| Sophie Calle, je prends soin de vous... | ||
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«J'ai rencontré des gens qui sont nés aveugles. Qui n'ont jamais vu. Je leur ai demandé quelle est pour eux l'image de la
beauté». Dans "The Blind" (Les aveugles) Sophie Calle expose ensemble le portrait de l'aveugle, le texte de sa réponse et la photographie fidèle des objets ou des scènes
qu'ils évoquent, leur prêtant ainsi son propre regard. Ici, le protocole, comme dans "Prenez soin de vous" consiste à passer par l'autre pour tenter d'élucider des questions personnelles, des questions essentielles (la vue dans un cas ou la relation d'amour dans l'autre) des choses qui relèvent de l'insondable, du mystère. |
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Le mystère recèle sa part de terreur. Pour celles et ceux, comme moi qui accordent au regard une valeur si importante dans leur relation
au monde , Sophie Calle est quelqu'un d'important car je constate que les dispositifs qu'elle a su mettre en place continuent à me concerner après tant d'années. |
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Dans cette série, l'aveugle dit son émotion esthétique. L'artiste a posé la question à dix-huit aveugles. Ici, l'une par ce qu'on lui a
dit du spectacle à son balcon, face à la montagne*, l'autre grâce au toucher du corps et du visage de l'homme qu'elle
aime. Peut-on parler de beauté ? Sophie Calle pose très finement la question de la définition de la beauté : quelle est la différence entre voir et savoir ? Le voir ne constitue-t-il pas un parasitage dans cette vaine tentative de définition ? (définition improbable, y compris et surtout pour ceux qui voient). Et puis la beauté peut-elle exister sans les mots pour la dire ? Sophie Calle, vous qui prenez ces chemins détournés pour parler des choses essentielles, je ferai tout ce que je peux pour prendre soin de vous afin que vous puissiez continuer à le faire... |
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*texte de la 1ère œuvre : «Ce paysage de mon balcon en Haute-Savoie est ce qu'il y a de plus beau. Il
provoque chez moi une grande émotion esthétique. C'est ici que je m'assieds pour contempler et
faire le vide. Pour regarder le temps passer. La beauté c'est l'harmonie. Ma mère m'a empêché de me servir du toucher. Elle avait
l'habitude de dire : "Ne touche pas, tu fais penser vraiment à une aveugle" La seule "chose" que j'ai pû réellement toucher ça été un homme. C'était vaguement rugueux. Il était costaud,
vigoureux et portait la moustache. Il s'appelait Gilbert. Il y avait une harmonie secrète des proportions chez lui. Je pense qu'il était très beau (handsome)...Je n'ai conservé aucune
photo de lui.» |
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llustration 1 :Sophie Calle The Blind (la vue de mon balcon) 1986, collection Lhoist illustration2 : : ©Sophie Calle, Les Aveugles, photographie couleur, photographie noir & blanc, texte. Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, extrait de la revue DITS, numéro 7, p 52 |
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par espace-holbein
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Sophie Calle, Prenez soin de vous
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« J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se
terminait par ces mots : Prenez soin de vous. J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à cent sept femmes – dont une à plumes et deux en bois –, choisies pour
leur métier, leur talent, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer, l’épuiser. Comprendre pour moi.
Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme. Prendre soin de moi. » Sophie
Calle est donc partie de ce protocole.
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| Cette œuvre a déjà été présentée, on le sait, au moment de la Biennale à Venise. Ici, comme à Venise, Daniel Buren a réalisé la mise en espace. Le lieu est fort : il s'agit de la salle Labrouste à la Bibliothèque Nationale de France, rue Richelieu. Des alignements de tables et de chaises, de petites lampes, des rayonnages et une voûte impressionnante ; sans compter la charge symbolique de ce lieu qui a vu passer toute une foule d'anonymes silencieux penchés sur leur ouvrage. Les changements et rajouts opérés sont de plusieurs natures : des écrans ont été installés çà et là ; de grands livres ouverts, fixés et consultables au bout de certaines rangées ; des cadres en quantité comportant photos, objets plats et manuscrits sont accrochés sur les murs et puis des sons, du bruit, des musiques qui se croisent, s'additionnent, se superposent, s'annulent dans un flot ininterrompu. | |||||
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Cent sept femmes ont été sollicitées, dans des domaines différents ; des femmes souvent
identifiées pour leurs compétences ou leur notoriété (mais pas toutes : il y a des inconnues, une petite écolière ainsi qu'une marionnette japonaise). Les modes d'expression sont variés.
Cela va du texte à la performance, à la lecture de la lettre dans une autre langue en passant par le diagnostic médical ou le rapport judiciaire ou encore la destruction du document par
balles. Le parcours dans l'exposition est libre. Aucun ordre imposé. Il est quasiment impossible de tout lire tant les objets livrés à la sagacité d'un public curieux (et voyeur ?) sont variés, accumulatifs, parfois difficiles d'accès. Beaucoup de ces objets sont étonnants, inattendus, mystérieux. |
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Maria de Medeiros, actrice |
affiche du film de Q.Tarentino |
Maud Kristen, voyante |
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Ce qui m'a intéressé, et d'une certaine manière ce qui m'a frappé, c'est de constater à quel point les protagonistes de
cette œuvre s'identifient intensément au rôle qu'elles sont censées jouer et à l'image qu'elles représentent aux yeux du public. Les engagements sont généralement francs, les avis sont
tranchés, les diagnostics sont scientifiques, toutes les prestations sont professionnelles : toutes font autorité. Deux exemples (forcément anecdotiques dans cette exposition tant ces
prestations sont variées) : celui de la voyante (Maud Kristen) qui déclare :«MEDITEZ SUR CE TRAVERS COMMUN A TANT DE FEMMES : dès qu'elles voient un crapaud avec une patte arrachée
elles s'imaginent qu'en le regardant droit dans les yeux il va devenir un bel oiseau de paradis(...). En synthèse je dirais que vous n'avez pas bien évalué la situation : vous n'avez rien à
attendre d'une relation amoureuse avec ce monsieur. Prenez VRAIMENT soin de vous.» (texte ci-dessus, à droite) et puis la contribution de l'actrice Maria de Medeiros (ci-dessus, à
gauche) qui est filmée dans l'exacte position que Uma Thurman adopte sur l'affiche du film de Quentin Tarantino "Pulp Fiction", film qui en son temps a défrayé la chronique. Sachant
que Maria de Medeiros joue un rôle non négligeable dans ce même film, doit-on considérer que c'est un hasard ? Et ceci va jusque dans les tics de langage, de pensée ou d'argumentation ;
l'exemple de Leïla Shahid, représentante des Palestiniens en France, est à ce titre amusant : sachant que cette lettre est une lettre qui parle de l'amour entre un homme et une femme, Leïla
Shahid n'hésite cependant pas à écrire «Comme dans toute négociation en vue d'un accord...(...)etc.» et reprend donc la terminologie politique à laquelle elle nous a accoutumés
depuis des années... |
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En tout cas, ce qui est marquant c'est que toutes ces femmes disent surtout sur elles-mêmes, peut-être plus que sur la
lettre reçue par Sophie Calle. Le procédé que l'artiste a mis en place relève sûrement pour partie d'une sorte de thérapie*. Quel intérêt y aurait-il à dévoiler une lettre aussi intime, une
lettre qui a forcément provoqué une souffrance ? Cette démarche permet d'objectiver la situation, de la diluer aussi. Et surtout de prendre de la distance et d'occuper un temps qui aurait
été nécessairement envahi par le ressassement de son propre malheur. Le brouhaha de l'exposition, cette rumeur du monde de celles qui savent, de celles qui ont un avis compétent ira idéalement dans le sens de cette dilution. |
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* Yves-Alain Bois déclarait en 1992 : «Je vois dans l'œuvre de Sophie Calle
comme une thérapeuthique, un travail de déniaisement, presque un iconoclasme en notre fin de siècle iconophage» (propos figurant dans le N°9 de la revue Ninety, 3e trimestre
1992). |
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| -site de la BNF | |||||
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Sophie Calle Prenez soin de vous Mise en scène Daniel Buren site Richelieu / Salle Labrouste 58 rue de Richelieu 75002 Paris jusqu'au 15 juin 2008 |
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par espace-holbein
publié dans :
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| Bertand Lavier, galerie Yvon Lambert | |||||
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Bertrand LAVIER YVON LAMBERT PARIS 108, rue Vieille du Temple 75003 Paris jusqu'au 17 mai 2008 |
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par espace-holbein
publié dans :
espace-holbein
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Georges Rousse à la Maison Européenne de la Photographie Tour d'un Monde |
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Tour d'un monde, c'est le titre d'une très belle exposition de Georges Rousse, à la MEP, que l'on
pourrait appeler, sans aucune équivoque, une rétrospective. Tout y est montré, jusqu'aux travaux les plus récents.
Pour qui n'aurait pas encore la chance de connaître le travail de cet artiste , il suffit de cliquer sur l'image de gauche* et, comme par enchantement, tout s'expliquera sans aucun recours à la moindre explication... Rousse est modeste et son Tour d'un monde n'est pas le Tour du monde. Mais le monde est rond, non? Comme ici. Le monde de Georges Rousse est un monde fascinant et un monde rendu complexe. |
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Pour qui n'aurait pas encore la chance de connaître le travail de cet artiste... J'aimerais être encore parmi
ceux-là. En effet, je reste toujours émerveillé par ce qu'il produit et ce qu'il m'a fait découvrir, il y a des années maintenant. La magie fonctionne toujours, même s'il s'agit, d'une
certaine manière d'un procédé connu depuis longtemps : l'anamorphose. L'exemple le plus fameux est évidemment mis en œuvre de façon magistrale par Hans Holbein le jeune dans son tableau
"Les ambassadeurs", datant de 1533, tableau exceptionnel que l'on peut admirer à la National Gallery à Londres (ci-dessous). |
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La forme languissante au centre et en bas de ce tableau qui représente deux personnages importants de l'époque
n'est à priori pas identifiable. Il faut utiliser son regard de manière rasante et progressivement le crâne apparaît. Hans Holbein crée une des plus belles anamorphoses de l'histoire de la
peinture. D'autres, au cours du temps et jusqu'à nos jours, firent jouer cette magie qui fonctionne sur l'illusion et les habitudes liées à notre façon de regarder le monde. Jan Dibbets a fait une série célèbre qu'il a intitulée, dans les années soixante-dix, Perspective corrections (extrait en haut à droite). Le carré séparé en quatre parties égales au centre de cet espace n'est évidemment pas un carré. Un trapèze évasé dans la partie haute a été représenté au sol. La perspective créée par l'œil (et par extension par l'objectif photographique) redresse les lignes latérales et décrit des parallèles. La conséquence est qu'une forme carrée apparaît et semble être dessinée sur le tirage photographique, dans un plan parallèle à ce tirage. |
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| Rüsselsheim |
Bercy |
Metz | |||
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Georges Rousse est quelqu'un qui, en mettant à profit les effets souvent spectaculaires de l'anamorphose, va s'en servir
comme d'une composante en investissant pleinement l'espace. C'est je crois ce qui l'anime au début de sa carrière. Il raconte en effet dans une vidéo présentée à la MEP, qu'étant d'une
famille de militaires, il fréquentait, enfant, des lieux détruits, dégradés, des lieux abandonnés et que cette magie du lieu ruiné l'a habité. Et effectivement, sa pratique artistique a
consisté à s'approprier des espaces abandonnés voués à la destruction et à y intervenir . |
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Durham Project |
Durham Project | Durham Project | |||
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Et le monde deviendra son terrain de jeu...Zones industrielles, hangars désaffectés, bureaux, parkings sous
terrains, halls d'immeubles, ruines contemporaines, etc. Rousse s'imprègne de ces espaces, vient avec sa chambre photographique, regarde la grille du dépoli sous le drap noir, fait des
repéres sur le sol, les murs, les meubles et les plafonds. Un travail long, précis. La peinture est étalée. Parfois (plus récemment) des structures de bois sont ajoutées pour accentuer la
complexité de cette re-création d'un lieu qui a vécu une autre vie, autrefois. L'exposition est remplie de ces lieux transformés par l'artiste. Une salle noire a été créée pour la
circonstance et montre sur un de ses murs des centaines de projections d'images de ces espaces à travers le monde. |
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Durham Project |
Dravert |
Fondation Salomon |
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Georges Rousse va enregistrer ces changements qu'il aura mis tant de temps à produire. Il en fera des prises de vue
photographiques grand format. Ces espaces sont souvent détruits après le travail de l'artiste (sauf lorsqu'il s'agit de commandes). Ces architectures pré-existantes font partie de son
travail. Elles sont beaucoup plus que des supports. Le temps de la photographie est un temps court. Celui qui a permis les conditions de cette prise est long, souvent répétitif, fatigant
physiquement, fastidieux. Et puis, n'oublions pas le temps du concepteur. Toutes ces composantes font que l'artiste Georges Rousse n'est ni architecte, ni peintre, ni ouvrier, ni photographe mais tout ça à la
fois. |
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* Durham Project - une présentation du travail de l'artiste par le site galerie-photo.com -le Durham Project (Caroline du Nord) -Georges Rousse au Musée Réattu, à Arles, en 2006 -un entretien avec Georges Rousse sur le site revoirfoto.com |
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Georges ROUSSE Tour d'un Monde Maison Européenne de la Photographie 5/7 rue de Fourcy 75004 Paris 9 avril - 8 juin 2008 |
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par espace-holbein
publié dans :
espace-holbein








































