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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 07:05
  Gerhard Richter, UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES
           

    
  
Gerhard Richter est l'un des peintres les plus importants actuellement. Et il en existe peu. Son parcours est exceptionnel, ses toiles appartiennent aux plus grandes collections et sont montrées dans les plus grands musées du monde. Ses œuvres, de format souvent imposant, sont fascinantes tant du point de vue de leurs qualités plastiques  et artistiques que de la réflexion et des interrogations qu'elles suscitent. Il est de ceux qui ont intelligemment dialectisé les rapports entre la photographie et la peinture. Nous connaissons le peintre mais c'est ici une autre facette de l'artiste que nous découvrons.


 
 
   
Le Centre de la photographie de Genève présente plus de 300 photographies sur lesquelles Gerhard Richter a déposé de la peinture. Le support est modeste, ce sont en effet de simples photographies personnelles représentant des paysages, des intérieurs, des natures mortes ou des scènes familiales ; des photos d'un format standard (10x15 cm) tirées par des laboratoires industriels. Dès  le début, l'utilisation que l'artiste faisait de ces photos était simplement technique : alors qu'il peignait sur toile d'après photographie, il s'agissait pour lui de déposer une trace de peinture sur l'image qui lui servait de modèle afin de comparer le ton d'une couleur. .
     

           
Gerhard Richter va assez rapidement prendre conscience de la valeur artistique  de ces objets hybrides. Le procédé va prendre forme. Après une séance de travail sur ses toiles, et dans un geste généralement bref (un 'instantané' de peinture, comme on parle  d'un instantané pour les photos), il appliquera une photographie sur le large couteau encore enduit de pigments qu'il aura utilisé pour peindre ou bien étalera sur l'épreuve le reste d'une spatule abandonnée. Quelques giclures ou gouttes colorées seront éventuellement distribuées sur le tirage.
Les résultats sont étonnants pour diverses raisons. Une de ces raisons tient dans le fait  que les traces hasardeuses de couleurs, même si elles donnent quelquefois l'impression de singer les représentations photographiques, produisent une tension très féconde entre les deux médiums ; les codes de la photographie sont perturbés (profondeur, perspective, espace) par les aplats de peinture qui fonctionnent souvent comme des plans dans l'espace de la photographie. Il arrive que ces dépôts de couleurs forment des sortes d'objets abstraits qui donnent l'impression d'exister véritablement.  Des formes répétées de couleurs peuvent également, du fait de leur diminution (hasardeuse ?) dans l'espace de la photographie, produire un effet perspectif. Mais tout ceci est immédiatement contredit lorsque le regard se déplace discrètement dans l'espace de l'image.

Cette pratique débouche sur un véritable paradoxe tout à fait enchanteur : alors même que nous conférons à la photographie une capacité à rendre compte de la réalité, ici, la peinture s'avère beaucoup plus réelle que la photo : nous en voyons clairement la matière, l'épaisseur, la netteté alors que la 'réalité' représentée par la photographie devient aléatoire en raison d'un simple bougé ou d'un effet de flou.

Ces travaux de Richter sont de véritables petits bijoux où l'on imagine le peintre libre, curieux, joueur, mettant à l'épreuve ce qu'il a vu (en utilisant vingt épreuves identiques maculées de vingt manières différentes- voir la série Firenze-), la peinture permetttant de dépasser ce qui serait la construction technique d'une perception.




Toutes les photographies ci-dessus sont extraites du site gerhard-richter.com que je vous invite à visiter car il existe 543 photographies peintes et vous comprendrez que le choix que j'ai fait est bien modeste.
Allez, en voici trois autres en cadeau...
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http://www.gerhard-richter.com/
           
           
Gerhard Richter, UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES
Centre de la photographie
10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève
exposition du 20 février au 12 avril 2009

 
 
 
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

Lucie 21/03/2009 22:28

C'est beau!  Elles sont fascinantes ces photos peintes, et elles créent une sorte d'addiction!

ap 06/03/2009 22:34

Très belle collection de macules.
L’orientation des traces sont souvent utilisées en fonction de la nature du cliché. Les effets de décollage (après impression) indiquent que ce sont les toiles abstraites qui ont été choisies comme contrepoint. Choix logique pour que l'écart avec les photographies opère. Aussi la matière picturale prise dans sa littéralité (son flux chaotique) n’est cependant pas déposée au hasard. J’y vois pour ma part un regard réfléchi plus qu’un réflexe. Défaire l’image /refaire l’image, par retour de l’impression gluante, en un seul coup. Belle leçon de peintre.

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