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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 10:57
  La Visite de la Fanfare
d'Eran Kolirin - avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri
undefined C’est l’arrivée de huit hommes, de huit Egyptiens en costume militaire bleu ciel, dans un trou  perdu en Israël, de huit membres d’une fanfare de la police du Caire.

Ils traînent leurs instruments de musique et leur petite valise sous la chaleur et dans un paysage accablant pour finalement échouer à Bet Hatikvah, un lieu oublié de tous où vivent des gens rongés par la solitude et l’ennui.

Bet Hatikvah  est une sorte de petite bourgade Far West, perdue dans le désert, constituée d’habitations fonctionnelles, hideuses et répétitives, au bout d’une longue route hérissée de lampadaires. La fanfare doit s’y produire, invitée par le centre culturel arabe de la ville.
Mais personne n’est là pour les recevoir.
Les  musiciens vont très vite se rendre compte qu'il s'agit d'une erreur toponymique. La ville qui  les invite n'est pas Bet Hatikvah (qui signifie "la maison de l'espoir") mais  Petah Tikvah (qui signifie "la porte de l'espoir"). A l'inverse de Petah Tikvah qui est une grosse ville créée au XIXe siècle, Bet Hatikvah est un trou perdu où il n'y a qu'un seul petit café  et où le bus ne passe que très rarement. Pas d'hôtel. Ils sont coincés.
   
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Et ce café est tenu par Dina (l'éblouissante Ronit Elkabetz ci-dessus, à gauche) qui va proposer au chef de la fanfare (le talentueux Sasson Gabai, ci-dessus, à droite) de les héberger jusqu'au lendemain, jusqu'au futur passage du bus, en les répartissant dans les familles alentour.

C'est donc l'histoire de la confrontation au quotidien de deux groupes humains qui n'auraient jamais dû se rencontrer ou peut-être jamais dû se quitter tant l'Histoire commune de leurs deux nations a tout fait pour les opposer.

Ce huis clos va contraindre les différents protagonistes à se parler, se rapprocher, partager les repas, s'entraider dans les moments difficiles ou délicats du quotidien, faire appararaître le fond de chacun, les désirs, les frustrations, les espoirs, les petites humiliations, les velléités, les ratages et surtout montrer ce qui les rassemble dans leurs ressemblances, dans leur condition d'être humain soumis à des pressions équivalentes.

La Visite de la Fanfare est l'autre* film israélien sorti récemment qui évite le traitement traditionnel du sempiternel conflit politico-militaire -sans toutefois l'ignorer- et qui semble promis à un avenir prometteur. Ce film est un bijou de drôlerie, de finesse, de délicatesse et de générosité. Il faut avoir en mémoire le film
du Palestinien Elia Suleiman, Intervention divine qui est une sorte de pendant à celui-ci. La mise en scène est très minimale, beaucoup  de personnages restent muets, des taches bleues dans le décor, mais la personnalité de chacun des protagonistes est traitée de manière très fouillée.

La langue joue un rôle déterminant, à commencer par l'erreur toponymique qui fonde le propos du film. C'est l'anglais (minimal, lui-aussi) qui va être la monnaie d'échange et donc permettre la communication, à priori impossible.
Et ceci va malheureusement jouer contre le film, pas du point de vue artistique mais du point de vue commercial car l’Academy of Motion Pictures  a décidé qu'il était opportun de refuser à ce film la légitimité de représenter Israël dans la catégorie du meilleur film étranger pour les Oscars (plus de 50% des dialogues du film seraient en anglais). On prendra là toute la mesure de l'imbécilité d'un règlement qui nie le film dans la dimension-même du message qu'il est censé porter.

Et si l'art se montrait supérieur à la politique dans le rapprochement des peuples ?
Un très beau film à voir.


La Visite de la Fanfare
d'Eran Kolirin - avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri
   
   
Prix sélection officielle au Festival du Film de Cannes 2007 dans "Un Certain Regard". Prix du Jury, Prix de la critique internationale, Prix de la Jeunesse. Aux European film Awards 2007, Sasson Gabai vient de recevoir le prix du meilleur acteur. Le réalisateur quant à lui, Eran Kolirin y a reçu l’European Discovery 2007.
Le film « La visite de la fanfare » d’Eran Kolirin a remporté le 1er prix du 24ème Festival international de Jérusalem (2007).
   
* voir "Les Méduses" de Etgar Keret et Shira Geffen.



Deux blogs à visiter qui évoquent le film :

° Israël montre sa bobine
° Aldor
   

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commentaires

laurence 01/01/2008 22:21

Je dis tout pareil :-) (mais en moins bien, heureusement que tu es là !)

attraper les mouches

Fumier