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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 09:22
HOLBEIN to TILLMANS, Schaulager, Bâle

L'exposition que l'on peut voir en ce moment au Schaulager, à Bâle, est exceptionnelle : près de 250 œuvres sont montrées (peintures, sculptures,  vidéos, photographies, installations) et la période couverte est considérable (du XVe  au XXIe siècle). Autant dire que l'on ne se déplace pas pour rien. A l'origine de cette exposition, une contrainte : d'avril à septembre 2009, le Kunstmuseum Basel présente une rétrospective des paysages du peintre Vincent van Gogh. Le Kunstmuseum ne disposant pas de suffisamment d'espace pour accrocher toutes ces peintures, la nécessité de stocker une partie de la collection s'est imposée. La direction du Schaulager a proposé d'héberger 200 œuvres et de les confronter à d'autres, empruntées, d'une part, à la collection Emanuel Hoffmann et, d'autre part,  à des collections privées. La liste des artistes est impressionnante.
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L'ambition de cette exposition est fondée sur l'idée qu'il s'agit d'aborder toutes les œuvres présentées ici de manière résolument contemporaine, quelles que soient leurs dates d'exécution, avec des yeux d'aujourd'hui. Leur confrontation permettra de faire émerger des sens peut-être nouveaux et, à tout le moins, des significations variées et parfois inattendues.
           


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Les lignées d'artistes sont souvent manifestes et les échos, d'un siècle à l'autre, font que mutuellement les œuvres prennent du relief et s'enrichissent. Allegory of Folly  (4) de Rodney Graham est à ce titre exemplaire. Cette œuvre nous accueille dès l'entrée de l'exposition. Un grand caisson lumineux sous forme de diptyque abrite une  photographie en noir et blanc somptueuse. Ce travail de l'artiste canadien fonctionne comme une sorte de précipité ou de condensé de l'ambition de cette exposition.
Assis sur un cheval mécanique (utilisé par les jockeys pour leur entraînement), l'artiste lui-même, habillé à l'ancienne, enfourche sa monture à l'envers et lit un épais volume. Cette représentation fait évidemment référence au portrait que fit Hans Holbein le jeune d'Érasme de Rotterdam, l'auteur du fameux traité L'Éloge de la Folie. Le portrait d'Érasme par Holbein
(5) est accroché en écho sur un des murs de la première salle. .
           


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Les œuvres d'une même époque vont également s'enrichir mutuellement sur la base de quelques échanges. Ainsi, une grande photographie de Thomas Demand, Kitchen (7), va  se trouver dans l'environnement immédiat de l'extraordinaire travail des artistes suisses Fischli & Weiss. Ces deux œuvres entretiennent des rapports de feintise avec la réalité. Le côté fruste de leur sujet n'est là que pour mieux dissimuler un extraordinaire savoir-faire et surtout une réflexion et une prise de position des plus audacieuses et des plus radicales sur la question du modèle. On sait que l'artiste allemand réalise des maquettes à l'échelle 1 en utilisant toutes sortes de papiers et de cartons et qu'il reproduit, le plus fidèlement possible, les environnements qui nous entourent avant de les photographier à la chambre. De l'autre , Fischli & Weiss (6) -voir expo 2007 à Paris-  montrent au beau milieu de cette salle un amas d'objets et de matériaux les plus divers, comme s'ils avaient vidé leur cave. Ce qu'il faut savoir c'est que tout est fabriqué en polyuréthane.  Mimésis, comme chez Thomas Demand. Il s'agit donc d'une sculpture géante. Ce que l'on pourrait aussi appeler une nature morte puisque, malgré l'apparent désordre, tout est composé. La nature morte étant un genre, notamment au XVIIe siècle, qui renvoie aux vanités, au temps qui passe, qui nous fait prendre conscience de la fragilité de notre existence. Les liens avec  tout ce qui est autour deviennent éloquents. Il n'y a qu'à remarquer les petits tableaux d'On Kawara -de la série Today- accrochés en face  (6) qui ne portent que des dates. On peut voir, dans le prolongement, au fond de l'autre salle, un Car Crash d'Andy Warhol qui assène plusieurs fois l'image sérigraphiée et violente d'une  automobile accidentée, retournée, entourée de blessés et de cadavres. La fragilité de l'existence est rappelée en un seul coup d'œil.
           


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Les rapprochements d'images ne fonctionnent pas de manière aussi littérale que dans ce couple peinture/photo présenté ci-dessus (8, 9). Certaines promiscuités, certains voisinages, resteront même très énigmatiques dans le parcours de cette exposition. Et c'est très bien. Ce qu'il faut retenir c'est évidemment que ce qui est ancien (médium, traitement, sujet) n'est pas synonyme de périmé. Une peinture du XVIIe siècle peut être réactivée par un œil d'aujourd'hui et, inversement, les œuvres du passé fournissent des clés d'appréciation et d'éclaircissement à notre jugement esthétique lorsque l'on est amené à distinguer ce qui va s'extraire et émerger dans le champ contemporain.
Ce qui reste fascinant, au terme de cette visite, est de constater que certaines questions, certains thèmes abordés par les artistes, sont essentiels et  traversent le temps. La manière de les aborder, seule, change. Et même si cela n'est pas une découverte totale, le fait de marquer la chose de façon aussi subtile, aussi forte et variée, tout en étant confrontés à des œuvres majeures, contribue à donner du poids à ce sentiment diffus.
           



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Les différentes cellules de l'exposition ont été pensées à chaque fois en fonction d'une certaine logique interne. Ainsi des correspondances claires sont là pour affirmer  la cohérence de ces partis pris. Mais il est  intéressant de se livrer au jeu qui consiste à croiser des images afin de tenter d'échafauder d'autres logiques (comme ci-dessus, 10/11/12). En effet, on trouve dans les textes de présentation de l'exposition le terme d'«essay of pictures». Le terme d'essay renvoie à la production littéraire. Cette exposition ne pourrait-elle pas être appréhendée comme un immense essai où les mots seraient remplacés par des images ? Une lecture très ancienne m'est revenue en mémoire : l'ouvrage extrêmement intéressant de John Berger intitulé Voir le voir (Ways of seeing, 1972) dans lequel l'auteur avait consacré plusieurs chapitres composés uniquement d'images qui étaient censées pouvoir se lire comme s'il s'agissait de texte et, en conséquence, générer du sens.
           


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Les déclarations d'intentions étant un peu timides sur la plaquette, je craignais de déambuler dans un montage de circonstance, lié à la contrainte du déménagement  passager des œuvres du Kunstmuseum. En fait le parti pris de cet accrochage se révèle assez ambitieux : il s'agit, d'une part, d'exposer la vaste déclinaison de la pratique artistique sur cing ou six siècles et, d'autre part, par le biais des correspondances provoquées par l'accrochage ou par l'œil du visiteur contemporain, de montrer les axes forts, ce qui constitue le noyau dur de cette pratique qui anime les artistes au-delà de leur époque et au-delà du temps.
J'aurais aimé montrer bien plus d'images, notamment celles consacrées à l'art minimal que je n'ai pas abordé, mais la richesse du contenu et la puissance des œuvres sont telles qu'il est impossible de rendre compte dans le détail d'une telle visite.

Et la petite souris blanche (tout là-haut) qui grignote des fraises, ne serait-elle pas une façon a minima de rendre compte de cette exposition ? À condition de la mettre en relation avec l'œuvre magistrale de Katharina Fritsch (15) installée pour le Schaulager. Ce qui a été fait, bien sûr, puisque l'on peut voir le tableautin de Maria Sibylla Merian à l'entrée de l'immense salle consacrée à la sculpture monumentale de Katharina Fritsch,  Rat King ...
           
           
           
           
           
           
 photos :

1 : Maria Sibylla Merian, 
(1647-1717), Fraises et souris, huile sur toile, Kunstmuseum Basel.
2 : l'espace du Schaulager, photographie de l'auteur.
3 : l'espace du Schaulager, photographie de l'auteur.
4 : Rodney Graham, Allegory of Folly : An Equestrian Monument in the Form of a Wind Vane, caisson lumineux, 2005             photo, ©Tom Bisig, Bâle
4 bis: Rodney Graham, Allegory of Folly, détail
4 ter: Rodney Graham, Allegory of Folly, détail
5 : Hans Holbein le jeune, Portrait d'Erasme (tondo), bois de tilleul, 1532, Kunstmuseum Basel
6 : Fischli & Weiss, Tish, 1992-1993, polyuréthane Dépot Emanuel Hoffmann

6 bis : Fischli & Weiss, Tish, 1992-1993, polyuréthane Emanuel Hoffmann, Öffentliche Kunstsammlung Basel, Martin P   .   7 : Thomas Demand, Kitchen, 2004, photographie
8 : Edgar Degas, Jockey blessé, 1896-98, Kunstmuseum Basel
9 : Jeff Wall, Citizen, 1996, Kunstmuseum Basel
10 :Jan Jansz. van de Velde III, Verre de vin et citron, 1649, 
11 :Wolfgang Tillmans, Anders s'enlevant une épine du pied, 2004, Kunstmuseum Basel
12 :Monika Sosnowska, Untitled, 2006
13 :Wolfgang Tillmans, Ostgut Freischwimmer, right , jet d'encre, 2004
14 :Gerhard Richter, Motorboat , penture sur toile, 1965
15 :Katharina Fritsch, Rat King , 1993,  Schaulager
           
           
Note : reste à mentionner que le dilettantisme en art a quelque chose de bon... Merci d'avoir aiguisé ma curiosité.
           
           
 
 

Holbein bis Tillmans - Prominent Guests from the Kunstmuseum Basel

Schaulager

Ruchfeldstrasse 19
4142 Münchenstein
Suisse

4 avril 2009 - 4 octobre 2009



www.schaulager.org
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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

la dilettante 19/08/2009 17:49

photos de l'auteur ? quelle témérité ....bien à toi

attraper les mouches

Fumier