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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 16:45
 
  Philippe Ramette : Gardons nos illusions
Gardons nos illusions ! Voici une injonction surprenante. En général, nous sommes incités, bien au contraire, à nous méfier des illusions, à les combattre, dans une quête sans cesse renouvelée et toujours plus acharnée de la vérité. Et, qu'est-ce qu'une vérité dans le champ artistique ? Nous n'en savons pas grand chose, finalement. Est-ce d'ailleurs toujours une question d'actualité au XXIe siècle ? L'artifice a tantôt été valorisé, tantôt dénoncé. Son rôle demeure néanmoins déterminant concernant les choses de l'art. Si Philippe Ramette ne s'acharne pas à fixer de vérité en matière artistique, son obstination à élaborer, avec le plus grand soin, des objets qui donnent corps à des attitudes -et qui font tout pour les figer- reste fascinante.

Le MAMCO, à Genève, présente une grande exposition de cet artiste français né en 1961. On y voit des objets, des photographies, ainsi que des installations.
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Philippe Ramette est-il sculpteur, photographe, est-il un performer, ou encore un installateur ? Ses préférences vont à la sculpture, je crois ; Ramette déclare dans un entretien à Paris-art : «Ma démarche part des objets». Il fabrique des objets avant tout. Et pourtant ce sont ses photographies qui sont largement diffusées et qui l'ont fait connaître. C'est paradoxal si l'on sait que ce n'est pas lui qui les prend mais un autre, un photographe  : Marc Domage ; et ceci pour une raison bien simple : Philippe Ramette est l'acteur de ses photos (il pose) et il se trouve donc dans l'incapacité de déclencher. Un autre paradoxe de ce travail est que les objets fabriqués par Philippe Ramette, et qui lui servent à se mettre dans des situations spatiales extraordinaires, n'apparaissent jamais dans ses photographies, ou très rarement lorsque la nécessité d'éclairer un dispositif s'impose. Il les nomment des «prothèses à attitudes».
           
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Ces objets, en voici une petite sélection. Tous n'ont évidemment pas la même fonction et ne sont pas directement utilitaires. Ce travail est traversé par un souffle poétique et par une dimension incontestablement liée au monde de l'absurde. Les objets fabriqués sont des prothèses-sculptures et sont donc réalisés pour la prise de vue des photos présentées. Ils sont toujours précédés de dessins préparatoires (14, 15) qui mettent en scène des situations dans lesquelles l'artiste se fait photographier habillé de ce costume sombre et rigoureux à la manière d'un Magritte ou de Gilbert & George. Le terme de «prothèse»  indique une relation particulière au corps : utiliser une prothèse suggère que le corps est assisté soit mécaniquement soit médicalement.
           


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Déambuler dans cette exposition relève donc d'une sorte d'expérimentation du corps : le sien, le mien, le nôtre, qui à la fois met en joie et inquiète : l'absurde est affiché au premier degré (6) mais des salles entières sont dédiées à des sujets intimement conflictuels tels ces représentations du suicide à travers des objets usuels (11, 12).
           


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L'univers de Philippe Ramette adopte une posture contemplative et installe un rapport au monde lié au temps qui passe et qui souvent procède du danger, tout au moins du risque (13, 17, 18, 19, etc.). On y verra des références à l'histoire de l'art comme celle, si évidente, à Caspard David Friedrich  dans Socles à réflexion (17) et qui rappelle cette fameuse toile de 1817/18 intitulée Voyageur devant la mer de nuages ou encore des références directement culturelles à l'instar de ce titre qui est un emprunt à peine voilé à Paul Lafargue : Éloge de la Paresse (13). Mais, même si Philippe Ramette revendique certaines filiations (Friedrich et son Voyageur, par exemple) c'est plus généralement qu'il faut comprendre la posture d'un artiste face au monde, dans ce rapport profond à la nature : un individu-artiste élégant, méditatif, solitaire, romantique qui fabrique et organise un univers mécanisé, profond et dérisoire, l'aidant à gérer ces échanges répétés au quotidien.
           
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C'est sans doute l'ambivalence de l'approche qui participe de la valeur artistique de cet Œuvre. En effet, la méticulosité à donner une forme visible à des attitudes peut renvoyer aux objets de pénitence, et ceci en relation aux préoccupations religieuses et plus particulièrement chrétiennes. Mais ces dispositifs de domestication des corps découlent directement des pratiques de l'origine de la photographie (il fallait fixer les corps destinés à être photographiés durant de longs moments afin d'éviter les effets de bougé).
Philippe  Ramette s'approprie également une autre tradition : celle des machines à regarder ou plus précisément de ces machines qui aidaient à rationnaliser puis à fixer les représentations du réel comme celles de Dürer, par exemple. Il va en outre s'intéresser au basculement du monde (à 90°) qui, là aussi, est une figure forte de la tradition des arts plastiques née vraisemblablement au XXè siècle avec l'histoire de  Fountain de Marcel Duchamp : un urinoir qui ne prendra de valeur et d'autonomie que grâce au quart de tour que l'artiste lui fera subir. Ce basculement à 90° implique ici l'intégrité physique de l'artiste qu'on voit souffrir lorqu'on regarde l'expression du visage de près (21). L'extrême crispation est tangible. Selon une certaine tradition liée à la représentation, les modèles ainsi que les condamnés et les pénintents devaient souffrir. Afin d'atteindre la Rédemption ? Ramette procèderait-il ainsi à une espèce d'auto-flagellation ?... Il le fait, de toute façon, avec un humour renversant...
           
           
Philippe Ramette est représenté par la galerie Xippas.
           






Photos de l'auteur de 2 à 16 (excepté 13 et 14), le reste ©philippe ramette












Gardons nos illusions

du 25 juin au 21 septembre 2008


MAMCO
musée d'art moderne et contemporain

10, rue des Vieux-Grenadiers, CH-1205 Genève
www.mamco.ch

           

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