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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 13:49
David Lynch
The Air Is on Fire

du 3 mars au 27 mai 2007


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«The Air Is on Fire» ("L'Air est en feu").
« Ce sont juste quelques mots que j'avais écrits sur un dessin, et qui peuvent faire surgir mille images chez chacun.»
David Lynch

Magnifique exposition qui débute ces jours-ci à la Fondation Cartier à Paris. Lynch aime les mots. Pour leur mystère, leurs sonorités. Un beau titre chaud et énigmatique emprunté à un dessin, ancien, pour cette exposition :
The Air Is on Fire.

Les dessins de David Lynch.


De très hautes et imposantes structures métalliques noires sont dressées solidement dans les deux salles du rez-de-chaussée. A droite, c’est l’univers des ténèbres. L’espace est plongé dans le noir. Les hautes formes métalliques sont tendues de toile épaisse et bétonnée de gris à la manière de peaux animales qui sèchent. Elles servent
de supports. Dessus sont accrochées les peintures noires, énigmatiques, profondes, envoûtantes. L’espace est alvéolé. La circulation ne peut se faire qu’en circonvolutions successives ; rien de linéaire : on passe et repasse, on passe et ressasse. La scénographie pensée et réalisée par David Lynch nous fait éprouver physiquement, dans nos déplacements, ce ressassement, cette obsession qui est celle que chaque créateur connaît lorsqu’il s’agit d’aller puiser à nouveau, à chaque fois, aux mêmes endroits, ces endroits de l’enfoui, du malaisé, de l’indicible, de l’irreprésentable.


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En revanche, tout autour, sur les murs et à hauteur du regard, sont alignés 500 dessins, disposés en registres bien réguliers, exposés soigneusement à l’aide de précieuses marie-louises grises, dans de longs encadrements qui courent tout autour de la pièce et selon un mode parfaitement chronologique.
Ces dessins sont étonnants. Merveilleux, intelligents, intimes et souvent bouleversants.

David Lynch a pris l’habitude, depuis toujours, de dessiner sur tous les supports qu’il rencontre ; et ceci , avec une grande constance : serviettes en papier, post-it, petites pages arrachées de carnets à spirale, Kleenex, pochettes d’allumettes (illustration, incipit), dessus de tables de bistro en papier.

Prises de notes : un travail assidu, rigoureux et régulier.
Uniquement de petits formats. Le travail est minimal, obstiné, exécuté avec minutie et donne, très souvent, l’impression que David Lynch s’engage pleinement, remet tout sur la table et rejoue à chaque fois l’ensemble de son œuvre sur un fragment de papier buvard ou à l’intérieur d’une petite boîte d’allumettes.
Les outils utilisés sont variés : crayons à papier, stylo à bille, feutres, gouache, aquarelle, crayons de couleurs, techniques combinées. Des numéros de téléphone, quelques noms, des additions ou mutiplications, de petites phrases énigmatiques qui chantent lorsque l’on se met à les prononcer à haute voix, parsèment ces petits objets que l’artiste a pris soin de conserver depuis les années 60. Et, là aussi, nous sommes étonnés de constater une chose surprenante : David Lynch conserve tout ! Une détermination sans faille.

Cette partie fonctionne comme contrepoint. Il s’agit, en quelque sorte, d’une «hygiène de vie» qui accompagne son quotidien. Et cette pratique au quotidien fait partie intégrante de sa démarche d’artiste où l’on voit que les éléments qui la composent sont un jour ou l’autre recyclés tel ce petit dessin (non daté) que je présentais hier et qui prendra une forme architecturée dans l’exposition ou encore cette inscription sur un autre dessin (écriture automatique ?) qui donnera le titre de cet
te magnifique rétrospective de la Fondation Cartier : The Air is On Fire.  

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J’ai personnellement une admiration sans bornes pour ce travail qui relève à la fois de l’ obstination et de la rigueur (une sorte d’ascèse, d’hygiène de vie), mais également du délire, de la fantaisie et de l’extravagance.
Concernant ces petits objets sagement alignés tout autour de cet espace d’exposition, il s’agirait évidemment d’évoquer bien d’autres choses encore : la luxuriance, l’intelligence des formes et des formats, le nombre et la dimension inflationniste qu'ils renvoient, l’informe, le magma, les animaux de toute sorte, les petits morceaux de corps éclatés un peu partout et que l’on tente de rassembler (en se disant que, fragmentés, c’est bien mieux comme ça, d’ailleurs...), la mise en scène d’espaces mystérieux, sobres et improbables, l’association du rebut et du précieux, etc. Mais également la variété. L'unité dans la variété. David Lynch, artiste de l'intelligence et des affects.
Affectueusement.




Je vais (sans doute) continuer encore à en parler ces jours-ci.


«The Air Is on Fire», exposition à La Fondation Cartier pour l'art contemporain

du 3 mars au 27 mai 2007
illustrations :

1.
Sans titre, sans date, Technique mixte sur pochettes d'allumettes ©David Lynch
extrait du site de l'Express

2. Sans titre, sans date, crayon sur papier 22,8x15,2cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21
extrait du site de la Fondation Cartier

3. The Air Is on Fire, sans date, feutre sur papier 10,3x15,2cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

4. Sans titre, sans date, Stylo sur papier 23x13,6cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

5. Sans titre, sans date, Technique mixte sur papier 7,6x12,7cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

6. The Air Is on Fire, sans date, feutre sur papier 10,3x15,2cm ©David Lynch
extrait du site de la Fondation Cartier

7. Sans titre, sans date, Technique mixte sur papier 35,4x27,9cm ©David Lynch
extrait de Beaux Arts magazine, mars 2007, p 108

8. Sans titre, sans date, crayon sur papier 10,1x9,2cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21

9. Sans titre, sans date, stylo à bille sur serviette en papier ©David Lynch
extrait du site de l'Express

10. Sans titre, sans date, stylo à bille sur papier 10,3x15,3cm ©David Lynch
extrait, Art press N° 331, février 2007, p 21





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commentaires

holb 15/03/2007 23:52

Pas d'inquiétude. J'ai pas fini. David Lynch est un grand, un très grand. Et pas d'hésitation :  donnez votre avis !

Ch 15/03/2007 20:35

ô, oui, plizz, continuez à parler de David Lynch, de l'expo, de lui, de ses films! ça fonctionne globalement. Eat my fear, nous dit la vache ( Lynchland # 1 par Roland Kermarec) et Laura Dern n'a pas eu l'Oscar qu'elle demandait pour elle...

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