Dimanche 22 novembre 2009
La barque silencieuse

J’aurai passé ma vie à chercher des mots qui me faisaient défaut. Qu’est-ce qu’un littéraire ? Celui pour qui les mots défaillent, bondissent, fuient, perdent sens. Ils tremblent toujours un peu sous la forme étrange qu’ils finissent pourtant par habiter. Ils ne disent ni ne cachent : ils font signe sans repos. Un jour que je cherchais dans le dictionnaire Bloch et Wartburg l’origine du mot de corbillard je découvris un coche d’eau qui transportait des nourrissons. Je me rendis le lendemain à la Bibliothèque nationale qui se trouvait alors rue de Richelieu, dans le IIe arrondissement de Paris, dans l’ancien palais qu’occupait jadis le cardinal Mazarin. Je consultais une histoire des ports. Je notai trois dates : 1595, 1679, 1690. En 1595 les corbeillats arrivaient à Paris le mardi et le vendredi. Les mariniers les délestaient tout d’abord du fret puis ils débarquaient les nourrissons serrés dans leur maillot, fichés tout droits dans leur logette sur le pont ; ils les posaient sur des tonneaux sur la grève ; les petits bébés entravés étaient restitués ensuite un par un à leur mère par un homme qu’on appelait le meneur de nourrissons.
Dès l’aube, le lendemain –c’est à dire tous les mercredis et les samedis – les corbeillats transportaient de Paris à Corbeil d’autres petits afin qu’ils tètent le sein et sucent le lait des nourrices dans la campagne et la forêt. En 1679 Richelet écrivait corbeillard. En 1690 Furetière écrivait corbillard et le définissait : Coche d’eau qui mène à Corbeil petite ville à 7 lieuës de Paris. C’est ainsi que le corbillard, du temps où vivaient à Paris Malherbe, Racine, Esprit, La Rochefoucauld, La Fayette, La Bruyère, Sainte-Colombe, Saint-Simon, était un bateau de nourrissons qui voguait sur la Seine, longeant les berges, hurlant.
   
   
   
  Pascal QUIGNARD
La barque silencieuse,
Éditions du Seuil, 2009
p 7
   
illustration :  Georges de la Tour 1593-1652,
Le nouveau-né,  détail,
huile sur toile. 76cm x 91cm. Rennes, Musée des Beaux-Arts.

 
   
   
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Samedi 14 novembre 2009
 Les choses telles qu'elles sont


 

Les choses telles qu'elles sont

 
 
Parfois on regarde les choses telles qu'elles sont en se demandant pourquoi.
Parfois on les regarde  telles qu'elles pourraient être en se disant pourquoi pas.






illustration : Kasimir MALEVITCH,
Carré blanc sur fond blanc
1918, 78,7 x 78,7 cm


Il y a,
Vanessa PARADIS






 
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Vendredi 13 novembre 2009

JARDIN DES TUILERIES

 

 UGO RONDINONE JARDIN DES TUILERIES

                               PARIS


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Mardi 10 novembre 2009
Despertar

 
 
 
 
A.Tapiès, Despertar, MACBA
 
 
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Mercredi 4 novembre 2009
Vanité contemporaine


           
           
Jour des encombrants, vanité ménagère.
Ce que nous disent les objets. Ce que nous disent les hommes à travers leurs objets.
           
           
           
           
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