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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 08:33
Quatrième exposition internationale de photographie au sténopé
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Les 4 éléments en 4 images pour la quatrième exposition internationale de photographie au sténopé du Bourget. Telle était la commande pour ce quatrième millésime .  Est-ce désormais nécessaire de rappeler ce qu'est un sténopé ? (2, 3, 4)  J'avais évoqué ici même sa seconde édition puis la dernière. La perforation minimale a le don de toujours nous étonner, nous émerveiller, nous entrainer dans un monde ouaté, suave, méticuleux, hasardeux, poétique, drôle, incongru et profond à la fois. Pour ce qui est de la profondeur, l'incitation portant sur les quatre éléments n'y est évidemment pas pour rien et nous embarque dans l'épaisseur du monde. La théorie des quatre humeurs travaille en sourdine et ravive des préoccupations qui s'inscrivent dans une tradition vieille du second siècle de notre ère selon laquelle le monde  des hommes est partagé en quatre catégories : à nous d'y retrouver les phlegmatiques, les sanguins, les bilieux et les mélancoliques....
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C'est la quatrième fois en effet que la ville du Bourget organise ses rencontres internationales du sténopé. Les participants viennent parfois de loin : des États-Unis,  du Canada, de Suède, de Pologne et même du Vénézuela. Le cadre est chaleureux, généreusement impulsé par son commissaire d'exposition, Marie-Noëlle Leroy. Ce qui retient l'attention c'est l'éclectisme, la variété et l'exigence des œuvres présentées actuellement dans le cadre de cette exposition : les pratiques sont variées, la couleur et le noir et blanc cohabitent, les supports (papiers traditionnels, bandes sensibles, caissons lumineux, installations, etc.) sont d'une grande diversité   ainsi que les formats et les modes d'accrochage et de présentation. En outre, cette diversité n'affecte pas la notion d'ensemble.
           
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Matthias Hagemann est un habitué du lieu et ses travaux (1, 5, 6) témoignent à la fois d'une grande sensibilité plastique et d'une grande exigence intellectuelle. Ici il met en scène les quatre éléments traditionnels (la terre, l'air, l'eau et le feu) et les installe dans leur relation au temps. Cette série Éléments du Temps les met ainsi en correspondance  par le biais d'une installation: un journal (le Temps, dans plusieurs langues), une pendule, et puis le médium très particulier qu'est le sténopé qui  impose -on le sait-  un temps d'exposition extrêmement long. Un autre très beau travail est celui de  Christian Poncet. Là aussi l'artiste joue sur le temps et les effets que ces poses, très longues, produisent sur le support : le lac Léman s'efface, ses aspérités disparaissent et se lissent et seules les parties dures et fixes du paysage apparaissent comme des objets dotés d'une réalité exédentaire, en suspens, étranges et déterminés. Le papier utilisé  et le traitement, subtil et légèrement sépia des tirages, confèrent à ces images une grande tenue artistique .
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Le caisson lumineux fait cette année son apparition dans le monde du sténopé  (7) grâce à un artiste de Toulouse, Pierre-Olivier Boulant  (qui, l'an passé,  avait présenté  un mobile) : un travail coloré en trois registres ouvrant sur une forme d'abstraction contenue dans la pratique même du sténopé car, à l'imprécision de la mise au point, au vignettage, s'ajoute le bougé qui débouche sur une espèce d'espace totalement improbable ; on en retrouvera d'autres manifestations chez d'autres artistes présents dans l'exposition comme Pavel Janczaruc (9), par exemple. Patrick Lallemand (8), un habitué du lieu, met en scène de petites fabrications renvoyant à une autre échelle, celle de la planète. Ses cadres, faits de carton  très soigneusement travaillé, font toujours partie des exigences qu'il se donne.
           
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Les supports peuvent être singuliers comme ceux ayant servi à la réalisation de ces paysages couchés sur des pellicules couleur traditionnelles disposées en registres et laissant apparaître  les secrets de fabrication (Romulo Pena, ci dessus).
           
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Le mode de présentation l'est également : de longues bandes de supports sensibles rendent compte de la perception d'un quotidien fabriqué qui se déploit dans une linéarité : un travail délicat de Sabine Dizel (13) fait à la fois de collages et de dessins.
           
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La forme arrondie et le vignettage (ci-dessus) rappellent la nature de la fabrication du sténopé.  La profondeur de champ et la déformation et notamment la torsion de l'espace (15,18) sont deux caractéristiques de ce médium photographique.
           
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Ce procédé visant à tordre l'espace sera poussé très loin dans ces grands panoramiques orangés de William Mokrynski. Un procédé consiste à  déplacer doucement la boîte-sténopé simultanément à la prise de vue dans des directions différentes ou bien encore le support sensible peut être déroulé au moment de l'inscription de la lumière sur sa surface.  William Mokrynski, lui, va tapisser l'intérieur d'un cylindre -le trou du sténopé  se trouve dans ce cas, au milieu du fond de la boîte ou au milieu du couvercle-  et pratiquer plutôt quelque chose s'apparentant à l'anamorphose*. Le résultat est une représentation hallucinée de l'espace, un monde où l'on reconnaît des traces réelles du visible perdues dans une construction farfelue.
           
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 Un très bel objet photographique avec Gregg D. Kemp (19), artiste américain qui fait sortir l'image de sa planéité et entraîne le spectateur vers un univers marin et onirique. Gregg Kemp  comme Pavel Janczaruk  a pratiqué ce qu'on appelle une solarigraphie : l'émulsion est forcément un papier photo, exposé à l'extérieur pendant plusieurs mois. Il enregistre donc la "course du soleil" qui s'élève au dessus de l'horizon un peu plus chaque jour quand on va vers l'été (et inversement, bien sûr). Le papier photo change de couleur avec le temps d'exposition et l'image, toute latente qu'elle soit, ne doit pas être développée sinon elle deviendrait complètement noire. Il faut vite la scanner quand on la retire de la boîte car elle s'efface à cause de la quantité importante de lumière qu'elle reçoit. On se retrouve un peu dans la position de Niépce quand il ne savait pas encore fixer ses images, mais ici on ne peut même pas conserver l'image.*
À remarquer également dans cette exposition quatre magnifiques tirages d'oiseaux flamboyants et délavés de la Canadienne Janie Julien-Fort (20).

 Ce quatrième millésime de l'exposition internationale de la photographie au sténopé du Bourget est un grand cru. Ces rencontres ont atteint cette année une maturité qui font de cette manifestation une référence.
           
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La dimension humaine  -liée au bricolage, tel que l'a décrit Claude Lévi-Strauss- est déterminante dans le processus et la démarche de réalisation du sténopé, ce qui le rend si attachant. Une machine bricolée, délirante, machine à photographier de l'intérieur  -le fameux Javomaton- a donné lieu ce soir là à une performance drôle, initiatique et irruptive qui a fait peur aux enfants... Ce fut l'occasion pour la belle inconnue, et par le plus beau des hasards,  de traverser le champ de la photographie en train de se faire et d'y laisser son empreinte faite d'un bougé fugitif, comme dans les plus beaux des sténopés accrochés aux cimaises.
           
  * précisions techniques de Marie-Noelle LEROY          
           
           
 illustrations :

1.
Matthias Hagemann
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4. sténopés
5. Matthias Hagemann
6. Matthias Hagemann
7. Pierre-Olivier Boulant

8. Patrick Lallemand
9. Pavel Janczaruc
10. Christian Poncet

11. Christian Poncet
12. Romulo Pena
13. Sabine Dizel
14. vue d'ensemble ; au fond : Guilhem Senges et Lena Källberg
15. Lena Källberg
16. Peter Donahoe
17. Pascale Peyret
18. William Mokrynski
19. Gregg D. Kemp
20. Janie Julien-Fort



           
           
           
 4-4-4,  Quatrième exposition internationale de photographie au sténopé
Du 11 mars au 24 avril 2009
Centre culturel André-Malraux, 10, av. Francis-de-Pressensé, 93350  Le Bourget
           
           
           
site de  La Capsule (résidence pour artistes)-Le Bourget (93) présentant l'exposition.
           
           
Artistes présentés : Stéphane Bieganski, France - Boulant Pierre-Olivier, France - Olivier Brazzalotto, France - Mimi Brocas, Belgique - Sylvain Charras, France - Gérard Collin et Jacques Piette, France - Laurent Daurios, France - Laurent Diaz, France - Sabine Dizel, France - Peter Donahoe, USA - Basile Dubroeucq, France  - Hagemann Matthias, Espagne -  Henry Thomas , France - Pavel Janczaruk, Pologne - Janie Julien-Fort, Canada - Danny Kalkhoven, Pays-Bas -  Lena Källberg, Suède -  Gregg D. Kemp, USA -  Elizabeth Kenneday, USA - Lallemand Patrick, France -  Nicolas Lesté-Lasserre, France - Tom Miller , USA - William Mokrynski, Pays-Bas - Romulo Peña, Vénézuela - Peyret Pascale, France -  Christian Poncet, France - Guilhem Sengès, France - Peter Wiklund, Suède
           
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

Pierre-Olivier Boulant 19/03/2010 00:29


Bonjour,
Merci pour ce nouveau compte-rendu de votre visite au Bourget. Je n'ai pas pu me rendre au vernissage cette année, retenu pour une performance (projection de sténopés en direct en compagnie de
musiciens). Vous pouvez jeter un oeil si ça vous intéresse : www.lepixophone.net


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