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24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 07:00




L'Argentine, toujours.


Une façon, entre mille, de combattre le néant, c'est de prendre des photos.

Julio Cortázar
"Les fils de la Vierge",
nouvelle extraite du recueil :
"Les armes secrètes"
Éditions Gallimard, Paris, 1963, p.133
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24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 07:00
Quitte à être l’étranger, autant l’être vraiment. La Suisse c’est l’Israël de l’Europe. Quitte à être exilé, autant être exilé chez soi. Je suis étranger en Suisse : toujours face chez pile, pile chez face, ce qui déplaît aux autres. En tant que pile, je fais perdre la face à ceux d’en face. Et quitte à être seul dans des endroits où il y a le lac, les montagnes, l’herbe, et la ville aussi.

Propos recueillis par Claire Devarrieux, Le Monde, 30 mars 1980.
JEAN-LUC GODARD par JEAN-LUC GODARD,
Tome 1 (1950-1984)
Éditions Cahiers du Cinéma, Paris, 1998, p.404

photographie :©Unifrance, Philippe R.Doumic

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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 07:00
Les Rencontres d'Arles 2006...(3)

Lorsque l'on décide de se rendre à Arles pour ces fameuses Rencontres, il est impératif de visiter un des lieux importants de cette manifestation, situé un peu en périphérie de la ville : ce sont les ateliers SNCF, juste à côté du jardin des Alyscamps. D'anciens locaux sont transformés pour l'occasion en de beaux espaces d'exposition. De vastes cellules ont été aménagées et permettent de voir et revoir quelques séries de photographes reconnus,
ou bien de petites rétrospectives d'auteurs, amis de Raymond Depardon (comme Guy Le Querrec, ci-dessus) ou bien encore le travail d'artistes plus jeunes. Des manifestations plus particulières sont également hébergées dans ces lieux ; ainsi "Le prix du livre", récompensant le meilleur ouvrage de photographie ou encore "Des clics et des classes" qui rassemble le travail d'élèves scolarisés, sensibilisés à la pratique de la photographie à travers une opération autour de la thématique du portrait à la photo de classe.
Je ne ferai ici ni la liste ni le détail des nombreuses expositions regroupées dans ces ateliers SNCF ; il est préférable de se référer au site
des Rencontres.
Voici quelques prises de notes photographiques, qui appartiennent à un registre documentaire, qui n'ont comme d'habitude aucune prétention artistique mais qui sont simplement destinées à renvoyer une ambiance et à se représenter les lieux et les oeuvres
:

atelier 20
atelier 20 Philippe Chancel
Julien Chapsal
Susan Meiselas
Prix du livre
clics et classes
Don Mc Cullin
Susan Meiselas Vincent Debanne
Cet ensemble d'espaces rassemble des artistes de tous âges et de notoriétés variées. Certains sont des photographes confirmés comme Guy Le Querrec, Don Mc Cullin, Susan Meiselas ou Jean Gaumy, d'autres sont passés dans la légende comme Gilles Caron, qui a laissé de véritables icônes, puis a disparu dans l'exercice de son métier ; et simultanément nous voyons l'émergence de noms moins connus mais qui méritent que l'on suive leur parcours : Julien Chapsal qui s'est intéressé aux harkis ou Philippe Chancel qui présente une remarquable exposition de photographies prises en Corée du Nord.
Tous ces noms, nouveaux ou reconnus, appartiennent au monde du reportage ou à celui de la photographie documentaire, ce qui n'exclut pas la dimension occasionnellement artistique, qui reste d'ailleurs à définir. Ce serait peut-être la limite des choix de l'actuel invité des Rencontres qui a une pratique intimement liée à la photographie de reportage. Ce qu'on ne peut pas lui reprocher. Mais cette dimension aura sûrement contribué à rétrécir les choix d'artistes qui échappent à ces catégories.
Le cas de Vincent Debanne (ci-dessus, extrême droite, second registre) présente, à ce titre, une ouverture : cet artiste montre des portraits d'individus qui
regardent vers le ciel et se détachent sur des décors urbains. Il s'agit d'un montage numérique de photographies prises en deux temps : Vincent Debanne a photographié des voyageurs lisant les panneaux d'affichage des horaires de trains puis a imaginé les destinations de ces voyageurs ; il s'est ensuite rendu sur ces lieux réels (mais imaginaires) pour procéder à une seconde photographie afin de combiner les deux prises de vue, recréant ainsi une image à priori banale si l'on ne connaît pas les conditions de sa fabrication mais qui interroge les catégories de la photographie.
Nous nous sommes habitués, depuis plusieurs années, tant dans le domaine du cinéma que dans celui de la photographie, au fait que les différentes catégories de référence soient bousculées, donc interrogées, aussi bien par les artistes que par les théoriciens.
J'aurais personnellement apprécié une plus grande représentation de démarches de ce type, ce qui n'aurait, de toute façon, pas mis en péril la qualité du travail des grands reporters-photographes présents cette année à Arles.
Les Rencontres d'Arles

photographies de l'auteur
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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 07:00
Les Rencontres d'Arles 2006...(2)


"Il y a chez moi un côté documentariste - je veux voir et savoir. Mais je ne publie pas dans la presse. Les légendes que l'on met sur les images sont pour moi un cauchemar."
Sophie Ristelhueber

Propos recueillis par Michel Guerrin pour le quotidien Le Monde, le 08.04.2005.
Sophie Ristelhueber est née en 1949 à Paris. Elle présente à Arles une installation, "Eleven blowups", comportant onze photographies grand format, collées directement sur les murs de cet appartement ancien, au papier peint défraîchi, du deuxième étage des locaux de la Banque de France. L'appartement de style bourgeois est vide mais semble avoir été habité jusqu'à une date récente. Les immenses tirages numériques qui occupent les murs jusque dans les endroits les plus communs, comme la cuisine, produisent un contraste violent avec le calme de ce lieu intime et privé. Et paradoxalement, l'ensemble fonctionne admirablement.
Ce que l'on peut voir sur ces photographies numériques est proche de la blessure : elles présentent une série de cratères d'attentats sur la terre irakienne. Les images sont grises ou brunes, obligatoirement déceptives et imposent une présence qui relève de la gêne ou du trouble.
Ce sont des images qui renvoient à une réalité lointaine, celle de la guerre en Irak ; cette réalité que l'on ne connaît que par le biais des médias que sont la télévision, l'internet, les quotidiens et les magazines. Une sorte de déréalisation, en quelque sorte, qui s'introduit dans notre univers de tous les jours. Quel crédit accorder aux images ? Ou plutôt (ceci me paraît plus intéressant), comment nous situons-nous par rapport à ces images ? Si cette réalité est géographiquement lointaine, Sophie Ristelhueber va accentuer le propos en mettant ces images encore plus à distance par le traitement qu'elle va leur imposer : ces photographies exposées ne sont pas les siennes. Plus précisément, elle n'a pas fait les prises de vue de ces paysages blessés que l'on peut voir sur les murs de cet appartement. Sophie Ristelhueber a passé des heures et des jours entiers à visionner des vidéos de l'agence Reuters. Elle en a extrait des photogrammes puis a rassemblé différents fragments de ces images afin d'en composer d'autres, les siennes. La mise à distance est plurielle et l'effet de présence est radical, sans tomber, d'aucune façon, dans le pathos, le voyeurisme ou la mièvrerie.
La photographie a tout le temps été interrogée en terme de "vérité" ; elle entretient un rapport qui se veut proche de ce que l'on reconnaît ou perçoit de la réalité. La mécanique qui la caractérise lui confère sans doute une sorte d'objectivité que n'a pas la peinture. Or, (est-ce utile de le rappeler ?) la photographie n'est pas plus objective que les autres médiums. Le choix du sujet, d'un détail, de l'angle de vue, de la prise en compte, ou non, du hors-champ, etc. sont des paramètres décisifs pour qui veut "composer" une réalité. Et ceci, même à l'époque, déjà un peu ancienne, de l'argentique où l'on se complaisait dans l'idée qu'une photographie constituait une "preuve" (les masquages, ou autres rajouts étaient déjà pratiqués en chambre noire). Sophie Ristelhueber va porter un coup (décisif ? Si cela devait être encore nécessaire) à ces scrupules relatifs à "la manipulation" des images en installant ce dispositif et en l'annonçant comme tel. Ceci engendrant un questionnement sur ces photographies qui font partie de notre monde, au même titre que le papier peint ou les carreaux de la cuisine de l'appartement.
Cette exposition est importante, non seulement pour ses qualités, mais également par rapport aux choix opérés par l'actuel commissaire des Rencontres d'Arles, Raymond Depardon, car c'est peut-être la seule à questionner cette pratique de la photographie de reportage en nous permettant de regarder, maintenant, autrement le travail des illustres et imposantes figures (d'ailleurs présentées dans d'autres lieux du parcours), que sont Don Mc Cullin, Cornell Capa ou encore, Gilles Caron.
photographies de l'auteur
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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 07:00

 
Les Rencontres d'Arles 2006...(1)
juillet 2006



C'est à Raymond Depardon qu'a été confié cette année le commissariat des Rencontres de Photographie d'Arles. Le rôle du commissaire d'exposition est déterminant puisque c'est autour de sa personnalité, de ses goûts, de ses amitiés que va se construire pendant un temps donné une manifestation traitant de la photographie et qui est une des plus importantes en France.
Raymond Depardon est une personnalité hors du commun. C'est quelqu'un qui a un parcours exceptionnel : grand reporter, membre important de l'agence Magnum, d'origine modeste il est un grand inventeur de formes. Depardon est quelqu'un qui réfléchit sur ce qu'il fait et qui fait preuve d'un grand respect du monde et des gens avec lesquels il entre en contact. Que ce soit avec ceux qui sont les plus simples, ou avec les plus grands. Un oeil toujours curieux le caractérise. Il sait interroger sa pratique et aime communiquer sur son métier.
Une sorte de mosaïque-portrait de Raymond Depardon se dessine ainsi progressivement au fur et à mesure que l'on progresse dans la visite des expositions de ces Rencontres. Les "maîtres" et les amis du commissaire sont tous là. Ils appartiennent quasiment tous au monde du reportage ou , pour le dire autrement, à une certaine tradition de la photographie de presse ou bien de la photographie que l'on peut appeler documentaire. Très peu de photographie réellement contemporaine (le terme "contemporain" relève, pour moi, d'une attitude et ne se réfère pas simplement à une chronologie), à l'exception toutefois du cas de Sophie Ristelhueber dont je parlerai un peu plus tard.
Nous avons évidemment beaucoup de plaisir à re-voir les beaux tirages de Gary Winogrand, de Robert Frank, ou de William Eggleston ; la présence sympathique de Guy Le Querrec, de Jean Gaumy ou même de Sarah Moon, nous donne l'impression d'appartenir à un groupe d'amis, mais la soif de découvrir n'est pas récompensée. Et là, se pose la question plus générale de la fonction et de la vocation d'une telle manifestation qui a une renommée internationale : les Rencontres d'Arles de la session 2006 ont été conçues et organisées du point de vue de la Célébration (célébration des maîtres, notamment dans l'exposition La Photographie américaine à travers les collections françaises et célébration des amis proches et des "proches esthétiquement" de Raymond Depardon qui essaiment ainsi toute cette manifestation). Mais cela est-il suffisant ? Nous avons plus la sensation de nous promener dans les pièces d'un musée réactivant dans nos mémoires des souvenirs agréables que dans des lieux présentant (comme cela devrait être le cas pour une manifestation annuelle) des artistes représentatifs d'un dynamisme lié à ce médium, quand on sait que la photographie connaît régulièrement des bouleversements tant dans les objets qu'elle présente que dans les usages que l'on en fait.
Un usage patrimonial, teinté d'une certaine nostalgie de ce que pouvait être la photographie a été cette année privilégié mais cela ne risque-t-il pas, à terme, de mettre en péril ces Rencontres qui ont déjà subi des critiques allant dans ce sens ? Ne faudrait-il pas redéfinir la vocation de ces journées qui restent néanmoins importantes pour qui s'intéresse à la Photographie ?
affichette (situationniste ? ) placardée dans Arles

Les Rencontres d'Arles

photographies de l'auteur
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7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 07:00
Bernard Plossu


Deux petites vagues.
Tout simplement deux petites vagues dans le paysage.

Écoute la mer...



Bernard Plossu est un photographe voyageur, amateur de moments rares et fugitifs. On parle un peu moins de lui aujourd'hui.
Et c'est dommage.
photographie : N°20 de Photographies Magazine, Bernard Plossu/Courtesy Michèle Chomette
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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 07:00

Lawick/Müller : La Folie à Deux

Fredericke van Lawick et Hans Müller sont allemands. Un couple d'artistes allemands. Fredericke et Hans travaillent ensemble comme un certain nombre d'autres artistes contemporains. Mais eux, vont travailler plus particulièrement autour des couples d'artistes et de ce qui fait cette spécificité : être deux dans une création où le nom de l'artiste (Lawick/Müller) est déjà un être mixte.
La série La Folie à Deux, (1992-1996) se présente sous forme de tableaux composés de douze ou seize images qui sont alignées selon plusieurs registres superposés. L'un des deux artistes du couple occupe la première place en haut à gauche et l'autre la dernière en bas à droite.
Le principe est désormais connu et pratiqué en vidéo, c'est celui du morphing : l'une des deux images va se transformer très rapidement en une seconde. Le portrait de l'homme va devenir celui de la femme (ou inversement), ici en seize étapes. Chaque portrait intermédiaire intègre des éléments du précédent et annonce le suivant par de légères modifications. Le portrait central est un androgyne parfait. Et la dimension troublante reste que sur la totalité des seize portraits, quatorze sont de pures inventions. Et néanmoins, ils ne semblent pas plus irréels que les vrais.
 
photographie extraite du N° 80 de Photographies Magazine
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5 juillet 2006 3 05 /07 /juillet /2006 07:00

Pierre Radisic (3)

J'avais fait une promesse qui était de retrouver des photographies de la série Couples de Pierre Radisic. J'ai fouillé dans mes archives, et voilà : c'est le fameux couple qui a servi à fabriquer l'image que Pierre Radisic m'a envoyée et qui figure un peu plus bas, dans le billet daté du 30 juin 2006.
Je ne sais si la photographie constituée de deux 1/2 visages assemblés verticalement date de la même époque que le tirage du couple présenté ici ou si Pierre Radisic a fabriqué cet "hybride" longtemps après. Il est possible que la photographie présentée dans le billet du 30 juin ait été travaillée à l'aide d'outils numériques.
Ce double portrait figure dans un article intitulé Visages de la photographie belge d'un numéro ancien de Photographies Magazine paru à l'occasion de l'exposition consacrée à la photographie belge au Centre National de Photographie en été 1991.
Moi qui m'intéresse aux images depuis toujours, j'ai toujours eu beaucoup de sympathie et souvent beaucoup d'admiration pour les artistes belges, notamment pour l'humour qui habite leurs productions. D'où vient cette tradition appliquée aux images chez nos voisins ? Comment ne pas évoquer James Ensor ("l'Art Ensor" comme il l'écrivait sur une de ses toiles) ou bien encore, dans un autre registre, Marcel Broodthaers qui est quelqu'un que j'aurais bien aimé connaître.

photographies extraites du N° 33 de Photographies Magazine de juin 1991
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4 juillet 2006 2 04 /07 /juillet /2006 07:00
Kamikaze Girls


J'ai oublié de te dire (discrètement) : Kamikaze girls, je suis allé le voir deux fois. Une pour être décoiffé (pas prévenu) et l'autre pour regarder uniquement les images et écouter le son, en m'interdisant de lire les sous-titres (maboule ce type). Mais dès que le DVD sort, tu m'as compris.

photographie extraite du site AlloCiné.com
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3 juillet 2006 1 03 /07 /juillet /2006 07:00
Kamikaze Girls
réalisé par Tetsuya Nakashima
Avec Kyoko Fukada, Anna Tsuchiya

Bouche tordue registre manga, regard mauvais, elle mâche son chewing-gum, crache toutes les deux minutes : non c’est pas la nénette à Spider-man (celle de l’autre film en costumes) et son déguisement de Marie-Antoinette. Elle, son nom c’est Ichiko. Chef de bande. Yanki. Costume kamikaze avec broderies. L’autre, en bas, qui s’est déguisée frenchie (mais tendance rococo) c’est sa copine Momoko. Alors voilà. Tu décides d’aller voir un film (japonais) simplement pour la tronche délirante des deux nanas qui figurent sur l’affiche et un peu pour le résumé. Tentant. Et là, franchement, t’es pas déçu. A peine calé dans ton fauteuil, ça démarre à 200 à l’heure : la campagne. Couleur bonbon acidulé. Grosse vitesse du scooter monté par une sorte de baby-doll version soleil levant.
A fond. Intersection. Petit camion blanc surchargé de choux et légumes. Ca se percute. Violent. Très violent. Tout s’éclate dans tous les sens. La baby-doll, plutôt que de s’écrabouiller et d’encombrer la rubrique des faits divers, s’envole, s’envole, s’envole dans un beau ciel bleu et impossible. Ralentis. Détails sur son visage serein qui remplit l'écran, la caméra s'attarde sur les petites billes d’acier chromé qui glissent et cheminent tout doucement de ses poches, longs plans calmes sur la trajectoire des choux qui volent eux aussi et retombent gracieusement. Magique. Féérique. De toute beauté. La poésie à l’état pur. Tu te laisses embarquer (musique à l’appui). Et puis, tout d’un coup, CRAC ! La fille retombe violemment dans…la benne du camion encore remplie de vegetables qui amortissent sa chute.
Pas démontée la petite nana, elle saute du camion (autour, faut signaler que c’est le chaos complet, une sorte d’Hiroshima bis), elle ramasse son scooter encore fumant, l’enfourche et continue sa route plus vite que jamais.
Mais, là, je crois que je t’ai raconté la fin. Enfin, non, c’est l’épisode délirant qui va déclencher toute la dernière partie du film qui est encore plus délirante. C'est une reprise de la séquence initiale.
Alors, tout le début de ce que je t’ai raconté (la nana sur le scooter, l’accident qui pardonne pas, le vol plané en hauteur dans le ciel, c’est ça le début de film. Quand tu débarques dans les belles images planantes, tu te dis, elle est morte et les ralentis, c’est du symbolique, comme si on prenait l’histoire par la fin. Et c’est vraiment bien fichu parce que la lolita, en voix off, elle te dit : reprenons les choses par le commencement et elle t'explique que son rêve à elle, la baby-doll japonaise de 2005 c’est de vivre en France au XVIIIème siècle. Et là, tu te promènes avec elle dans les tableaux de Fragonard, de Boucher, de Watteau, un monde kitsch, surchargé, rococo, rose bonbon avec polissonneries, orgies à tous moments, vie futile, etc. Et tout ça traité sur un mode ébouriffant et drôle.




petit clic, comme d'habitude, si tu veux pas t'esquinter les yeux
Là c'est le synopsis que je pique à AlloCiné. com
(on gagnera du temps) :

Fanatique de la période Rococo, des robes à froufrous et d'ombrelle fantaisie, rien ne prédestinait la charmante Momoko à rencontrer celle qui deviendra l'espace d'un été son inséparable amie : l'intrépide Ichiko, chef des Ponytails, un gang de filles en scooters.
Habitant en compagnie de sa grand-mère et de son escroc de père - contrebandier de Versace et yakuza repenti -, Momoko l'introvertie passe ses ternes journées à rêver et à broder. Ses visites dans sa boutique de vêtements préférées sont ses seuls moments de répit.
Son existence paisible va se voir interrompue par l'intrusion subite de l'inquiétante Ichiko. Cette jeune fille dure et grossière va s'immiscer petit à petit dans la vie de la douce et rêveuse Momoko.
Contre toute attente, ces deux jeunes filles vont se lier d'amitié et faire face aux espoirs et aux déceptions de l'âge adulte imminent...

Mais ce petit résumé ne dit pas l'essentiel. Il aurait même tendance à affadir l'état d'esprit plus que décapant (j'hésite à le laisser ce petit résumé qui joue contre son camp, il me semble. Mais enfin...). Une des dimensions extraordinaires de ce film c'est son rythme et surtout son montage. La réalisation est extrêmement dynamique et toujours inventive, les plans et le montage sont surprenants. On t'amène là où tu pensais pas aller. Les extravangances "les plus extravagantes" sont d'une grande cohérence, tant ça fout le camp dans tous les sens tout en restant infiniment maîtrisé. Le propos est systématiquement décalé. On a même droit à un insert qui est un petit film d'animation plastiquement éblouissant et qui sert à légitimer un raccourci dans l'explication ! Tu vois, qu'elle dit la baby-doll : "j'essplique, mais comme c'est trop long je te le fais en manga". Et vvvouououtttt, ça décroche dans du super speed avec graphismes éblouissants et couleurs saturées avant de se recouler dans le quotidien (qui fait pas quotidien du tout). La bande son est au diapason et si t'as la chance d'avoir les neurones en forme ce soir là, écoute les chansons (souvent en français), essaie de lire les sous-titres (qui sont travaillés graphiquement eux aussi : Versace pour pas dire son nom c'est v$§rs&Ÿce, ou à peu près), regarde les décors dans leur surcharge et leur détail, n'oublie surtout pas d'apprécier les grimaces et les clins d'oeil ; je te parle même pas de la finesse des broderies sur la(es) robe(s) de la Lolita mais aussi (ouais, ouais) sur le costume de guerre des gangs de la violente Ichiko. Il y a d'ailleurs un épisode qui m'a fait hurler de rire c'est la super broderie qui a demandé un temps considérable sur le costume bleu d'Ichiko : une grosse Fôte d'orthographe figure dans le texte brodé et le réalisateur barre numériquement l'erreur grossière avec force "pouèt, pouèt" dans la bande son. Ce qui rend Ichiko morte de honte. Ah, ce que j'ai oublié de te dire c'est que c'est la broderie qui constitue le fil rouge (si j'ose dire) de ce film. Tout tourne autour de la broderie. Je t'ai dit : déjanté.

Mais, faut pas croire, c'est un film tendre. Les registres de l'amitié forte et de l'amour sont explorés : on voit Momoko tomber dans les pommes (pommes d'amour, évidemment) pour un couturier, maniéré, touchant, extravagant. On voit aussi la violente Ichiko pleurer à chaudes larmes (il est interdit de pleurer en public, c'est le code) pour une sorte de rocker à banane exubérante et à chaussures vernies qui fait penser (en plus déjanté encore, c'est vous dire) aux Leningrad cow-boys de Kaurismaki.
Et là, on a affaire à une galerie de personnages hors catégorie : la grand mère borgne, infantile, drôle, touchante et reptilienne dans ses gestes lorsqu'elle attrape au vol, sans regarder, papillons et libellules pour les mettre dans sa poche... Le père (papa-looser) éternel enfant, irresponsable, yakuza foireux et délirant. La mère, hystérique, candidate aux concours de beauté. Et Momoko, elle-même, qui, petite fille de sept ans est celle qui réfléchit pour tout le monde et profère des paroles d'une grande portée (philosophique ?), au moins d'une grande sagesse.


On pourrait songer à une gaudriole, à une comédie 100 000 volts (ou à 100 balles, c'est comme tu veux), à un prototype débridé prêt à te planter dans le premier fossé. Mais là, il faudrait être vraiment aveugle pour s'arrêter à ce niveau de lecture tant les perches tendues par Tetsuya Nakashima sont nombreuses, aussi bien dans l'invention plastique que dans les références, la critique ou le propos lié à la situation de ces japonais(e)s pris entre plusieurs cultures (et leurs sous-cultures). En effet, sur un mode extrêmement drôle, ce qui taraude cette jeunesse, parfois caricaturale dans son apparence, est évoqué ici.

Ce film a eu un tel succès au Japon qu'il a généré une suite en manga.

Et banzaï !

Tu serais pas amoureux, toi ? (Ichiko, Momoko, entre vous deux mon coeur balance...Quand même, j'adore le nez, de profil, d'Ichiko, la fausse méchante...)
photographies extraites du site AlloCiné.com
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attraper les mouches

Fumier