banalité, toujours interrogée, toujours prise en compte. Jamais esquivée et jamais ennuyeuse à tel point que cette banalité rejoint parfois l'étrange : les mouvements extraordinaires de ces pauvres objets de Der Lauf der Dinge, les situations abordées par un ours en peluche et un gros rat un peu ridicules dans un film tel que La moindre résistance, une racine (13) ou une armoire en caoutchouc, ou encore une projection lumineuse faite sur un mur à l'aide d'un verre à moutarde et appelée pompeusement (mais qui fait rêver) "Le Rayon Vert"...
-La prise en compte de la beauté des images au premier degré sans que le spectateur aguerri en ait à en rougir... Exemple : ces murs d'images, dans l'exposition (11 et 12) de tirages représentant des fleurs (15) et des photographies d'aéroports (14) mélangés. Comment s'y prennent-ils ?


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- Qu'est-ce qui fait, finalement, l'unité de cette œuvre ? Une œuvre toujours au bord du précipice, qui prend des risques, faite de glissements successifs et qui fait qu'on s'interroge à nouveau sur ce qui fait "art" (l'artistique) : on en perçoit sur nous les effets et on a du mal à le définir. Peter Fischli et David Weiss ont remporté le Lion d'or de la meilleure oeuvre à la Biennale de Venise en 2003. F&W vont à nouveau surprendre en emboîtant le pas à grands artistes contemporains comme Robert Ryman ou Jeff Wall en recevant à leur tour le prestigieux prix Roswitha Haftmann 2006. Ce ne doit pas être tout à fait un hasard.

photographies :

-Égoutiers, caoutchouc, artificiel, 265 x 475 x 190 mm, Courtesy David Fischli et Peter Weiss
-Röhre, Tuyau, Polyuréthane enduit et peint, 1986, 400 x 1770 x 700 mm Courtesy David Fischli et Peter Weiss
-
Tier, Animal , (série des Sculptures métaphysiques),1986, Polyuréthane enduit et peint 850 x 450 x 500 mm, Courtesy David Fischli et Peter Weiss
-vue d'une salle avec
Fragentopf (1984), Röhre 1986) , Tier (1986) et Möblierte Wohnung (1984) catalogue de l'exposition F&W, centre G. Pompidou, 1992, p 67
-Fragentopf, le pot des questions, polyuréthane, 1984, 140 x 200cm, collection particulière.
-Kanalvideo, 1992, vidéo, couleur, non sonore, durée 60 ' source :collection FRAC Lorraine
-
L'ascension vers l'empyrée, après 1500, Palazzo Ducale,Venise .Jérome Bosch
-
Soudain cette vue d'ensemble, 60 sculptures, terre non cuite, 60 x 70 x 50 mm and 820 x 830 x 50 mm
Courtesy
David Fischli et Peter Weiss
-Beliebte Gegensätze: klein und gross, sculpture
terre non cuite, 1982
-Série The Big Projection with questions, projection de diapositives, dimensions variables, Friedrich Christian Flick Collection.
-Autobahn, autoroute, sculpture terre non cuite, 1982
-Der Tisch, la table, 1992, catalogue de l'exposition F&W, centre G. Pompidou, 1992, p 42
-La moindre résistance, photogramme du film 30 minutes, V.O. allemand, sous-titrage français, 1981
-Le Rayon vert, installation, 1990,
catalogue de l'exposition F&W, centre G. Pompidou, 1992, p 26
-deux photographies de l'exposition au MAMVP
-Racine , Caoutchouc 1400 x 1140 x 1000 mm
Emanuel Hoffmann Foundation
-Aéroports,1600 x 2250 mm, Courtesy Matthew Marks Gallery, New York & Galerie Eva Presenhuber, Zürich & Monika Sprüth Philomene Magers, Cologne/Munich/London
-Blume, Fleurs, 740 x 1070 mm, Courtesy Matthew Marks Gallery, New York & Galerie Eva Presenhuber, Zürich & Monika Sprüth Philomene Magers, Cologne/Munich/London


Un certain nombre d'images présentées sur cette page proviennent du site de la Tate, de Londres où l'exposition s'est tenue avant d'arriver à Paris.




textes :

* Claude Levi-Strauss,
La pensée sauvage, Paris, Éditions Plon, 1962, p 33

 



Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), du 22 février au 13 mai 2007
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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 00:04
Der Lauf der Dinge

interprétation


fischli-weiss-lauf7-250.jpg
«Der Lauf der Dinge a un côté très sexuel. En un sens il s'agit presque d'un film porno. Non seulement la sensation d'attente et de libération, mais les matériaux suggèrent des mouvements sexuels. Moiteur et humidité, dureté et douceur, don et réception, suintement ; les objets s'épanchent et se contractent, ou seulement se touchent les uns les autres, répandent ou projettent des jets de mousse crémeuse et blanche. Chacun est anthropomorphisé dans la mesure où il est motivé pour "toucher" le suivant...»

Jerry Salz
"Notes on a film, Peter Fischli and David Weiss, The Way Things Go",
article de Arts Magazine,  (extrait) New York, vol LVII, n° 8, avril 1988, p 12 *


un petit extrait de
Der Lauf der Dinge (à lire avec RealPlayer)

* cité par Daniel Soutif dans le
catalogue de l'exposition Peter Fischli David Weiss, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1992, p 24


photographie :
Vitrine des objets utilisés pour le film Der Lauf der Dinge, 1986-87, catalogue de l'exposition Peter Fischli David Weiss, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1992, p 45


Exposition Fischli & Weiss : Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), du 22 février au 13 mai 2007 
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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 08:29
Les titres


Stiller Nachmittag, (Un après-midi tranquille)
Équilibres, série débutée en 1984


 
TITRES

fischli-weiss-stiller7-200.jpg *Le temps malmené
*Caractères chinois
*Figure allongée
*L'invention
*La branche en fleur
*L'auto du mal
*Le temps à votre disposition
*Monument
*Le triomphe de la carotte
*Ben Hur
*Sherpa Tensing
*La sieste de l'après-midi
*La première lueur du matin
*Honneur, courage, confiance
*La femme du lièvre
*Masturbine
*Les trois sœurs
*Sagesse précoce
*Intelligence artificielle
fischli-weiss-stiller10-200.jpg *Jouer des coudes
*Musique venant des bois
*La solution provisoire
*Aux limites de la croissance
*La salle des poids
*Le rêveur dans son rêve
*Le fiancé
*Au bord du gouffre
*L'apparition
*Retour à la maison le soir
fischli-weiss-stiller9-200.jpg *L'Homme au chagrin incessant
*La domestique
*Les contrebandiers
*Sans titre
*Le somnifère
*Madame Poire apportant à son époux une chemise fraîchement repassée pour une soirée à l'opéra. Le garçon fume.
*Grâce naturelle
*Mélancolie, nostalgie, stratégie
*Les hors-la loi
*Apparence sûre
*L'arrêt, la fatigue
*Un après-midi tranquille


Exposition Fischli & Weiss : Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), du 22 février au 13 mai 2007 
   
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