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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 08:32
Fleurs & Questions
Une rétrospective
du 22 février au 13 mai 2007


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Une rétrospective Fischli et Weiss au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Un bonheur. La dernière fois que nous avions vu une grande exposition de Fischli & Weiss, c'était au Centre Georges Pompidou en 1992. Plus modestement, et plus près de nous, ça se passait au Centre Culturel Suisse, en mai 2006 :
Fischli et Weiss en profitaient pour inviter de jeunes artistes suisses.

Peter Fischli et David Weiss sont donc des artistes suisses. De Zurich. Quand on est artistes, Zurich est loin d'être une ville neutre. Dans ce pays neutre, dans cette ville, artistiquement non neutre lorsqu'on est artistes et qu'on s'appelle Peter Fischli et David Weiss, il est difficile de ne pas porter l'héritage de 1916 et de l'Explosion du Cabaret Voltaire : Zurich, où Tristan Tzara fit naître Dada.

Comment aborder rétrospectivement le travail de ces deux artistes, tant ce qu'ils nous montrent depuis des années est protéiforme, déroutant, à la fois drôle (très drôle) et mélancolique ?
Le jeu d'équilibre n'est pas uniquement dans la série des Équilibres ; ces deux-là sont sans cesse sur le fil : comment ne pas tomber dans le ridicule avec l'utilisation pour leurs sculptures de petits objets de cuisine comme s'il s'agissait d'éléments destinés à la construction d'un monument commémoratif ? Comment ne pas tomber dans le banal ennuyeux avec des cartes postales (Vues) ou des images de parkings enneigés ou bien encore de couchers de soleil ? Comment opposer une crédibilité d'artistes en mettant en scène avec tant d'insistance le dérisoire, le rebut, le léger ?
Dans le catalogue de l'exposition du Centre Georges Pompidou de 1992, Jean de Loisy écrit :
« Cependant au jeu qui paraît présider à toutes leurs réalisations, à la feinte légèreté des œuvres se mêle une mélancolie véritable. Les miracles sont faits de bricolages approximatifs ; les merveilles du monde ne sont plus que des clichés dévoyés par des cartes postales : la morale ne sert qu'à expliquer comment travailler mieux pour produire plus ; les idéaux esthétiques prennent pour modèle la beauté stéréotypée des hôtesses de l'air ; l'art enfin est un pays aux frontières incertaines. »*

Peter Fischli et David Weiss se font connaître par leurs photographies d'
Équilibres (série de 1984-85 appelée Un après-midi tranquille, ci-dessous). Dans cette série, de petits objets s'émancipent de la trivialité en adoptant des poses de starlettes ou de fiers-à-bras qui défient avec humour les lois de la gravitation. Nous comprenons tout de suite qu'il s'agit du très fragile instant qui précéde la chute. Aucun enjeu apparent mais nous retrouvons nos yeux d'enfants et regardons ces objets pour la première fois à force de les avoir tant vus sans jamais les considérer.

Tous ces Équilibres sont montrés dans une longue salle et il faut être très attentifs car leurs
titres étonnants nous réservent quelques surprises : face à face, sur chacun des murs, parfois deux photographies identiques (la première de ma série ci-dessous) mais prises selon deux points de vue différents ; le titre de l'une est :"L'apparition" et le titre de l'autre : "Les contrebandiers"... (je viens de m'apercevoir que cette photographie porte un autre titre dans le catalogue de l'exposition de 1992 : "Les hors-la-loi" !).
Le phénomène va se répéter pour une autre dont deux états, l'un en couleurs, l'autre en noir et blanc, porteront des titres différents selon que ces photographies sont accrochées sur l'un ou l'autre mur : "L'Homme au chagrin incessant" / "Retour à la maison le soir".
Je ne résiste pas au plaisir d'en citer un autre qui fonctionne comme un collage, peut-être un hiatus ou une explosion : "Madame Poire apportant à son époux une chemise fraîchement repassée pour une soirée à l'opéra. Le garçon fume" .
Il faudrait s'attarder plus longuement sur les titres des œuvres.
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Stiller Nachmittag, (Un après-midi tranquille)

Fischli raconte l'étape suivante, celle qui a vu l'émergence de Der Lauf der Dinge (Le cours des choses) :

« Nous avons découvert lorsque nous construisions ces objets équilibrés que, naturellement, après de brefs moments, ils s'effondraient toujours. Aussi était-ce d'une certaine façon une idée provocante que d'utiliser l'énergie de leur effondrement. Ce fut l'impulsion qui donna naissance au film. »**


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Ce film Der Lauf der Dinge (photogrammes ci-dessus) va fortement impressionner. Il dure trente minutes et est tourné dans une sorte de hangar laissé en l'état. Des objets de rebut, soigneusement préparés sont alignés, organisés selon une chaîne qui va être filmée, en travelling, caméra à l'épaule. Le principe est qu'un objet, du fait de son déplacement, du déséquilibre qu'il va subir, de la modification de son état, va enclencher le mouvement suivant qui va entraîner à son tour un autre de ces objets selon des modalités variables reposant sur des propriétés physiques voire chimiques des acteurs-objets. Et cela sans discontinuer. Ces objets donnent l'impression d'être vivants, autonomes. La précision est époustouflante ; il s'agit quasiment d'une mécanique d'horlogerie et ce qui est amusant c'est que le spectateur sait ce qui va se produire, le voit avant que cela ne se produise mais ne sait jamais exactement quand. Le jeu sur le temps et la coincidence avec l'effet sont d'une grande subtilité. Ajoutons qu'un travail sur le son, et notamment l'amplification que les artistes lui font subir, donne une épaisseur, une solennité à ces pauvres objets décatis et abandonnés. La mise en scène, l'inventivité, la mécanique de précision, le montage du film créent le miracle qu'évoquait Jean de Loisy.

Ce film est présenté en très grand format, dans une très grande salle. Le «making-off», très instructif, se regarde dans la même pièce, sur un autre mur. Mais le spectacle n'est pas que sur les murs : il faut se retourner, discrétement, et observer les spectateurs émerveillés, qui sont tenus en haleine et éclatent de rire, tant le cours des choses nous fait retrouver nos yeux d'enfants et nous concerne tous.


fischli-weiss-camion-250.jpg Cette rétrospective Fischli et Weiss est donc un bonheur même s'il manque des pièces au puzzle, comme les centaines de diapositives de couchers de soleil... ou cette petite scène (tout en caoutchouc) avec un camion et deux hommes (Fischli et Weiss ?) accompagnés d'un tuyau qui plonge dans le sol et d'un trou.
Bon, je crois que je vais continuer demain : il y a beaucoup de choses dont je n'ai pas parlé.

En cadeau : une minute 20 de
Der Lauf der Dinge (il faut avoir Real Player)
 


Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), du 22 février au 13 mai 2007
photographies :

- Blume, 1984 impression, 66 x 99 cm, © Copyright: Peter Fischli / David Weiss, photo: Courtesy the artists, Galerie Eva Presenhuber, Zurich.

-montage à partir de portraits de David Fischli et Peter Weiss, photographies extraites de site LWL
-Equilibres / Stiller Nacmittag (un après-midi tranquille), série, à peu près 40 photographies, 300 x 400 mm, Courtesy Matthew Marks Gallery, New York & Galerie Eva Presenhuber, Zürich & Monika Sprüth Philomene Magers, Cologne/Munich/London & the artists.
- Der Lauf der Dinge (le cours des choses), photogrammes, 16 mm film, 30mins, exh. copy T & C Film, Zürich
-Égoutiers, caoutchouc, artificiel, 265 x 475 x 190 mm, Courtesy
David Fischli et Peter Weiss

Un certain nombre d'images présentées sur cette page proviennent du site de la Tate, de Londres où l'exposition s'est tenue avant d'arriver à Paris.



textes :

*
catalogue de l'exposition Peter Fischli David Weiss, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1992, p 11
*
*catalogue de l'exposition Peter Fischli David Weiss, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1992, p 23

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 16:37
   Soudain l'été dernier
Images sans voix
Voix avec  images


liz-415-100.jpg Images sans voix
   
 Voix avec  images
 
 
Photogramme et extrait du film "Soudain l'été dernier" ("Suddenly last summer") de Joseph Mankiewicz, 1959.

 Liz Taylor, Montgomery Clift.
   
   
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20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 23:25
Soudain l'été dernier
Images sans voix



Photogrammes extraits du film "Soudain l'été dernier" ("Suddenly last summer") de Joseph Mankiewicz, 1959.

Liz Taylor, Montgomery Clift.
Cri cathartique. Mongomery Clift fait revivre à Liz Taylor, d'une santé mentale fragile, un moment douloureux.

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 10:02
Mutatis, mutandis

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Une exposition Tetsumi Kudo ouvre ses portes ces jours-ci à La Maison Rouge.

Au même moment, Antoine de Galbert a choisi d'extraire quelques pièces de sa collection pour faire écho à ce monde si particulier de l'artiste japonais, mort en 1990.
Mutatis, mutandis, c'est le titre de cette exposition parallèle, qui pour n'être que parallèle n'en est pas moins passionnante.

L'exposition est présentée sur trois niveaux et montre aussi bien des œuvres d'artistes qui appartiennent désormais au patrimoine, comme Bellmer, que d'autres, moins connus.

Ce monde si particulier de Tetsumi Kudo, comment le décrire ? C'est un monde de l'organique, un monde de prolifération, d'excroissances, un monde de formes exubérantes, de formes en évolution, non-définitives ; ce monde peut être visqueux, coulant, variable mais également contenu, emprisonné. La putréfaction (liée au corps, aux humeurs, à l'organique) n'est jamais loin. La contagion non plus. Métastases, coulures, engloutissement, fumées, lambeaux, corps en pièces détachées, vers, escargots qui bavent et laissent des traces. Les lumières sont froides, glauques ou fluorescentes. Artificielles. Comme les fleurs en plastique. Imputrescibles, elles. Le corps malmené, attaqué, ficelé ; phallus répété à l'infini, conjuration d'une impuissance à être. Un dégoût, une révolte. Mais une poésie qui s'en dégage.

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Antoine de Galbert a réuni, pour l'occasion, des pièces étonnantes qui constituent une véritable caisse de résonnance dont la force est d'exister à part entière, face à l'imposante présence de Tetsumi Kudo.

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Ce qui fait la force du travail de Kudo Tetsumi, nous allons le retrouver, ou en déceler des traces dans les œuvres présentées ici. L'installation de Gelatin (7),"Operation Rose" regroupant plusieurs artistes, montre des préoccupations en rapport avec le corps humain et son exposition décalée, versant médical. Dans les deux sculptures de Daniel Firman "Sitting" (photo en haut), nous allons retrouver cette explosion d'objets, ce chaos, cette exubérance, cette prolifération anarchique. L'excroissance inquiétante (et drôle?) dans la sculpture d'Erwin Wurm (1), "Home". Prolifération, métastase et liquides coulant et souci de la putréfaction dans les "Mannequins imputrescibles, 150 000 gouttes" (6) chez Henri Ughetto. Corps imposant, en mutation, une pourriture devenant paysage dans la sculpture de John Isaac, "Is More Than This ? " (8). Liquide grouillant, insectes et prolifération des humeurs dans la vidéo de Michel Blazy (10), "Voyage au centre". Étonnantes également ces sculptures recouvertes de peau de porc, "les autrules" de Jackie Kaiser qui sont des corps en devenir, boursoufflés d'excroissances, des schémas improbables sur velours rouge (9).
Formes glandulaires, organiques-dures mais coulantes d'Elsa Sahal "le bon larron" qui perturbent les codes du dur, du mou, du minéral et de l'organique (3). Et puis, il y a cette série incroyable, forte et bouleversante de photographies de Guillaume Herbaut, "Urakami", (4, 5) faisant directement référence aux conséquences sur les corps de Japonais exposés, de cette bombe de 1945. Des corps endommagés, des blessures irrémédiables.
Il faudrait citer tous les autres : Bellmer, Dado, Richard Jackson avec "Toy Bear" et ses épanchements et coulures traversant le corps directement de la bouche à l'anus ; Yayoi Kusama, Dominique Figarella et ses tableaux-sculptures faits de chewing-gums ou de sparadraps. etc.

Mais, inutile de dire que toutes ces œuvres livrent beaucoup plus, ou bien autre chose. Elles invitent à la curiosité ; celle de découvrir des personnalités.

photographies :

photo en haut :Daniel Firman "Sitting"

1.
Erwin Wurm , "Home".
2.Peter Buggenhout "The Blind leading The Blind"
3.
Elsa Sahal "le bon larron"
4.Guillaume Herbaut, "Urakami"
5.Guillaume Herbaut, "Urakami"
6.Henri Ughetto,"Mannequins imputrescibles, 150 000 gouttes" .
7.Gelatin,"Operation Rose"
8.John Isaac, "Is More Than This ? "
9.Jackie Kaiser, "les autrules"
10.Michel Blazy, "Yoyage au centre"

photographies de l'auteur
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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 20:00
La Montagne que nous cherchons est dans la serre

18 février-13 mai 2007

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Une exposition Tetsumi Kudo ouvre ses portes ces jours-ci à La Maison Rouge.

Kudo Tetsumi est un artiste japonais qui est né en 1935. Tetsumi était un enfant d'à peine dix ans au moment de la catastrophe qui secoua le Japon et l'humanité tout entière.
« Il appartient à une génération des artistes japonais qui considèrent les événements de Nagasaki et d'Hiroshima comme l'année artistique zéro et en font un point constant de référence dans leur travail. » peut-on lire sur le site de la galerie Albert Benamou qui présente des travaux de l'artiste, mort à Paris en 1990.
Kudo est un artiste très atypique. Dans les années 60, il fréquente un mouvement artistique d'avant-garde, celui des «Néo-Dada Organizers».
La référence c'est Jaspers Johns, Robert Raushenberg, et plus généralement -compte tenu du contexte politique- une attirance ambigüe pour l'art américain de l'époque.
Ce groupe se caractérise par un art du rebut, qui intègre le happening et cherche à s'affirmer contre l'art informel en vigueur à l'époque. Le comportement qu'il adopte est violemment destructeur. La contestation politique liée au contentieux avec les États-Unis va traverser les pratiques artistiques. On verra notamment des membres du groupe Néo Dada défiler dans les rues, le corps couvert de tracts. Contestation politique et happening : la frontière est poreuse.

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hangeijutsu, anti-art

Les journalistes qui couvraient les événements de l'époque, se sont mis à appeler hangeijutsu, anti-art, tout ce qui relevait de cette tendance.
Tono Yoshiaki, critique d'art et organisateur d'expositions raconte :
«J'avais utilisé ce terme dans les colonnes du journal Yomiuri à propos de l'objet de Kudo Tetsumi "Zoshokusei rensa hanno" (Réaction en chaîne proliférante -photo ci-dessus-) fait d'une lavette et d'une armature en fer, exposé en 1960, lors de la treizième exposition des indépendants Yomiuri. En réalité j'avais inventé ce terme en m'inspirant de mots fréquemment utilisés dans d'autres domaines, tels que anti-théâtre ou anti-roman.» *

L'exposition présentée à La Maison Rouge rend un véritable hommage à cet artiste si particulier qui parle de sexe et d'écologie, qui mêle fleurs et phallus, limaces et crucifix. L'art qu'il pratique convoque des formes organiques ; des fragments de corps côtoient des fleurs en plastique, des formes flasques, humorales baignent dans une terre noire habitée d'insectes ou d'escargots fluorescents ; des formes humaines improbables, ficelées sont disposées dans des boîtes légendées...Et puis des cages. Beaucoup de cages, vertes rouges, roses, multicolores, accrochées en hauteur, posées, vomissant de l'informe ou bien des fleurs.

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A l'agitation du corps, de l'époque des happenings, ont succédé ces objets troublants, soigneusement organisés, qui peuvent prendre, parfois, l'allure d'installations comme cette pièce (que nous avions vue dans l'exposition Féminin-masculin, au Centre Georges Pompidou, il y a quelques années) : Pollution, cultivation, nouvelle écologie, 1970-71. Cette œuvre qui se présente comme une installation où, dans un curieux jardin, baignant dans une lumière noire, poussent des fleurs en plastique et des fragments épars de corps humains. Traumatisé par la bombe atomique, Kudo présente, ici, un univers éclaté, où les têtes, les sexes, les membres humains se mélangent à la terre, ou sont accrochés à des tiges en métal qui se dressent à la verticale (1ère photo ci-dessous).

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kudo32-250.jpg Dans la vidéo qui passe en boucle dans l'exposition, on entend Tetsumi Kudo déclarer : « Le sexe, comme la chrysalide, passe par un état transitoire». Ainsi nous surprenons certaines fleurs qui se transforment en phallus. Ces objets, organes de passage, de métamorphose sont transitoires. Ils ne semblent pas avoir de forme définitive. Ceci était déjà en germe dans les travaux anciens de Kudo : ces œuvres que certains critiques ont appelé «œuvres de la post-Hiroshima generation» étaient des sortes de convulsions à l'image des tristes et inquiétants objets déformés, liquéfiés par la bombe.
Ce trauma, l'Oeuvre de Tetsumi Kudo le porte en elle. En effet, l'Explosion est le symbole de la ruine totale, définitive, qui anéantit tout espoir. Le vide absolu. Comment se reconstruire ? L'humanisme de pacotille est dénoncé, les fleurs en plastique ne poussent plus mais sont là, dérisoires, baignées d'une lumière fluo, irréelle, artificielle. Le recours à une «nouvelle écologie» est nécessaire selon l'artiste, qui ne peut sombrer dans un pessimisme total. Son pays peinera à le reconnaître. Il partira pour la France en 1962 et fera des allers-retours entre son pays et Paris où il finira par s'éteindre en 1990.
Il laisse une œuvre grave, révoltée, déjantée et poétique.

Une autre exposition est présentée à La Maison rouge : Mutatis, mutandis. Il s'agit d'extraits de la collection d’Antoine de Galbert. A l’occasion de l’exposition Tetsumi Kudo, Antoine de Galbert présente pour la première fois un choix d’œuvres de sa collection, autour d’une pièce de Kudo lui-même: Sans titre (1971), un jardin hybride sous un globe de plexiglas mêlant fleurs artificielles et germinations de phallus.
Un très beau choix d'œuvres. J'en parle prochainement.

* texte : Tono Yoshiaki, catalogue de l'exposition Le Japon des avant-gardes, Centre Georges Pompidou, 1986, p329

Illustrations :
-
Tetsumi Kudo, Anti-art, happening, 1957, Japon, Tokyo, galerie Mimatsu, catalogue de l'exposition Hors Limites, Centre Georges Pompidou, 1994, p 43
-Tetsumi Kudo, Réaction en chaîne proliférante dans un corps élémentaire en X, 1960, catalogue de l'exposition Le Japon des avant-gardes, Centre Georges Pompidou, 1986, p343
- 2 registres au centre : vingt photographies de l'auteur. Oeuvres de Tetsumi Kudo
-Tetsumi Kudo, La vie confortable : Cinq pièces, calme, chauffage centrale, électro-régulateur, appareil gymnastique, plein soleil, petite jardin avec fleurs et pollution, taxes, TVA et tout compris, 1972 - 1973

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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 10:45
Laocoon
Images sans voix

laocoon-200.jpg La question de la représentation de la douleur dans l'art et d'une de ses expressions, le cri, va animer très tôt la réflexion des théoriciens et bien sûr des artistes eux-mêmes.

En 1506 on découvre, en Italie, une étonnante sculpture en marbre de l'époque hellénistique. Ce groupe sculpté qui va émouvoir et déchaîner les passions représente une scène que l'on associe immédiatement à un texte que Virgile a écrit pour l'Énéide : deux serpents géants sortent de la mer et viennent étouffer le prêtre Laocoon et ses fils.
Cette sculpture, Pline l'évoque dans son Histoire Naturelle, XXXVI, 37. On sait que la période hellénistique aimait représenter les scènes faites de brutalité et de violence et on reconnaît à ses artistes la capacité de rendre compte efficacement de sentiments forts portés par l'émotion. On peut néanmoins se demander quelle était véritablement l'intention des artistes qui ont sculpté ce Laocoon.
S'agissait-il pour les auteurs de ce groupe sculpté de faire preuve de leur maîtrise ? A travers cette maîtrise, s'agissait-il de transmettre une morale, une leçon ? Si tel était le cas, la qualité de l'expression représentée sur le visage devait être irréprochable.

A l'époque de la Renaissance, on voyait dans cette sculpture ce qui se faisait de mieux du point de vue de l'imitation de la nature ; on y reconnaissait également un modèle d'expression. Ce qui s'est rapidement constitué comme un idéal antique a servi la réflexion de grands théoriciens, historiens et philosophes de l'art, notamment du XVIIIè siècle, tel Lessing ou Winckelmann.
A travers ce cri Lessing voyait «une représentation de la douleur tempérée par le désir de ne pas détruire la beauté par excès d'expression». Quant à Winckelmann, sa réflexion sur le Beau l'a conduit à voir dans cette expression du Laocoon «une douleur dominée par la grandeur d'âme».


Lecteur, je vais peut-être y revenir dans les jours qui viennent...

illustration : groupe du Laocoon, marbre, approx. entre 50 avant J.C. et 0. Artistes : Polydoros, Hagesandros, Athénodoros, Musées du Vatican - Chapelle Sixtine

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 08:30
Psychose
Images sans voix


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Marion (Janet Leigh) hurle sous les coups que lui porte la mère de Norman Bates.
illustration : photogramme du film Psycho (Psychose) d'Alfred Hitchcock, 1960

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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 09:46
Pape Innocent X
Images sans voix

«Peindre le cri plutôt que l'horreur», c'est ce que déclarait Francis Bacon à David Sylvester en 1976.

Cette phrase est restée célèbre. La peinture de Vel
ázquez contient, tout en elle, ce potentiel prétexte à une décharge. Tout en son regard.

Bacon dans son
Etude du Portrait du pape Innocent X d'après Velázquez efface le regard et toute cette puissance contenue va basculer vers la béance de cette bouche. Ce sans fond, cet innommable.
Francis Bacon n'est évidemment pas le premier à s'attarder sur la représentation du cri et cette préoccupation continuera, sans doute, à animer le quotidien d'un certain nombre d'artistes à venir. Mais chez Bacon cette question a pris une ampleur telle qu'elle semble surdéterminer tout un pan de sa peinture.

Les formes de cette expression, il les recherchera dans la peinture (de Velázquez, par exemple, en radicalisant la démarche comme dans ce "Head" de 1949-à gauche-, dans lequel tout se brouille à l'exception du trou béant, central, noir et hurlant) mais également dans le cinéma lorsqu'il reprendra la célèbre image de la nurse hurlante du film "Le Cuirassé Potemkine" de Serguei Eisenstein : "Study for the nurse in the film Battleship Potemkin"
   
 
On retrouvera cette quête dans son appropriation de thèmes classiques comme celui de la crucifixion, par exemple, dans "Trois études de figures au pied d’une Crucifixion".
Mais chez Bacon, cette question restera une préoccupation de peintre :
         
«Auparavant, j'avais acheté ce très beau livre colorié à la main sur les maladies de la bouche, et quand j'ai fait le Pape criant, je ne voulais pas le faire de façon dont je l'ai fait : je voulais faire la bouche, avec la beauté de sa couleur et tout le reste, semblable à l'un des couchers de soleil ou autre chose de Monet , et pas simplement le Pape criant. Si je le refaisais,-et j'espère que grâce à Dieu, je ne le referai jamais- je le ferais comme un Monet».


déclaration de Francis Bacon
"L'Art de l'impossible"
Francis Bacon, entretiens avec David Sylvester

Éditions Skira, 1976, p 16
Illustrations :
- Francis BACON, Etude du Portrait du pape Innocent X d'après Velazquez, 1953 . Huile sur toile, 153 x 118.1 cm, Des Moines Art Center, Iowa
- Diego VELAZQUEZ, Innocent X, 1650 . Galleria Doria-Pamphili, Rome
- Francis BACON, Head VI, 1949 huile sur toile, 93.2 x 76.5 cm, Arts Council of Great Britain, Londres
- Francis BACON, Study for the nurse in the film Battleship Potemkin, huile sur toile, Städel Museum, Francfort
- Francis BACON, Trois études de figures au pied d’une Crucifixion, triptyque, huiie et pastel sur isorel, chaque panneau : 94x74 cm
Londres, The Tate Gallery
 

extraites du site WebMuseum, Paris :
* Bacon
* Velazquez


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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 09:00

Têtes de caractère
Images sans voix

messerschmidt1-100.jpg Un homme qui crie, qui hurle. La pose est étonnante, hurlante de vérité. J'ai beau m'approcher : le silence est ahurissant. La solution se trouvera peut-être dans cet autre portrait (à droite) du même artiste. La bouche est barrée d'un sparadrap... Là, le cri est contenu (ce portrait a été acheté par le Musée du Louvre en 2005). messerschmidt2-100.jpg
Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) est un sculpteur qui a développé une œuvre à la fois très classique pour son époque mais totalement décalée, curieuse, d'une grande originalité dans le cadre de cette sculpture du XVIIIe siècle. Artiste baroque autrichien il fera des portraits sculptés de ses contemporains mais c'est surtout les bustes illustrant ses têtes de caractère qui laisseront des traces de lui jusqu'à nos jours.

Il s'agit d'une galerie stupéfiante de personnages grotesques, grimaçants et censés illustrer les traits du caractère jusqu'à la caricature.
Messerschmidt commença à réaliser ces têtes en se prenant lui-même pour modèle et força son visage à exécuter les grimaces les plus invraisemblables en se regardant dans le reflet d’une vitre. Ces têtes l'occupèrent de 1770 jusqu'à sa mort.
Il fréquentait un certain Lavater qui développait des théories autour d'une pseudo-science, la physiognomonie, qui trouvera ses prolongements dans la morphopsychologie. La démarche se voulait expérimentale pour
Franz Xaver Messerschmidt qui souhaitait trouver des correspondances entre les grimaces et les endroits douloureux de son corps. Les relations entre l'art et les sciences se voulaient actives au XVIIIe siècle, qui est, ne l'oublions pas, le siècle des Lumières. Ainsi, les têtes de caractère qui explorent ces relations et décrivent la douleur.

On évoquera sa «santé curieuse», euphémisme pour dire, sans doute, qu'on le considérait fou. Plus vraisemblablement, c'est le plomb, qu'il utilisait pour sa sculpture, qui a détruit sa santé.

Une exposition de l'œuvre de Franz Xaver Messerschmidt a lieu actuellement au Liebieghaus à Francfort (jusqu'au 11 mars 2007).

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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 11:06

Potemkine
Images sans voix

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Mille neuf cent vingt-cinq. S.M. Eisenstein met en scène la célèbre histoire de la mutinerie du Cuirassé Potemkine. C'est évidemment dans notre mémoire l'épisode du landau dévalant l'escalier et celui de cette femme blessée par le soldat. Douleur opaque et stridente, à la fois. La femme qui crie. Comment rendre compte de ce cri ?
Ceux qui fabriquent des images se sont souvent posé la question. Depuis longtemps, bien avant la naissance du cinéma. Une image ne parle pas. Elle ne peut pas faire de bruit, encore moins crier.

Lecteur, tu vas pouvoir chercher cette femme, voici le film et ses cris :
************* Le Cuirassé Potemkine *************

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Published by holbein - dans espace-holbein
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