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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 08:46
  Bernd Becher



Der Fotograf Bernd Becher ist tot  - (22 juin 2007) becher12.jpg
   
   
   
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27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 15:33
 Un nid pour quoi faire

Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tt cft dans chalet atypique, artistes s'abstenir, envoyer prétentions.
 

Olivier Cadiot

Un nid pour quoi faire
4ème de couverture, 2007
P.O.L
 
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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 08:01
      Pisanello



pisanello-200.jpg    « (...) nous avons  plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, par exemple les formes d'animaux parfaitement ignobles ou de cadavres, la raison en est qu'apprendre est un plaisir non seulement pour les philosophes mais également pour les autres hommes (...) ; en effet si l'on aime à voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend à connaître.»




Aristote


Poétique, chap.IV, 48b, 10-12,
éd. Dupont-Roc et Lallot, 1980, p. 43
         






illustration : Six études de trois hommes pendus par le cou (détail), Pisanello
Londres, The trustees of the British Museum, Department of prints and drawings
extrait du catalogue de l'exposition Pisanello, Musée du Louvre, 1996, p. 244
    
         
         
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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 08:15
      Musée du quai Branly : premier anniversaire




africanMcD-200-.jpg   Le musée du quai Branly fête son premier anniversaire aujourd'hui.
Le bilan -provisoire- au terme d'une année sera vraisemblablement envisagé ces jours-ci par nombre d'observateurs variés. Soyons attentifs, essayons de faire le tri, sachons repérer les enjeux derrière les constats. Il risque d'être très instructif de confronter les opinions qui vont être exprimées ; qu'il s'agisse de professionnels, de visiteurs éclairés, de touristes, etc. Et dans chacune de ces catégories nous allons retrouver des sous catégories qui ont toutes les chances de ne pas être d'accord entre elles...
Alors que penser de ce musée des arts premiers ? J'ai trouvé sur internet, et je ne sais plus où d'ailleurs, cette photographie d'une statuette d'un type assez particulier renvoyant grossièrement à l'esthétique d'une petite sculpture africaine rendue délibérément contemporaine grâce à ses attributs qu'on ne manquera pas d'identifier...
Sacrilège.
J'ai trouvé ça rigolo et me suis empressé de glisser, vite fait, ce petit ovnimage dans ma collection de trucs que je récupère, comme ça.
Et puis je retombe dessus dans ce contexte du premier anniversaire du musée des arts premiers. Et cette petite image, je ne la trouve plus si anodine. Quel statut donner à cet objet photographié ? Est-on dans le registre du trivial, du blasphématoire, du mauvais goût, du commercial, de l'objet d'art contemporain occidental et provocateur ? (il pourrait occuper une place avantageuse dans l'espace d'une galerie à la mode, du quartier du Marais, par exemple). Ailleurs encore ?

«On voit combien la notion d'"art” pose problème ; est ambiguë. Combien sous ce terme, on fait se recouvrir des processus foncièrement différents, antinomiques.» écrivait la rédactrice d'un très bon blog traitant précisément des choses de l'art dans un billet consacré, justement, au musée du quai Branly...
La question essentielle relève effectivement de la définition de l’œuvre d’art. Toujours la même question. Ce truc aux frites et boisson gazeuse appartient-il au registre artistique ? Et ce qu'on voit dans les vitrines du musée du quai Branly, est-ce bien des objets d'art ? Ne serait-ce pas plutôt, dans nombre de cas, des objets usuels qui ont changé de catégorie en changeant de continent ? (Même si ceux qui les ont collectés les trouvent «beaux» ? Et puis d'ailleurs la Beauté reste-elle le critère pour définir le statut d'une œuvre d'art ? Le XXème siècle a ébranlé nos certitudes, etc.)
Et c’est heureux. Heureusement qu’on est loin de faire le tour de ces questions. Et c’est pour ça que tout se qui se réfère à l’art m’intéresse intensément et continuera sans doute  à m’intéresser longtemps.

On peut prendre un objet et l’introduire dans un autre circuit, y compris un objet fait en Afrique (et appelons-ça comme on veut : outil, chef d'œuvre, pièce d'artisanat, objet d'art ou de consommation, etc.). A partir du moment où un objet est produit, soumis au regard des autres, il prend son autonomie (voir la statuette africaine...). Et la bonne conscience pour le remettre dans le droit chemin de sa prétendue catégorie  véritable n’y fera rien.
Et n'est-ce pas ici, au contraire, lorsqu'on considère ces objets «d'arts premiers» que la mauvaise conscience (blanche, bourgeoise, catholique, judéo-chrétienne, scoute, cultivée,
de bonne famille, étant nécessairement passée par une phase d’autocritique de bon aloi liée au mouvement social de 1968  avec, en conséquence,  juste ce qui faut de contestation politiquement correcte)  ressort ?
Le musée a des responsabilités.
Mais il faut savoir assumer sa position. Il participe à la fabrication des représentations, pour ne pas dire qu'il se trouve bien souvent à l'origine de ces représentations.
Y a-t-il vraiment un «regard d’homme blanc» ? Ce qui supposerait un regard d’homme noir. Reste à savoir où commencerait la négritude (ou la «blanchitude»). A partir de quel degré de coloration, d’origine, d’authenticité, de pureté du sang, etc. Voyez que ça rappelle de mauvais souvenirs et qu’il ne faut surtout pas se fourvoyer dans ce sens.
Ces deux composantes existent-elles vraiment ? Un regard métis serait une subtilité supplémentaire qui ajouterait un peu plus à la confusion ? Se situe-t-il du côté blanc ou du côté noir ?

Ces questions, tout cynisme évacué, interrogent et rappellent évidemment les mauvaises relations que la France a entretenu avec l’Afrique dans le cadre tristement calamiteux du colonialisme et ça n’est pas le discours de la mauvaise conscience (y compris celui élaboré spécifiquement pour ces objets d'art) qui fera le ménage ou qui rachètera cette France du ratage. Pourquoi décidément ne pas s’intéresser à l’Afrique contemporaine et prendre en compte le drame des gens prêts à tout, jusqu’à sacrifier leur vie ?  Car ce n’est pas fini. C’est loin d’être fini.
Il y a actuellement une superbe performance générale d’une partie de l’Afrique au large des côtes de Sud de l’Europe : voir cette photo d'un performer* en pleine action. Force est de constater que ces questions sur l'art nous entraînent bien loin.

Mais je m'éloigne du propos. La statuette se nourrissant de produits made in USA ne renverrait-elle pas à elle toute seule à un état de la réflexion sur la mutation des valeurs liée à l'identification des objets et de leur fonction ?

Alors, in fine, que penser de ce musée des arts premiers ? Honnêtement je n'en sais rien. Et puis je ne suis pas spécialiste.



         
         
* photographie en lien : Espagne, îles Canaries  ©Juan Medina / Reuters


 -photographie initiale : source non identifiée.
         
         
         
         
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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 08:24
  GILBERT & GEORGE
mêlés malgré eux à un meurtre




gilbert-george2.jpg 
GEORGE : Il nous est arrivé une histoire invroyable. Nous revenions d'Athènes, complètement épuisés...
GILBERT : Á la fin d'une exposition, on est à plat. On trouve la porte de chez nous, sur les genoux. Mais chaque fois que nous pensons : «la vie est ennuyeuse», cela repart, quelque chose se passe...Tu ne crois pas George ?
GEORGE : Cette fois-là, nous avons trouvé un fax, écrit à la main, de la police du New Yorkshire... Rien qu'à voir cet en-tête, cela faisait plutôt peur... «Chers Gilbert & George, nous souhaitons vous interroger sur un assassinat...une femme trouvée morte, assassinée, dans une valise, une femme recouverte d'un ruban adhésif dessiné par vous.» Ils sont venus nous interroger.
GILBERT : Un choc !
GEORGE : Terrible. Première question : Est-ce qu'une de vos œuvres traite de la violence envers les femmes ?» Puis «Une de vos œuvres traite-t-elle de l'asservissement ?» J'ai failli dire non, à part Human Bondage I... et ... On en a tout une liste ! Donc j'ai juste dit «non».
GILBERT : Comme la jeune fille était coréenne, il nous a demandé si nous fréquentions les milieux coréens...
GEORGE : Mais tous les artistes sont mêlés au milieu coréen ! Nous avons tous des amis coréens ! Nous fréquentons tous des restaurants coréens! Nous y avons même un ami serveur. Le ruban adhésif venait de la boutique de la Tate : à partir de notre œuvre Death Hope Life Fear, ils en ont fabriqué un avec les mots Hope et Life.


Enrubanner un corps avec les mots Espoir et Vie : c'est faire preuve du cynisme le plus cruel !

GEORGE :  Le policier a vite compris que nous n'avions rien à voir là-dedans. Mais si la fille avait été retrouvée dans un sac en plastique de Sainsbury, jamais la police ne serait venue interroger le directeur de Sainsbury.
GILBERT : Et certains journalistes, comme ceux de l'Evening Standard, ont suggéré que nous étions presque responsables...
GEORGE : ... que les artistes traitant de tels sujets sont suscpetibles d'encourager ces comportements...
GILBERT : Nos images comme appels au meurtre ? C'est très drôle. Dans le Daily Times, Richard Cook, un journaliste établi, a dit à cette occasion, et pour la première fois, que nous étions les artistes les plus téméraires au monde...
GEORGE : ... que nous avons évoqué tous les sujets que les gens rencontrent un jour dans leur vie, tous les désastres...
GILBERT : Ce fut la première et la dernière fois qu'il nous fit ce compliment. Encore que, replacé dans le contexte, c'était à double tranchant !



Extrait de GILBERT & GEORGE Intime conversation avec François Jonquet,
Éditions Denoël, 2004, p 343

illustration exraite de la même page ©Gilbert & George

gilbert-george2.jpg 
                   
                   
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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 11:45
  Christophe de BRESSIEUX
galerie Tanya Haddad
jusqu'au
21 juillet 2007



de-bressieux-200.jpg Christophe de Bressieux est un artiste qui a montré  peu de choses jusqu'à présent, si ce n'est dans des lieux assez inhabituels ou dans des circonstances  souvent particulières. Son travail se caractérise par une production  éclectique et particulièrement énigmatique dans ses centres d'intérêt et la mise en scène de ses œuvres.
La galerie Tanya Haddad lui donne aujourd'hui l'occasion de montrer des travaux purement photographiques d'une grande sobriété et d'une grande force. Il s'agit d'une série intitulée L'Envol de la Mésange présentant de très grands tirages du petit oiseau apparemment mort, sans blessure apparente. Une belle forme propre, délicate, où la notion d'espace est à la fois perturbée par l'immensité du sujet et la neutralité du fond. Les points de vue sont variés d'un tirage à l'autre et la mise au point est faite à chaque fois sur un détail différent de la mésange : tantôt une plume particulière de l'aile, tantôt le bec ou bien encore le duvet du ventre jaune ou le gris bleuté d'une patte.

Le titre de cette série est énigmatique :
L'Envol de la Mésange. Il y a en effet une contradiction à nommer "envol" une représentation figée et définitivement figée puisqu'il s'agit d'un petit animal sans vie. Nous sommes vraisemblablement en présence d'une des nombreuses variantes des Vanités si chères au XVIIe siècle. Le précieux petit animal aux couleurs délicates dont la particularité est de voler -chose que l'homme ne fera jamais- est pétrifié, figé dans la mort, tout en gardant à la fois son intégrité physique et toute l'étendue de sa séduction.
La taille exagérément grande de l'oiseau représenté sur les tirages renvoie à l'échelle humaine et le spectateur à ses propres interrogations. Et c'est bien là que ce travail exerce une grande force dans sa retenue, sa sobriété et son pouvoir de conviction.
                   
                   
photographie de l'auteur
(
œuvres : photographies couleur sous diasec)


galerie Tanya Haddad,
7
place Jean Grandel,92230 Gennevilliers
jusqu'au 21 juillet 2007
                   
                   
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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 08:09
 

 Gerda Taro


L'ombre d'une photographe, Gerda Taro
François Maspero
Éditions du Seuil, collection «Fiction & Cie», mars 2006

 

 

taro1-200.jpg C'est l'histoire d'une très belle figure, celle d'une femme libre et engagée ; une figure oubliée.

Gerda Taro va avoir vingt-sept ans. Gerda, reporter-photographe, est tuée sur la route de Madrid alors qu'elle ramène le reportage qu'elle a fait des violents combats qui viennent de se dérouler à Brunete. On est le 25 juin 1937.

Gerda est cette femme au visage d'ange qui a partagé un temps la vie de Robert Capa ; ils ont travaillé ensemble et vécu les mêmes terreurs, les mêmes joies, les mêmes émotions. Son souvenir n'est malheureusement resté que dans l'ombre du «plus grand reporter de guerre de tous les temps».

François Maspero fait revivre, dans ce très beau livre, le destin éblouissant de cette femme née à Stuttgart, militante anti-fasciste, qui va quitter l'Allemagne pour voyager en France, va croiser Aragon, Nizan, Brecht, Anna Seghers, John Heartfield, Koestler, Hemingway, Dos Passos et d'autres encore, s'engager passionnément aux côté des républicains espagnols tout en étant correspondante, notamment, du quotidien communiste Ce soir et en fournissant des témoignages photographiques de première main  à des parutions de l'époque comme Regards ou Vu.

L'ouvrage débute sur une fiction, un épisode où l'on voit François Maspéro interviewant chez elle une vieille dame qui ne photographie que des chats, une dame encore vive pour ses quatre-vingt-dix ans passés, entourée de photographies jaunies, une Gerda Taro qui ne serait pas morte sur une route d'Espagne en 1937, quelques jours avant son anniversaire.

C'est en septembre 1934 que Gerta Pohorylle -qui va devenir Gerda Taro-  rencontre André Friedmann, le pas encore Robert Capa. Un sans le sou mais plein de charme. D'elle, on dira que «la séduction qu'elle exerçait ne venait pas seulement de sa beauté féminine. C'était une femme intelligente et cultivée qui impressionnait par son naturel et sa spontanéité.»* C'est à cette époque -1935- qu'elle débute et apprend la photographie.
Et puis elle va inventer Robert Capa ! Une idée loufoque qui va devenir un coup de génie dit Maspero : «Un jeu qui est bien dans leur caractère à tous deux : créer un personnage, celui d'un photographe américain, riche et célèbre outre-Atlantique -exactement le rêve d'André-, venu un temps travailler en Europe. Cher, bien entendu. Beaucoup plus cher que le tâcheron André Friedmann. Celui-ci se chargera de faire les photos, et elle de les vendre, grâce aux relations et au savoir-faire acquis à Alliance. (agence au sein de laquelle œuvrait Gerda). A ce personnage, il faut donner un nom : ce sera Robert Capa.»**

Et l'on sait ce que deviendra ce nom. Et c'est de ce nom générique qu'il signeront dans un premier temps leurs photographies, si bien qu'un certain nombre d'entre elles sont difficiles à attribuer. Plus tard Gerda signera de son nom ces prises de vues humanistes qui sont des prises de risques constants. Sa courte vie fourmille de rencontres, d'anecdotes, d'engagements  que François Maspero nous fait partager avec beaucoup d'empathie.

Si ce n'était les bombes, la fréquentation quotidienne de la mort et la période trouble, on aurait aimé la croiser.

                   
                   
                   

photographies de Robert Capa, 1937, extraites de l'ouvrage de François Maspero, L'ombre d'une photographe, Gerda Taro, Éditions du Seuil, mars 2006,  p 67
* extrait de l'ouvrage, p 47
** ibid, p 50


 

   
L'ombre d'une photographe, Gerda Taro,  François Maspero
Éditions du Seuil, collection «Fiction & Cie», mars 2006

                   
                   
                   
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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 07:39
  David Rosenfeld
Les Antérieures. Les Contemporaines

galerie Alain Gutharc
jusqu'au 21 juillet 2007



rosenfeld2-200.jpg «Si le regard du modèle se pose sur moi (une photographie trop directe), s'il n'a plus la gravitation qu'il me promettait (l'errance du regard), alors je ne trouve plus le chemin de la grâce. Il faut que le regard du modèle s'égare pour que je m'égare à mon tour, devant l'image.»

David Rosenfeld*


David Rosenfeld
montre actuellement, à la galerie Alain Gutharc à Paris, ses deux dernières séries de photographies, Les Antérieures et Les Contemporaines, après une présentation de son travail à l'École supérieure d'art et de design d'Amiens en mai 2007.

La démarche de cet artiste relève de la plus grande exigence. Il s'agit d'une démarche que l'on pourrait qualifier de soustractive : il fera des milliers de prises de vue pour n'en retenir que quelques dizaines. Son travail consiste à élaguer, à extraire le surperflu, à désencombrer, à soustraire de la matière du brut comme le ferait un sculpteur. Et d'ailleurs la proximité de ce travail de photographe et de celui du sculpteur reste extrêmement frappante lorsque l'on visite l'exposition. La tête du modèle est «posée» : elle pose, s'absente dans la pose, et repose à la manière d'un Brancusi. Le motif du basculement est là pour nous indiquer subtilement la matérialité de l'objet photographié,  pour lequel nulle psychologie n'est requise. David Rosenfeld, dans l'accumulation de ses prises de vue, attend le moment d'oubli, d'évanescence, l'informulable de l'instant qu'il va fixer parmi tant d'autres.

Ce travail est le contraire d'une production à la mode, d'une esthétique du sensationnel ou du spectaculaire qui ont eu tendance à envahir les espaces qui montrent habituellement de la photographie.

                   
rosenfeld3-100.jpg rosenfeld8-100.jpg rosenfeld5-100.jpg rosenfeld6-100.jpg rosenfeld7-100.jpg
                   

Le photographe, même si ses goûts personnels vont plutôt du côté d'une certaine photographie américaine exigeante (Diane Arbus, Ralph Eugene Meatyard, Walker Evans ou encore Richard Avedon),  connaît bien ses contemporains.
Et Dominique Baqué, dans la remarquable préface qu'elle fait au catalogue de l'exposition d'Amiens, indique non sans humour, que pour lui la photographie «plasticienne» est exclue :
«C'est que Rosenfeld, écrit-elle, solitaire, insulaire, s'en moque et construit une œuvre étonnament personnelle tant elle échappe à tout courant, toute mouvance et, bien plus encore, à tout effet de mode. Intemporelle, à sa manière, comme ses modèles, dont les visages semblent traverser l'Histoire, rétifs à tout ancrage dans la contemporanéité.»*

Plus loin, dans le même texte, Dominique Baqué note : «Rosenfeld, au fur et à mesure qu'il multiplie les prises de vue, jusqu'à n'en plus pouvoir -jusqu'à la zone blanche du regard et, je le suppose, jusqu'à l'épuisement ébloui du modèle -, induit à l'intérieur de chaque série d'infimes variations que seul un regard extrêmement  attentif peut saisir. D'où l'effort requis, et consenti, par le regardeur : ici une boucle de cheveux a chu, le regard s'est très légèrement abaissé ; là le cou a pivoté de quelques centimètres, le visage s'est à peine redressé ; ailleurs encore, le modèle semble avoir étrangement vacillé, et son regard comme «glissé»... *


Cette œuvre, on l'aura compris, exige énormément de celles et ceux qui souhaitent l'aborder dans toute sa complexité et dans toute sa richesse.
Il convient de prendre le temps ; le temps du silence et de la délectation.


 
                   
* Catalogue de l'exposition  Les Antérieures et Les Contemporaines, qui s'est tenue à  l'École supérieure d'art et de design d'Amiens en mai 2007. Extrait du texte  L’Errance et la grâce, 2006, Dominique Baqué


-image : Les Antérieures 1 ©David Rosenfeld,
catalogue de l'exposition de l'Esad, Amiens, mai 2007
-photographies de l'auteur, galerie Alain Gutharc


 
www.david-rosenfeld.com
                   
galerie Alain Gutharc, 7 rue St-Claude, Paris 75003
jusqu'au 21 juillet 2007
                   
                   
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Published by holbein - dans espace-holbein
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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 07:06
  Persée



Persée, Perseús, «le pilleur», fils de Zeus et de Danaé

perseus-200.jpg
Dans la ville d'Argos, se dressait une haute tour d'airain aux fenêtres closes d'épais barreaux. Dans cette lugubre prison, Danaé, pleurait à chaudes larmes, car son père le roi Acrisios, avait décidé de l'enfermer à jamais, après avoir été averti par un oracle qu'il serait tué par son petit-fils. En emprisonnant sa fille, loin de toute présence humaine, il espérait éviter ce destin. Pourtant, une nuit, à travers l'étroit espace qui sépare les barreaux, se mit à tomber une pluie d'or.
 C'était Zeus, qui ainsi métamorphosé, pénétra dans la chambre de la princesse pour la séduire. Lorsque Danaé mit au monde un fils, Persée, Acrisios entra dans une rage folle. Il renonça cependant à tuer sa propre fille et son petit-fils, mais il les enferma dans un coffre qu'il jeta à la mer.

Ils dérivèrent jusqu'à l'île de Sérifos, où ils furent secourus par un pêcheur généreux, Dictys (« filet »), qui était en fait le frère du roi de l'île, Polydectès. Persée y grandit jusqu'à l'âge adulte sous les soins de Dictys. Polydectès s'éprit de Danaé, ce qui irrita Persée qui fit bonne garde autour de sa mère. Aussi Polydectès chercha-t-il un moyen d'écarter le jeune homme devenu gênant. Il imagina alors d'imposer un tribut en chevaux aux habitants de l'île ou, selon certaines versions, il destina ces présents à Hippodamie de Pise, qu'il prétendait vouloir épouser. Persée ne possédait pas de chevaux, mais il lui offrit de lui apporter tout autre chose que le roi souhaitât, ce qui allait exactement selon les plans de Polydectès. Il lui donna la tâche presque irréalisable d'aller chercher la tête de la Gorgone Méduse, monstre dont le regard change les hommes en pierre.

Athéna, qui haïssait Méduse car celle-ci s'était unie à Poséidon dans un temple qui lui était consacré, apparut à Persée et lui enseigna ce qu'il avait à faire. Tout d'abord, elle lui offrit un bouclier dont l'intérieur était poli comme un miroir pour lui éviter d'être pétrifié par un regard direct avec l'horrible Gorgone qu'il finit par décapiter.

Mythologie grecque


         
La Disparition, est le livre fameux de Georges PEREC paru en 1969. Il s'agit d'un roman lipogrammatique pour lequel PEREC s'est débarrassé de la lettre E. Exercice extraordinaire s'il en est : un livre sans E .
S
ans eux ? Qui ? Ses parents ? PEREC l'orphelin. On cherche toujours pourquoi sans E. Beaucoup d'hypothèses. PEREC aimait les mots, leur sonorité.
Une piste de plus (aussi farfelue et hasardeuse que les autres) :

PEREC sans E = PRC. Péercé / percé/ Père C (on peut toujours chercher qui serait "C") / Persée.

PEREC né d'un dieu, d'une pluie d'or ; PEREC au regard malin qui domine Méduse et évite d'être pétrifié ;
PEREC qui se donne «des tâches presque irréalisables» ;  PEREC, «le pilleur»...




         
- image : Persée, constellation de l'hémisphère nord.
- texte Mythologie grecque extrait du site Wikipédia
         
         
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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 07:09
 
Georges PEREC
Cinquante choses que j'aimerais faire avant de mourir
perec-dvd-150.jpg  L'INA vient de sortir un coffret  Georges Perec (vol.1) contenant un double DVD assorti d'un enregistrement audio que je me suis empressé d'acquérir .
Sont contenus les Récits d'Ellis Island que Perec a commis avec son acolyte Robert Bober.
Ensuite , Les Lieux d'une fugue ainsi que trois entretiens avec Perec (1965, 1967 et 1979).
Le CD contient la Radioscopie qu'a faite Jacques Chancel de Perec en 1978 et enfin une sorte de bijou intitulé Cinquante choses que j'aimerais faire avant de mourir enregistré en 1981, quelques mois avant la mort de l'écrivain, dans le cadre de l'ancienne émission de France Culture, Mi-fugue mi-raisin.
                   

Et c'est de cet enregistrement de Georges Perec dont je voudrais parler.
Perec a été un des premiers à répondre à l'invitation de Jacques Bens et Bertrand Jérôme au sujet de ces
Cinquante choses que j'aimerais faire avant de mourir . Les voici :

- Aller sur un bâteau-mouche.
- Me décider à jeter un certain nombre de choses que je garde sans savoir pourquoi je les garde.
- Ranger une fois pour toutes ma bibliothèque.
- Faire l'acquisition de divers appareils électro-ménagers.

- M'arrêter de fumer.
- M'habiller d'une façon tout à fait différente.
- Aller vivre à l'hôtel à Paris.
- Vivre à la campagne.
- Aller vivre pendant assez longtemps (1 an ou 2) dans une grande ville  étrangère (Londres, Zurich ou Rome).
- Passer par l'intersection de l'équateur et de la ligne de changement de dates.

- Aller au delà du cercle polaire.
- Vivre une expérience hors du temps.
- Faire un voyage en sous-marin.
- Faire un long voyage sur un navire.
- Faire une ascension ou un voyage en ballon ou en dirigeable.
- Aller aux îles Kerguelen.
- Aller du Maroc à Tombouctou à dos de chameau en 52 jours.
- Aller dans les Ardennes.
- Aller à Bayreuth pour le Festival (ou à Prague ou à Vienne ou au Prado).
- Boire du rhum trouvé au fond de la mer.
- Avoir le temps de lire (par exemple Henry James).
- Voyager sur des canaux.
- Trouver la solution du cube hongrois (cube à six couleurs).
- Apprendre à jouer de la batterie (ou faire du jazz).
- Apprendre une langue étrangère.
- Apprendre le métier d'imprimeur.
- Faire de la peinture.
- Ecrire pour de tout petits enfants.
- Ecrire un roman de sciences fiction.
- Ecrire un scénario de film d'aventure dans lequel on verrait 5000 Kirghizes cavaler dans la steppe.
- Ecrire un vrai roman-feuilleton.
- Travailler avec un dessinateur de bande-dessinée.
- Ecrire des chansons.
- Planter un arbre.
- J'aurais aimé me saoûler avec Malcolm Lowry.
- Faire la connaissance de Vladimir Nabokov.


Georges Perec termine sa liste en déclarant :

«Je suis arrivé à 37 ;  j'ai décidé qu'il y en aurait 37. Voilà.»

Alors pourquoi 37 et non 50  comme le titre et la contrainte l'indiquent ?

Et plus troublant : si l'on compte le nombre d'éléments qui constituent cette liste, on n'en trouve pas 37, comme le déclare Perec, mais 36...

L'intelligence de Perec est d'énoncer des contraintes, ne pas les tenir et nous engager sur de fausses pistes.

                   
                   
                   
                   
                   
                   
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attraper les mouches

Fumier