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5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 07:00
 
Ernest Pignon-Ernest
corps et paysage

 Naples, les épidémies successives qui déciment la population. C’était autrefois. Mais la ville a conservé le souvenir de ces corps indigents, sans conscience, inertes, traînés, amoncelés. Une mémoire inconsciente, collective, urbaine, que partagent les gens de toutes conditions. Les échos, nous en trouvons des traces dans la peinture, si présente en Italie. C’est aujourd’hui.  Il s'agit bien sûr d'une peinture religieuse mais qui emprunte souvent au quotidien.  Pour voir cette peinture il faut aller dans les églises ou dans les musées.
Ernest Pignon-Ernest est un artiste engagé qui a toujours eu le souci d’entrer en contact avec le public qui peut fréquenter les églises mais ne rentrera jamais dans une galerie d’art ou dans un musée. Néanmoins le travail de Pignon-Ernest n' a jamais eu aucun caractère condescendant. Sa pratique  est très singulière :
  Cet artiste, excellent dessinateur, est très attaché à la figure humaine. Ses références, il va les emprunter à la peinture classique. Sa singularité va consister à représenter ces figures à l’échelle 1, qu’il va dessiner, remarquablement, à la craie noire sur du papier léger de très grand format pour ensuite aller les coller furtivement, la nuit, sur les murs de la ville. Et il ne s'agit pas pour lui de placarder n'importe quelle image à n'importe quel endroit : des représentations d'Arthur Rimbaud dans Paris, au quartier latin, une femme noire, telle une pietà portant un homme dans ses bras qu'il mettra sur les murs de Durban, en Afrique du Sud, rappelant ainsi le contexte de l'apartheid puis les ravages du sida ;  ou encore les figures de Pasolini ou de personnages liés à l'oeuvre de Boccace dans le contexte géographique de leurs lieux respectifs de vie. La bonne image apposée au bon endroit, dira-t-il. C'est ce qu'on appelle un travail in situ. Pour ce qui concerne les corps traînés de Naples, cette image, déclare-t-il, est nourrie de toutes les peintures napolitaines que j'ai travaillées, le Caravage, Mattia Pretti surtout,(...) jusqu'à la main qui fait le passage plan vertical, plan horizontal, sur le pas de cette porte. J'espérais que l'on sente qu'elle va cogner sur chaque marche de cet escalier qui s'enfonce sous la ville là où Virgile, il y a deux mille ans, situait les Enfers.
     
 Ce qui est intéressant dans le travail de l'artiste est qu'il va laisser ces oeuvres évoluer au gré des intempéries, des arrachages éventuels, des traces du temps sans les protéger comme le ferait un galeriste. Il prendra des photographies des lieux, indices de l'existence éphémère d'objets artistiques. Avec le risque que ces photographies aient un effet pervers sur l'oeuvre elle-même : en effet, même si le travail d'Ernest Pignon-Ernest génère des effets de réel, les photographies accentuent le réalisme et produisent un effet de trompe-l'oeil qui est accentué par le point de vue adopté par le photographe. Ceci étant contradictoire avec l'intention de l'artiste qui conçoit ses oeuvres plus globalement dans l'espace et le mouvement de la rue, excluant évidemment la notion de cadre.
     
 Ernest Pignon-Ernest, niçois, vit et travaille à Paris. Depuis plus de trente ans il appose des images sur  les murs des cités.

 ...au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J'essaie d'en comprendre, d'en saisir à la fois tout ce qui s'y voit : l'espace, la lumière, les couleurs... et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l'histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique... Dans  ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d'un corps à l'échelle 1).
Cette insertion  vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique...

 Les corps, en situation, vont occuper, de manière éphémère, le paysage de la ville et vont charger le regard des passants, tout d'abord de surprises, puis  d'interrogations et peut-être  de réminiscences.
     
liens Ernest Pignon-Ernest  :
* site officiel
* Bulletin de la SFP, un entretien
* interview
* autre interview
* galerie Bärtschi
* galerie Lelong
* intervention Arthur Rimbaud
* Arthur Rimbaud
* texte détaillé avec illustrations de Images Revues
* un article d'exposition
* La Ruche
* artnet.com

photographie : Naples, 1990, Ernest Pignon-Ernest, Fonds National d'Art Contemporain
extrait de La Photographie contemporaine en France, Éd.du Centre Pompidou, 1996, p85
  
photographies présentées en liens/images : extraites du site de E.P.E

   

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Published by holbein - dans espace-holbein
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commentaires

holbein 06/10/2006 18:57

Oui, j'ai vu le groupe de Sclavis sur scène il y a quelques années (dans ma ville natale...) et il y en a un dont je me souviens : c'est Médéric Collignon. Un allumé génial ! (je crois me souvenir qu'il jouait aussi de la vielle à roue, mais pas sûr. "Le bûcher des vanités" c'était pas avec lui aussi ?

Béat 06/10/2006 02:36


Napoli's Walls

Très belle référence à Ernest Pignon-Ernest que cette musique sauvage qu'ont jouée
Louis Sclavis (clarinette, soprano)
Vincent Courtois (violoncelle)
Médéric Collignon (trompette de poche, vocaliste déchaîné)
Hasse Poulsen (guitarre)

Ils furent très inspirés pour nous faire partager les bruits parfois furieux, mais toujours joyeux de Naples. Superbe. Vivant.

Napoli's Walls - ECM - GEMA ECM1857 038 504-2
1 CD avec un livret de 32 pages

attraper les mouches

Fumier