Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 07:08
Le Désert de RETZ
prevert-retz 300

Le Désert de Retz est un endroit bien étrange. On n'y croise pas de cerf scribe, intendant ou dessinateur, déguisé en chat botté assis avec nonchalance sur le rebord d'une fenêtre ovale. Pas de chameaux non plus. Ni de sable. Le Désert n'est pas un désert : c'est un immense jardin, un parc situé non loin de Paris, sur la commune de Chambourcy, un jardin qui s'étend quand même sur une quarantaine d'hectares. Les surréalistes en sont tombés amoureux et Prévert lui-même en a laissé une trace en créant ce collage  (à partir d'une photographie d'Izis) où l'on peut reconnaître une des seize fenêtres si caractéristiques de la Colonne Détruite qui servit d'habitation à ses propriétaires successifs. Et l'inventeur de ce jardin a vécu il y a bien longtemps, bien longtemps avant Prévert, bien longtemps avant les surréalistes. Son nom était François Nicolas Henri Racine de Monville - que l'on appellera le comte de Monville - et ce comte était un aristocrate éclairé qui vécut au siècle des Lumières.

  1          
           
retz2 600
  2          
           
François Nicolas Henri Racine de Monville est donc  né le 4 octobre 1734. Il va devenir grand maître des Eaux et Forêt. Mais c'est un érudit. Il est passionné de musique : il joue de la flûte et de la harpe. Et ce n'est pas tout. Il va étudier la botanique, l'agronomie, la chimie, l'horticulture, l'astronomie, la physique et l'architecture. Et, riche de toutes ces connaissances, François de Monville décide de créer un jardin anglo-chinois à fabriques. C'est le Désert de Retz qui va rester le plus remarquable de ces jardins anglo-chinois.
           
retz5 300
retz3 300
  3       4    
           
retz6 300
Les fabriques c'est ce qu'on appellera également les folies. Ce sont de petites constructions, souvent singulières, à l'écart  des villes et toujours entourées de verdure. Elle sont à l'usage de l'aristocratie. Ces architectures seront le reflet d'un orient imaginaire ou bien anticiperont sur la dégradation du temps en adoptant une esthétique de la ruine. Ces constructions seront installées idéalement dans des paysages créés pour être volontairement pittoresques (c'est à dire des vues, des paysages destinés à être peints : des paysages créés en tout point pour la vue).
  5          
           
En 1774 François de Monville fait l'acquisition d'une maison de campagne  à Saint Jacques de  Retz qui est un endroit très isolé en bordure de la forêt de Marly. Il va concevoir le Désert de Retz qui va l'occuper durant une décennie. Il dessinera les plans de chacune de ses fabriques comme il l'avait fait plus tôt lors de la construction de ses deux hôtels particuliers parisiens dont il avait confié la construction  à Étienne-Louis Boullée. C'est le Temple au dieu Pan (5) qui inaugurera la série en 1775. Plusieurs de ces fabriques verront le jour et l'année suivante ce sera : la Maison chinoise, (6, emplacement initial) le Temple du repos, une Serre, un Obélisque en tôle peinte et un Treillage en architecture arrangée. Et puis d'autres encore : la Glacière en forme de pyramide (4), la Tente terminée par un dôme «fait en manière siamoise» (7) et naturellement, la plus célèbre, la Colonne Détruite (2,3) qui aura la particularité d'être l'habitation principale du domaine.
 
retz4 300 retz4 300
  6       7
   
           
           
  (suite prochainement, j'espère)
 
 
 
photographies personnelles sauf 1 : collage de Jacques Prévert, La Fenêtre d'Izis
 
           
           

Partager cet article

Published by espace-holbein - dans espace-holbein
commenter cet article

commentaires

espace-holbein 12/06/2010 15:53



Je suis impressionné d'avoir «appris» des choses à Laurence sur Prévert (à mettre dans mon C.V. ;-)


Mais elle doit feindre...


C'est bien que l'association (créée il y a moins de deux ans, je crois ?) se manifeste. Pour ce qui concerne le Désert de Retz, la déambulation  sur les traces des visiteurs de François
Racine de Monville est une pratique bien supérieure à celle de la lecture (on va dire : avantageusement complémentaire)...



SAURY 11/06/2010 19:15



L'association dont je suis président a la dénomination suivante :"Le Désert de Retz, jardin des Lumières". C'est elle qui, notamment, organise les visites d'individuels les 2è et 4è samedis de
chaque mois, et des visites de groupes en semaine. Dans les 2 cas, il faut s'inscrire à l'avance auprès du service "animations" (01 39 22 31 37) de la mairie de Chambourcy, propriétaire du
Désert. Il n'y a pas de visites libres.



laurence 11/06/2010 15:13



Ce qui prouve que je suis bien moins incollable sur Prévert que tu le sous-entendais puisque j'ignorais où la photo d'Izis avait été prise. Premier soulagement : ça ne contredit pas ce que je dis
sur Izis dans ma thèse et accessoirement dans l'expo (ouf!!). Dommage que je n'aie pas connu son intérêt pour ce lieu plus tôt, parce que par rapport à son histoire (et à l'Histoire), c'est
vraiment intéressant. Evidemment, c'est toujours émouvant de découvrir un nouvel aspect dans l'oeuvre d'un artiste qu'on apprécie (j'ai une tendresse particulière pour le travail d'Izis) : merci.
Et surtout, comment j'ai pu ignorer aussi longtemps l'existence d'un tel désert ? Sûr que si Alfaroubeira avait connu l'existence de ce jardin, il se serait abstenu d'aller courir le monde avec
ses quatre dromadaires...


 


(sinon je suis aussi capable de parler d'autres poètes que Prévert. D'ailleurs il y en a un qui s'est caché dans ce comm', sauras-tu le retrouver ? D'où j'espère aussi la suite de cet article,
pour en savoir plus sur ces artistes post-Prévert qui ont récemment envahi le jardin ;-)



espace-holbein 11/06/2010 14:19



Oui, il y a un bel ouvrage paru l'an dernier de Chloé Radiguet et Julien Cendres : Le Désert de Retz, paysage choisi, Éditions de l'éclat. J'y fait
référence dans l'article suivant. Les photos anciennes sont extraites de cet ouvrage. D'autre part, il y a eu une exposition d'art contemporain extrêmement intéressante il y a quelques mois à
Paris et le propos avait pour axe le Désert de Retz. On y distribuait un document assez épais (sorte de catalogue d'expo) très complet, très bien fait.  Gratuit, donc difficile à se procurer
maintenant. Je vais aborder ce versant plus contemporain plus tard.


Je sais par ailleurs qu'un petit livre plus modeste a été fait par l'association (je crois) des amis du Désert de Retz basée à Chambourcy.



Ariane Simon 11/06/2010 08:48



Pourriez-vous me dire s'il existe un ouvrage sur ce lieu étonnant, dont je comprends qu'il ait retenu votre attention ? Par avance, merci.


Sincères salutations,


A. Simon