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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 21:00
Le contenu de mon siphon
 
 
Le contenu de mon siphon, 1993 - Nigel Shafran
 
 
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 10:15
Theatres of the Real
 1
 

Le FotoMuseum d’Anvers,  vaste et somptueux ensemble architectural dédié à la photographie, montre actuellement  un certain nombre d’expositions temporaires.  L'une d’entre elles qui a pour objet le travail de Nick Hannes intitulé Red Journey, a été présentée ici le 3 août. Une autre est remarquable : Theatres of the Real qui est consacrée à la jeune photographie britannique. Le travail  de huit artistes est visible dans cette exposition. Je n'en évoquerai que quelques-uns même si l'ensemble  relève  réellement de l'excellence. Depuis quelques années déjà la notion de  documentaire est interrogée par les artistes et les théoriciens tant dans le domaine du cinéma que dans celui de la photographie. Le propos de cette exposition est précisément d'enrichir, d'élargir, voire de redéfinir  cette tradition de la photographie documentaire qui ne  mérite  de porter cette appellation que  du point de vue des conventions et des habitudes liées à la classification. Comment définir cette catégorie ? Les thèmes abordés ? Pour faire vite : les problèmes sociaux, par exemple, et puis les gens sur lesquels l'œil s'arrête, et les lieux.
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 Pour ce concerne ces huit artistes, les méthodes  diffèrent franchement de celles qui sont pratiquées dans le milieu des photographes documentaires.  Les styles associés au reportage documentaire traditionnel n'apparaissent pas, ou peu. Ce qui frappe c'est le lien à la mise en scène, voire aux effets de la théâtralité. La dimension fictionnelle dans les formes données à ces objets photographiques demeure extrêmement présente. Or, il s'agit bien d'une captation du réel et, bien souvent, d'un réel à caractère documentaire, si j'ose dire. D'où l'état d'interrogation permanente devant la nature de ces photographies. Christian Metz, évoquant le dispositif cinématographique,  affirmait déjà en 1977 : «Tout film est un film de fiction»*. On pourrait sans doute appliquer sans état d'âme cette formule à la photographie.
           


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La photographie reproduite en haut de cette page (1) est une œuvre de Tom Hunter. Cette image réunit les caractéristiques d'une photographie documentaire, une photographie fréquente dans les magazines de reportage. Un détail, néanmoins, fera douter de l'exactitude ou de la réalité habituellement documentaire de ce type de photographie : une prolifération d'insectes qui dans un premier temps sera apparentée à un motif du papier peint mais qui pose problème assez rapidement lorsque l'on prend conscience de l'envahissement progressif de zones de l'appartement comprenant le canapé, les rideaux et plus problématiquement encore, les reproductions accrochées au mur. Le lieu est pourtant moins dérangeant que ceux qui sont montrés, par exemple, chez un autre photographe britannique, Richard Billigham qui, pour ce qui concerne sa pratique la plus connue, décrit une réalité parfaitement existante.
Tom Hunter, dans sa série Living in Hell, reconstruit des situations de catastrophes sociales sur la base de titres de journaux locaux. L'extravagance apparente de certaines composantes de ses photographies fonctionne comme un écho à l'interprétation et à la qualification des actes décrits par ces journaux, sûrement avides de créer des sensations.
Hunter documente ici une réalité à sa façon et son témoignage fait de reconstitutions n'est pas moins efficace qu'une photo de presse traditionnelle. Son apport artistique donne au contraire un excédent de valeur à ces situations à la fois ordinaires et qui s'extraient néanmoins du quotidien. 
           



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Danny Treacy (2, 5, 6, 7) aborde la question par une autre voie. Ce sont de grands autoportraits sur fond noir où l'on voit l'artiste habillé dans de vieux vêtements qu'il a trouvé et ensuite assemblés. L'extraction d'oripaux prélevés dans les rebuts d'une société à la dérive documente à sa manière un quotidien vécu par une frange importante du monde et ceci produit des figures souvent inquiétantes et sinistres visant à rendre compte du désastre. Plastiquement, nous avons affaire à des "tableaux" extrêmement soignés, extrêmement rigoureux, d'une très grande force et d'une très grande beauté. Peut-être que l'efficacité artistique réside en partie dans cet écart constitué d'une part par la pauvreté des matériaux convoqués et d'autre part par l'excellence de l'objet que l'on a devant les yeux.
           


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 Une autre démarche est celle mise en œuvre par Clare Strand (8, 9).Les photographies sont des portraits en pied traités en noir et blanc. Les figures sont statiques et posent devant des décors peints à la manière des tableaux photographiques du XIXe siècle. Les tirages sont évidemment d'excellente facture. La série s'appelle Gone Astray qui est un titre emprunté à une histoire de Charles Dickens. Cette histoire parle d'un enfant qui se perd dans la ville de Londres. Les personnages sont des constructions très codées socialement (de petits détails comme un pansement sur un doigt ou un bas filé- photo 9-  contribuent à forger une identité renvoyant à des activités dans lesquelles le corps est impliqué, donc à une vie sociale). Il faut également rappeler que les rapports de classes sont très présents dans les représentations au sein des pratiques artistiques britanniques comme la photographie, par exemple.  Cette approche particulière du documentaire va réactiver la dimension historique intimement liée à une ville, voire à la tradition d'un pays.
           



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Les photographies de Nigel Shafran (10, 11, 12 ) sont d'une facture plus conventionnelle lorsqu'on envisage de les inscrire dans la tradition du documentaire. Les sujets qu'il met en scène reposent sur le quotidien, le vernaculaire, le monde domestique, un monde que nous côtoyons tous sans véritablement en prendre conscience. L'artiste produit des écarts très subtils que nous devinons, par exemple, dans cette série intitulée Supermarkets  Portraits qui consiste à montrer des gens qui sont employés dans les supermarchés. Nous nous trouvons en face de véritables tableaux baignés d'une très belle lumière où l'espace semble ouvert et où les poses sont calculées, pensées avec soin. Les constructions sont d'un grand équilibre et les expressions rappellent les portraits de la peinture traditionnelle. La théâtralité organisée par cet artiste semble conférer une extrême dignité à ces figures du quotidien.
           



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Sarah Pickering montre dans ses photographies des quartiers vidés de leurs habitants, des lieux d'une extrême banalité. Aucune vie. Nous pourrions reconnaître dans ces photos les décors de banlieues grises et tristes. Une façon traditionnelle de documenter une réalité sans éclat. En fait, ces décors sont de pures constructions factices utilisées par la police pour s'entraîner à des situations d'émeutes, de guérilla ou de révoltes urbaines.
Cette "copie du réel" en trois dimensions semble déjà être une façon de donner dans le documentaire puisque les reconstitutions de la police sont des répliques fidèles de  situations urbaines existantes.
Sarah Pickering fait fonctionner sa série comme une sorte de mise en abîme de la notion de documentaire.

Ces différentes façons d'aborder la notion de documentaire qui font souvent osciller les choses entre faits avérés, prélevés directement au quotidien et fiction, sont très fécondes dans le sens d'une réflexion sur les catégories ainsi que sur les pratiques artistiques au sein de ces mêmes catégories. Ces artistes sont généralement très talentueux et c'est un plaisir réel de rencontrer leur travail.
           
           
photographies :
1.
Tom Hunter
2. Dany Treacy

3.
l'exposition, photo personnelle.
4.
l'exposition, photo personnelle.
5.
Dany Treacy
6. Dany Treacy
7.
Dany Treacy
8. Clare Strand.
9.
Clare Strand
10. Nigel Shafran
11.
Nigel Shafran
12. Nigel Shafran
13.
Sarah Pickering.
14.
Sarah Pickering
15. Sarah Pickering
16. Nigel Shafran




 16    
           
* Christian METZ,  Le Signifiant imaginaire. Psychanalyse et cinéma, UGE, coll 10/18, 1977
           
           
           

Theatres of the Real

Photographie britannique contemporaine :
Sarah Dobai - Annabel Elgar - Tom Hunter - Sarah Pickering - Nigel Shafran -Clare Strand - Mitra Tabrizian - Dany Treacy

Musée de la photographie
FotoMuseum Provincie Antwerpen
Waalsekaai 47, 2000 Anvers

19 juin 09 - 13 septembre 09


FotoMuseum
           
           
           
           
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 10:42
Nick Hannes - Red Journey

Situé sur les quais , le FotoMuseum d’Anvers, qui a ouvert ses portes en 2004,  est un vaste et somptueux ensemble architectural dédié à la photographie et ceci sur quatre généreux étages.
Le musée de la photographie d’Anvers possède une des plus grandes collections de photographies d’Europe. Outre son fonds constitué de matériels et d’images, il présente un certain nombre d’expositions temporaires. Au nombre de quatre, actuellement. Deux ont retenu mon attention. L’une d’entre elles, celle consacrée à Nick Hannes intitulée Red Journey, est réellement étonnante.
Le photographe belge a sillonné pendant un an les anciennes républiques soviétiques en isolant les traces laissées par le géant déchu, l’empire effondré. Et ces scories du passé sont évidemment en relation étroite avec l'identité de chacun de ces petits pays qui se sont nouvellement (re)constitués. Les tensions idéologiques et politiques sont présentes aussi bien dans les paysages, les éléments qui le constituent que chez les gens qui les habitent.
 1          
           
 Un des aspects forts de ces photographies réside dans les contrastes, parfois drôles, souvent poétiques que Nick Hannes introduit dans ses cadrages. Les confrontations d'éléments du paysage ou de ses habitants avec leurs décors sont autant de commentaires internes à la photographie qui, passé l'étonnement ou la stupeur, nous incitent à réfléchir sur  le passé de chacun, sur les conditions de vie, sur le quotidien de ces gens évoluant dans des lieux  pathétiques, absurdes, contrastés, amusants ou inquiétants.
           


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Ces contrastes sont essentiellement perceptibles dans le choc produit par la coexistence des vestiges du passé communiste commun à toutes ces anciennes républiques soviétiques et les signes de développements récents allant dans une direction radicalement différente. Comment peut-on s'accommoder -y compris visuellement- des manifestations souvent exacerbées de l'accès récent à la consommation et d'un univers où tout est là pour rappeller les actes et les pratiques d'un passé d'une Union Soviétique jadis puissante ? Le culte du chef, le loisir communautaire, la valorisation de la dimension militaire et de l'uniforme, celle de la suprématie d'une industrie forte (à la source de paysages actuellement désolés, pollués et inquiétants), etc.
           
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Le contraste ira dans les deux sens : le culte de dictateurs anciens présents dans la statuaire indestructible et grandiloquente et la modestie de populations renouant avec la tradition souvent religieuse que l'on repère au travers des costumes. Inversement, l'exubérance de complexes architecturaux récents faisant état d'une richesse qui dégouline au milieu d'espaces portant encore les traces du passé miteux, saccagé par des décennies d'exploitation du sol.
           
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Les anciennes républiques soviétiques, à la suite de l'effondrement du géant, ont pris des directions différentes. De nouvelles dictatures sont nées. Certaines ont opté pour des régimes résolument pro-occidentaux et tous leurs excès. D'autres encore, comme les pays baltes, sont entrées dans l'Union Européenne. Ce qui reste commun à toutes ces anciennes républiques c'est l'écart qui s'est accentué entre les riches et les pauvres.
           
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Parfois la religion a fait son retour ou bien encore le nationalisme. La précarité, pour ne pas dire l'extrême pauvreté, marque ces images. Même si la joie est  parfois affichée, si les signes de la "réussite" sont exhibés, des éléments dans les photographies de Nick Hannes sont là pour tempérer ou contredire ce qui est annoncé.
           
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La ruralité semble rester le parent extrêmement pauvre de cette phase de transition de l'histoire et ceci dans l'ensemble de tous ces nouveaux pays. Ces nouvelles situations transitoires tragiques, tragi-comiques, pathétiques, émouvantes, complètement humaines, ne peuvent qu'interpeller un photographe qui appartient au monde de la photographie documentaire comme Nick Hannes.
           
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Cet ensemble de Nick Hannes est remarquable. Les reproductions présentées ici ne sont qu'un échantillon de ce que l'on peut voir dans l'exposition. Comment ne pas rappeler qu'une photographie reproduite  dans un livre ou sur un blog ne peut donner qu'une idée allusive d'une pièce montrée au sein d'un ensemble que l'on appelle une exposition ?
Nick Hannes a été couronné par le Nikon Press Photo Award 2008.
           
           
photographies ©nick Hannes :
1.
Vladivostok, Russia, 2007.
2.
Mer d'Aral à proximité d'Aralsk, Kazakhstan, 2007.
3.
Gyumri, Armenie, 2007.
4.
Independence Park,Ashgabat, Turkmenistan, 2007.
5.
Baku, Azerbaijan, 2007.
6. Astana, Kazakhstan, 2007.
7....
8....
9....
10....
11....
12.
Baku, Azerbaijan, 2007.
13.
Murgab, Tajikistan, 2007.
14....
15....
16.
Oulan Bator, Mongolie, 2007.
17. ville arménienne de Goris, frontière du
Nagorno-Karabakh, 2006. 


 17    
           
L'ensemble du travail de Nick Hannes est distribué par l’agence Cosmos.
           
           
           

Nick Hannes 

Red Journey

Musée de la photographie
FotoMuseum Provincie Antwerpen
Waalsekaai 47, 2000 Anvers

19 juin 09 - 13 septembre 09


FotoMuseum
           
           
           
           
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 07:03
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 17:36






28 JUILLET 2009   Madame TUTLI-PUTLI

27 JUILLET 2009   Madame T-P.

26 JUILLET 2009   Madame T.

25 JUILLET 2009   Mon Piano Rouge

24 JUILLET 2009   Planète PARR, Jeu de Paume

20 JUILLET 2009   Le syndrome de la chauve-souris

19 JUILLET 2009   Descendant (chutant dans) l'escalier

18 JUILLET 2009   Chute et renversement

17 JUILLET 2009   Andy WARHOL : Suicide

16 JUILLET 2009   Andy WARHOL : Kiss

15 JUILLET 2009   Andy WARHOL : Sculpture Invisible

11 JUILLET 2009   Helika HEDAYAT

10 JUILLET 2009   GIUSEPPE PENONE : Matrice de sève




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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 09:08
 Madame Tutli-Putli.


 
 
 
Madame Tutli-Putli est un film d'animation canadien (sorti en 2007 mais qui est passé sur Arte en juin 2009) d'une étrange beauté, d'un grand mystère. Ce petit film  a obtenu un certain nombre de prix à la fois pour ses qualités artistiques et ses prouesses techniques. Ses réalisateurs, Maciek Szczerbowski et Chris Lavis ont en effet utilisé des procédés complexes, des combinaisons techniques inhabituelles qui rendent cette ambiance d'une beauté sauvage, parfois inquiétante, mais toujours fascinante.  Chris et Maciek sont aussi animateurs, sculpteurs, collagistes, scénaristes, acteurs et directeurs artistiques. Les effets visuels spéciaux sont réalisés par un peintre : Jason Walker. 

Première partie
 
Seconde partie
 
Allez sur le site du peintre, Jason Walker, pour vous faire une idée des opérations mises en œuvre pour un tel résultat.
 
 
 Liens :
site de Jason Walker
http://www3.onf.ca/webextension/madame-tutli-putli/
 
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 07:09
 Madame T.P.


 

Nana

 
Nana,
Manuel de Falla
Extrait de Asturiana

Kim Kashkashian, alto
Robert Levin, piano








 
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 18:18
 Madame T.


 

Triste

 
Triste,
Alberto Ginestera
Extrait de Asturiana

Kim Kashkashian, alto
Robert Levin, piano








 
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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 18:12
 Mon piano rouge


 

Mi piano rojo

 
Mi piano rojo,
BRIFO
Extrait de Southfull

illustration : Phenakitoscope






 
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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 12:07
Planète PARR, Jeu de Paume
Martin Parr est connu pour être photographe mais c'est également, et peut-être avant tout,  un collectionneur : «Je considère que ma démarche de photographe est une forme de collection, déclare-t-il, je voyage à travers le monde en quête de sens».
 Et cette exposition du Jeu de Paume nous donne l'occasion de voir un certain nombre de pièces extraites de ces collections qu'il constitue depuis des années. Tout d'abord une très belle collection de livres consacrés à la photographie. Des livres achetés dans le monde entier et notamment au Japon . Et puis des tirages photographiques d'artistes britanniques  de l'univers du documentaire mais également d'autres, connus ou inconnus, du monde entier. Un ensemble très cohérent dans les choix  qui montre clairement la constitution d'un monde personnel, éclaire sur les influences et justifie déjà pleinement le titre de l'exposition : Planète Parr (Chris Killip, Friedlander, Robert Frank,  Winogrand, William Eggleston, etc. La photographie japonaise est aussi très bien représentée (Rinko Kawauchi, Koshiyuki, etc.)

Et puis, évidemment, les objets sont présents dans les collections. Des objets souvent caractérisés par leur côté kitsch et éphémère, célébrant ou au contraire stigmatisant des personnalités politiques comme Saddam Hussein ou Margaret Thatcher  par exemple. Ou bien des objets simplement décorés d'images, de photographies ou de représentations populaires comme ces plateaux qui s'étalent sur un des murs de l'escalier qui mène d'un niveau d'exposition à l'autre. L'extravagance de ce quotidien d'objets familiers estampillés de figures célèbres produit du sens qui s'amplifie encore dans l'accumulation liée au phénomène de la collection.
Tous ces objets l'intéressent, il le dit, et  cet ensemble forme une sorte de sédiment de ce monde constitué de petites vanités dont on va trouver directement ou indirectement  des traces dans les photographies de l'auteur.
Ces pièces sont globalement sans valeur, mais  en se constituant en tant qu'objets de collections et en s'exposant, produisent un effet comique et dévastateur. La sélection du regard, l'extraction du lot commun puis le classement : les boring poscards (cartes postales spécialement choisies et rassemblées pour le vide et l'ennui qu'elles sécrètent) en sont un exemple fameux.
Lorsque l'on progresse dans l'exposition, à l'étage supérieur, juste après ces vitrines d'objets, nous découvrons les travaux récents de l'artiste. Et notamment le projet intitulé "Luxury". Martin Parr explique que la photographie traditionnelle a pris pour habitude de se pencher sur la pauvreté à des fins altruistes tout en rappelant qu'«en Angleterre, nous avons une conscience aigüe des classes». Il a donc décidé de s'intéresser, à l'opposé, aux manifestations et aux signes de la richesse. Le genre humain l'intéresse  autant qu'à l'époque où il photographiait sur les plages pauvres et dans les supermarchés et il va se pencher, à nouveau, sur ce qu'il nomme "la vulnérabilité".

"Luxury" est un ensemble constitué d'une série de photographies qui présentent une espèce de catalogue plein d'humour des gens fortunés à travers le monde : Martin Parr a épinglé les "riches" durant ces cinq dernières années. Et plus qu'un simple échantillonnage des riches, il s'agit de montrer la manière dont ces gens mettent en scène leur richesse. Le panorama est assez complet : France, Grande Bretagne, États-Unis, Émirats, Russie, etc. Les lieux d'"exposition" de cette richesse sont évidemment tout à fait symptomatiques : présentations de mode, courses de chevaux, événements artistiques, etc.
Cette série est très drôle et l'on y retrouve le style résolument marqué et repérable de Martin Parr : plans souvent serrés, couleurs vives, coups de flash, premiers plans détaillés, décors souvent délirants, objets insolites, gestes ou expressions décalés, situation cocasses ou détail qui tue...  Ces situations excédant le problème des classes sociales, montrant la fragilité de l'individu, exhibant sa vulnérabilité. L'œil du photographe est vif, aux aguets. Il isole des situations banales comme on en connaît tous. Le tout avec beaucoup d'humour. «J'apporte mes qualités d'Anglais, dira Martin Parr . Nous croyons en l'insinuation, en l'ironie et je crois en l'expression de l'ambiguïté à travers la photographie».

Une sorte de polémique s'est développée autour du travail récent du photographe. On l'a accusé de cynisme. André Rouillé dans une chronique du 9 juillet 2009, sur Paris-art, accuse Martin Parr d'être omniprésent et, plus grave, en l'opposant à la figure de Robert Doisneau lui reproche d'occuper une posture antihumaniste, à l'opposé d'un Doisneau chez qui «la pauvreté pouvait aussi être joyeuse» (sic). Cette attaque manque de discernement et pour tout dire se révèle hargneuse et imbécile. En effet, on ne voit absolument pas, fondamentalement, ce qui peut faire sens dans ce rapprochement et cette opposition entre les deux photographes qui ne sont ni de la même génération ni de la même origine tant sociale que géographique et culturelle. Les intentions n'ont rien de commun. Le contexte tant historique que sociologique non plus. Les reproches qui sont faits à Martin Parr sont assez malhonnêtes : Rouillé prétend par exemple que l'omniprésence de Parr «contribuerait à occulter d'autres talents, d'autres visions du monde» ; l'exposition actuelle montre le contraire, étant donné la présentation que fait Martin Parr d'œuvres d'artistes photographes anglais et étrangers. Il annonce d'ailleurs dans la vidéo du Jeu de Paume qu'il est à la recherche de talents pour la Biennale de Brighton de 2010 dont il sera le commissaire.
Là où Rouillé voit mépris et laideur, je reconnais pour ma part la trace d'une véritable œuvre artistique. C'est un peu comme si l'on disait que Dürer a produit de la  laideur lorsque l'on a devant les yeux le portrait qu'il fit de sa mère, mutatis mutandis.
Les enjeux de ce déchaînement me semblent obscurs. Lorsque Martin Parr relevait les travers des classes moyennes ou défavorisées, cela pouvait être envisagé sans trop de difficulté par les décideurs et les influents du monde de l'art et de la  photographie contemporaine  mais à partir du moment où il met en œuvre une opération similaire en direction des classes dominantes, les curateurs, ceux qui fréquentent et font du négoce au sein du milieu artistique ont toutes les chances de se sentir visés ou stigmatisés dans leurs faiblesses, leurs travers, voire leur médiocrité. La mise en cause est sévère : Martin Parr leur tend un miroir.
Ce travail qu'il vient de produire et qui nous est livré au Jeu de Paume, "Luxury", «c'est une sorte d'épitaphe pour une période sur le point de s'achever faite de croissance excessive, de façade, d'ostentation», nous dit Martin Parr.
Il rajoute : «Une partie de mon travail présenté ici contient un aspect politique».
La caste de ceux qui défendent «la pauvreté qui pouvait être joyeuse» ne s'y est pas trompée.
           
           
           
           
           
           
           
photo 1 : Martin Parr - Russia. Moscow. Fashion Week- 2004. De la série Luxury. © Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour
photo 2 : dans l'exposition, les vitrines d'objets
photo 3 : Martin Parr - United Arab Emirates. Dubai. DIFC Gulf Art Fair- 2007. De la série Luxury. © Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour

           
           

Planète Parr

La collection de Martin Parr

du 30 juin au 27 septembre 2009
Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde

75008 Paris
           
           
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attraper les mouches

Fumier