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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 22:48

K.

 K.
 
 
 
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 07:00
LE PRINCIPE D'incertitude, MAMCO, Genève

Le Principe d'incertitude est un très beau titre d'exposition. Une élégance, de la retenue et beaucoup d'ambition à la fois. La notion de principe suppose une pensée, suggère un détachement, et sans doute une rigueur. Le principe est en outre en accord avec une morale...
Six expositions monographiques sont présentées ensemble au MAMCO de Genève actuellement et ceci jusqu'au 27 septembre. Des œuvres de Thomas Bayrle, Denis Castellas, Stéphane Dafflon, Deimantas Narkevicius et Nina Childress sont installées dans ce  lieu important de l'art contemporain où l'accueil est toujours ausi agréable. Beaucoup de choses intéressantes chez chacun de ces artistes, néanmoins je souhaiterais m'arrêter sur la dernière citée : Nina Childress qui produit un travail fort, captivant, un travail qui interroge le médium. Ce qui est présenté n'est pas une rétrospective, mais des pièces essentielles sont là.
Il s'agit de peinture et d'installation. Nina Childress déclare vouloir «réussir à inventer une peinture à la fois conceptuelle et idiote». Si la peinture est idiote, c'est bien au sens premier : une peinture d'une extrême singularité. Une peinture étonnante tant par sa façon de faire,  par les thèmes abordés que par sa manière de l'installer. L'artiste semble être ivre de peinture. L'activité est débordante, généreuse. Son itinéraire lui aussi est singulier puisque, très jeune, elle va être confrontée à la double influence du réalisme et de la peinture abstraite. Dans les années 80 elle rejoindra le groupe Les Frères Ripoulin (Claude Closky, Pierre Huyghe, etc.).
           



           
Cette tension produite par deux manières opposées d'envisager la peinture sera directement perceptible dans les antagonismes présents dans son travail, dans sa façon d'interroger le medium en utilisant, par exemple,  des effets singeant  les filtres auquels on a recours dans l'utilisation de logiciels de traitement de l'image (le blur, par exemple, soit le flou de Photoshop), ou bien en introduisant un "faux" graphisme de type bande dessinée,  en mimant les "coups de flash" des mauvaises photographies, ou bien encore en traitant ses figures peintes à la manière des images cinématographiques en relief (détours décalés verts ou rouges).
           



           
Le lieu qu'elle occupe est soigneusement pris en compte dans la disposition et l'organisation des tableaux. Parfois la cellule d'exposition est repeinte d'une peinture qui n'est pas "un fond" mais qui agit de manière active en écho à ce que l'on voit sur les toiles.
           

Deux intérêts majeurs de l'artiste sont mis en valeur dans cette exposition : l'opéra et la littérature, et ceci à travers deux figures de femmes exceptionnelles, la cantatrice australienne Marjorie Lawrence qui dut mettre sa carrière  entre parenthèses pour cause de polyomiélite et Simone de Beauvoir. L'espace consacré à Marjorie Lawrence est une cellule tapissée d'immenses peintures brossées très largement sur du kraft collé sur l'ensemble des parois. Lumière et son participent à cette installation (un clic pour voir la vidéo, à gauche). La soprano est représentée  costumée, sur scène. On peut reconnaître les figures célèbres de Mme Butterfly, de Carmen, etc. mais on  voit également la cantatrice elle-même sur une chaise roulante, ce qui est une façon extrêmement inhabituelle de montrer une artiste -dont l'outil est le corps-  en situation d'exercer son métier tout en exposant sa fragilité.
           

L'installation intitulée «Tombeau de Simone de Beauvoir» est un lieu fabriqué tout autour de la figure si marquée de la célèbre femme de lettres. Celles et ceux  qui ont vu les photos ainsi que les films documentaires d'époque et qui sont habitués au mode de vie de Simone de Beauvoir se régalent des clin d'œils de Nina Childress . En premier lieu,  l'artiste a décoré l'endroit d'un papier peint au motif de l'un des chemisiers de l'écrivain. Plusieurs toiles sont accrochées au mur : certaines soigneusement exécutées en grisaille, selon une technique accomplie, d'autres en  quasi  bad painting.
           



           
Ensuite, certains objets se détachent comme les cigarettes sans filtre de taille démesurée, envahissantes et déposées au sol comme un bûcher. Puis, au sol encore, le double liseré rouge certi d'un  noir des publications de la NRF qui circule autour de la pièce, s'affiche comme une évidence (à piétiner ?). La peinture froissée jetée par terre,  fait peu de cas des images. On reconnaît des représentations connues de photos d'elle (nue, devant le lavabo). Et puis encore, des portraits inquiétants, désespérés aux couleurs tristes, des autoportraits "à la manière de Beauvoir". Et enfin la «barre noire», évocation de la mort pour l'écrivain. Tout ça est à la fois fort et non dénué d'humour.
           



           
Peinture «à la fois conceptuelle et idiote» ? En tout cas, peinture active.
           
           
           
           
 

  LE PRINCIPE D'incertitude

  MAMCO

  Musée d'art moderne et contemporain
  10, rue des Vieux-Grenadiers
  CH-1205 Genève
  Suisse

  jusqu'au 27 septembre 2009

  www.mamco.ch  
     

www.ninachildress.com

      
           
           
           
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 07:36
Dileep Prakash

Une très grande affiche, un très mystérieux portrait accroché à la façade de la Virreina, le Centre de l'Image, à  Barcelone. Chaque jour qui passe fait que je croise ce regard de la dame vétue de rose. Cette affiche, répétée avec insistance, comme un bégaiement, je bute chaque fois sur elle sur le grand axe. Ce regard finit par devenir obsédant. Quelqu'un qui te regarde, l'air de rien, mais dont le regard est profond, comme s'il absorbait une partie de toi-même. Le visage est énigmatique : sa couleur, son architecture, l'importance de ses yeux et de sa bouche aussi. Forte présence de la valeur du passage du temps qui l'a modelé. Le ravinement, les flétrissures, les ombres des sillons et des creusements , loin d'être des handicaps, construisent la force immédiatement tempérée par l'expression. Mais l'élément extraordinaire reste sûrement l'association de ce visage, de ce corps un peu sombre et marqué, avec la robe qui les habille : une robe qui est avant tout une couleur, le rose, mais  également une architecture faite de différents éléments organisés, déployés dans la mise en scène d'une figure humaine tout en raffinement. La fleur de tissu sur la poitrine, le collier fin, les plis en vagues du vêtement, la couleur légère sur les lèvres sont autant de signes de ces attentions.
Ce visage, ce personnage, étrangement, je les trouve beaux. Gombrich, au sujet du portrait de la mère de Dürer, dans l'introduction de sa fameuse Histoire de l'art, écrit : «Nous comprendrons assez vite que la beauté d’un tableau ne coïncide pas avec l’agrément de son sujet» (p4) . Ce portrait est celui de Christine Fernandes  et est extrait de la série faite par  Dileep Prakash sur les Anglo-Indians vivant en Inde.
           


           
Dileep Prakash a passé deux années -2004/2006-  à sillonner l'Inde à la recherche de ces Anglo-Indians. Les Anglo-Indiens sont des gens nés de mère indienne et de père britannique ou européen. Leur histoire est évidemment liée à la colonisation de l'Inde. Cette communauté a développé son propre style de vie, ses traditions culturelles et son identité, et a conservé l'anglais ainsi que l'esthétique et les valeurs européennes au quotidien, ce qui les rend assez différents du reste de la population vivant en Inde. Dans ces portraits présentés  à la Virreina de Barcelone ce ne sont pas uniquement les individus qui sont intéressants à montrer mais ces figures installées dans leur milieu, dans leur univers. Ainsi le portrait de Christine Fernandes décrit et montré en haut de la page ne prend son intérêt véritable qu'en situation. L'image de l'affiche étant un recadrage.
Il en est de même pour tous les autres portraits de Prakash : l'espace intime, le lieu de vie, l'univers personnel de la famille renvoient à des valeurs, des goûts, des croyances, une esthétique qui contribuent à la construction d'un groupe humain très singulier malgré les différences sociales.
           


           
On peut voir un certain nombre de photographies empruntées à cette série de Dileep Prakash dans l'exposition intitulée Moi et l'Autre, Le Portrait dans la Photographie indienne contemporaine à la Virreina. Quinze autres photographes indiens sont présentés, dont certains du plus grand intérêt.
           
           
           
           
           
           

Palau de la Virreina

Rambla, 99
08002 Barcelone

jusqu'au 27 septembre 2009

www.bcn.cat/canalcultura
           
           
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 18:45





29  AOUT 2009   Funerari

20  AOUT 2009   De l'imitation

19  AOUT 2009   HOLBEIN bis TILLMANS, Shaulager, Bâle

15  AOUT 2009   L'Himalaya à Martigny

13  AOUT 2009   Miroirs d'Orient, Lille

9   AOUT 2009   Sophie CALLE, Bruxelles

8   AOUT 2009   Nigel SHAFRAN

6   AOUT 2009   Theatres of Real, Anvers

3   AOUT 2009   Nick HANNES - Red Journey

1   AOUT 2009   MONDRIANimation






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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 19:05
Funerari
 
 Déjà, quand j'étais petit, j'étais fou de petites autos. Je les connaissais toutes : la 203, la 4cv, l'Anglia, l'Isetta qui avait trois roues, etc.  Bon, là tu continues, faut aller plus loin, je te dis. Toutes dans ma grande caisse à jouets. Se diriger vers l'Est. Ma caisse est devenue de plus en plus lourde de Dinky Toys. Suivre l'avenue Meridiana. J'avais même la Rolls-Royce, la Silver Shadow avec des suspensions... Ne pas aller jusqu'au Musée de la Musique ; tourner avant, à droite. Rue Joan d'Austria. Boutiques sombres. Il y en avait une qui me fascinait : belle, longue, grande et noire, brillante, une que je voyais passer dans la rue de temps en temps et qui ne ressemblait pas aux autres. On fait le tour du pâté de maisons : rue dels almogavers. Marbres. Inscriptions dorées. Ca ne doit plus être très loin. Fleurs. Ca y est. Rue Sancho de Avila. Des gens bien habillés malgré la chaleur accablante. De grosses cylindrées noires et grises. Des escaliers de marbre et  un bandeau majestueux sur le haut du bâtiment : TANATORI SANCHO DE AVILA. Une longue voiture noire, magistrale, silencieuse et décorée de mille fleurs fraîches qui sort lentement du parking. Maman, c'est celle-là que je veux !  J'avais bien lu sur le plan : Museu  de Carrosses Funebres. Et rien d'indiqué dans aucun des guides touristiques consultés. Musée de Carrosses funèbres ou Musée des corbillards ? Mais tu sais, ça n'existe pas ces voitures-là en petites autos. On n'en trouve pas. Et puis, les enfants ne jouent pas avec ça, c'est triste. Je rentre dans le bâtiment : rien. On me dit, c'est à gauche, en sortant, à l'angle de la rue. J'y vais, rien. Je refais le tour du bloc de maisons et me retrouve au même endroit. Entre temps un type était sorti et fumait un clope sur les marches. Services informatiques des Pompes funèbres ! Rigolo, sympatique, trop content de pouvoir parler français. Lui, il sait. Le musée existe bien, gigantesque, enfoui dans les sous-sols. La visite est individuelle, guidée et commentée par le gardien PROSEGUR de l'immeuble entièrement dédié aux services chargés de la gestion de la mort. Trousseau de clés imposant, ascenseur qui descend, descend et descend encore. Serrure que l'on ouvre, couloirs. Claquement des pas.  Porte. Autre serrure. Il fait frais dans les sous-sols. La porte s'ouvre sur une grande béance noire. Attendez-moi ici. Clac, clac, clac : les lumières éclairent une par une les différentes zones d'un espace immense où sont alignés d'impressionnants équipages noirs ou blancs, automobiles ou tractés par des chevaux. Plusieurs siècles de véhicules tous destinés au transport de celles et ceux qui ont décidé de s'endormir définitivement. La charge émotionnelle est forte et la dimension spectaculaire verse dans la démesure. Et le sacré qui s'incarne dans la  mécanique...

C'est ainsi qu'on enterrait les morts à Barcelone. Le musée n'a, paraît-il, aucun équivalent au monde. Les carrosses blancs étaient utilisés pour les enfants et les jeunes filles. On voit également différents types de voitures d'accompagnement comme celle de la veuve qui est un écrin noir, totalement opaque et lugubre. Des photographies  ainsi que des objets rituels utilisés pour ces cérémonies complètent la visite.


Maman, tu m'en achèteras une quand ça existera ? .

J'ai pris conscience d'une chose : je me retourne toujours avec émerveillement sur ces carrosses funèbres, qu'on appelle vulgairement corbillards, lorsque j'en croise un sur mon chemin.
 
 

Busy Line

 
 
Services Funéraires de Barcelone
c/ Sancho de Avila, 2
08018 - Barcelone

www.sfbsa.es
 
 
 
Extrait sonore : Busy Line, Rose Murphy, 1948
 
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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 17:18
De l'imitation
   

Mon hypothèse est que la fiction n’a qu’une seule fonction immanente, et que cette fonction est d’ordre esthétique. Si tel est le cas, la question de savoir de quel type est le plaisir provoqué par la mimésis a trouvé sa réponse : il s’agit de la satisfaction esthétique.

   
   
  Jean-Marie Schaeffer
Pourquoi la fiction ?
Éditions du Seuil
Paris, 1999
p 327
   
   
   
   
illustration :  Gabriel von Max  :  Singes critiques d'art, 1889 Huile sur toile, 
85 x 107 cm - Neue Pinakothek, Munich
.
 
   
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 09:22
HOLBEIN to TILLMANS, Schaulager, Bâle

L'exposition que l'on peut voir en ce moment au Schaulager, à Bâle, est exceptionnelle : près de 250 œuvres sont montrées (peintures, sculptures,  vidéos, photographies, installations) et la période couverte est considérable (du XVe  au XXIe siècle). Autant dire que l'on ne se déplace pas pour rien. A l'origine de cette exposition, une contrainte : d'avril à septembre 2009, le Kunstmuseum Basel présente une rétrospective des paysages du peintre Vincent van Gogh. Le Kunstmuseum ne disposant pas de suffisamment d'espace pour accrocher toutes ces peintures, la nécessité de stocker une partie de la collection s'est imposée. La direction du Schaulager a proposé d'héberger 200 œuvres et de les confronter à d'autres, empruntées, d'une part, à la collection Emanuel Hoffmann et, d'autre part,  à des collections privées. La liste des artistes est impressionnante.
  1
         


  2          
L'ambition de cette exposition est fondée sur l'idée qu'il s'agit d'aborder toutes les œuvres présentées ici de manière résolument contemporaine, quelles que soient leurs dates d'exécution, avec des yeux d'aujourd'hui. Leur confrontation permettra de faire émerger des sens peut-être nouveaux et, à tout le moins, des significations variées et parfois inattendues.
           


  4
  4 bis   4 ter   5
   
Les lignées d'artistes sont souvent manifestes et les échos, d'un siècle à l'autre, font que mutuellement les œuvres prennent du relief et s'enrichissent. Allegory of Folly  (4) de Rodney Graham est à ce titre exemplaire. Cette œuvre nous accueille dès l'entrée de l'exposition. Un grand caisson lumineux sous forme de diptyque abrite une  photographie en noir et blanc somptueuse. Ce travail de l'artiste canadien fonctionne comme une sorte de précipité ou de condensé de l'ambition de cette exposition.
Assis sur un cheval mécanique (utilisé par les jockeys pour leur entraînement), l'artiste lui-même, habillé à l'ancienne, enfourche sa monture à l'envers et lit un épais volume. Cette représentation fait évidemment référence au portrait que fit Hans Holbein le jeune d'Érasme de Rotterdam, l'auteur du fameux traité L'Éloge de la Folie. Le portrait d'Érasme par Holbein
(5) est accroché en écho sur un des murs de la première salle. .
           


  6   6 bis     7
   
Les œuvres d'une même époque vont également s'enrichir mutuellement sur la base de quelques échanges. Ainsi, une grande photographie de Thomas Demand, Kitchen (7), va  se trouver dans l'environnement immédiat de l'extraordinaire travail des artistes suisses Fischli & Weiss. Ces deux œuvres entretiennent des rapports de feintise avec la réalité. Le côté fruste de leur sujet n'est là que pour mieux dissimuler un extraordinaire savoir-faire et surtout une réflexion et une prise de position des plus audacieuses et des plus radicales sur la question du modèle. On sait que l'artiste allemand réalise des maquettes à l'échelle 1 en utilisant toutes sortes de papiers et de cartons et qu'il reproduit, le plus fidèlement possible, les environnements qui nous entourent avant de les photographier à la chambre. De l'autre , Fischli & Weiss (6) -voir expo 2007 à Paris-  montrent au beau milieu de cette salle un amas d'objets et de matériaux les plus divers, comme s'ils avaient vidé leur cave. Ce qu'il faut savoir c'est que tout est fabriqué en polyuréthane.  Mimésis, comme chez Thomas Demand. Il s'agit donc d'une sculpture géante. Ce que l'on pourrait aussi appeler une nature morte puisque, malgré l'apparent désordre, tout est composé. La nature morte étant un genre, notamment au XVIIe siècle, qui renvoie aux vanités, au temps qui passe, qui nous fait prendre conscience de la fragilité de notre existence. Les liens avec  tout ce qui est autour deviennent éloquents. Il n'y a qu'à remarquer les petits tableaux d'On Kawara -de la série Today- accrochés en face  (6) qui ne portent que des dates. On peut voir, dans le prolongement, au fond de l'autre salle, un Car Crash d'Andy Warhol qui assène plusieurs fois l'image sérigraphiée et violente d'une  automobile accidentée, retournée, entourée de blessés et de cadavres. La fragilité de l'existence est rappelée en un seul coup d'œil.
           


  8
      9
   
Les rapprochements d'images ne fonctionnent pas de manière aussi littérale que dans ce couple peinture/photo présenté ci-dessus (8, 9). Certaines promiscuités, certains voisinages, resteront même très énigmatiques dans le parcours de cette exposition. Et c'est très bien. Ce qu'il faut retenir c'est évidemment que ce qui est ancien (médium, traitement, sujet) n'est pas synonyme de périmé. Une peinture du XVIIe siècle peut être réactivée par un œil d'aujourd'hui et, inversement, les œuvres du passé fournissent des clés d'appréciation et d'éclaircissement à notre jugement esthétique lorsque l'on est amené à distinguer ce qui va s'extraire et émerger dans le champ contemporain.
Ce qui reste fascinant, au terme de cette visite, est de constater que certaines questions, certains thèmes abordés par les artistes, sont essentiels et  traversent le temps. La manière de les aborder, seule, change. Et même si cela n'est pas une découverte totale, le fait de marquer la chose de façon aussi subtile, aussi forte et variée, tout en étant confrontés à des œuvres majeures, contribue à donner du poids à ce sentiment diffus.
           



  10     11     12  
Les différentes cellules de l'exposition ont été pensées à chaque fois en fonction d'une certaine logique interne. Ainsi des correspondances claires sont là pour affirmer  la cohérence de ces partis pris. Mais il est  intéressant de se livrer au jeu qui consiste à croiser des images afin de tenter d'échafauder d'autres logiques (comme ci-dessus, 10/11/12). En effet, on trouve dans les textes de présentation de l'exposition le terme d'«essay of pictures». Le terme d'essay renvoie à la production littéraire. Cette exposition ne pourrait-elle pas être appréhendée comme un immense essai où les mots seraient remplacés par des images ? Une lecture très ancienne m'est revenue en mémoire : l'ouvrage extrêmement intéressant de John Berger intitulé Voir le voir (Ways of seeing, 1972) dans lequel l'auteur avait consacré plusieurs chapitres composés uniquement d'images qui étaient censées pouvoir se lire comme s'il s'agissait de texte et, en conséquence, générer du sens.
           


  13
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Les déclarations d'intentions étant un peu timides sur la plaquette, je craignais de déambuler dans un montage de circonstance, lié à la contrainte du déménagement  passager des œuvres du Kunstmuseum. En fait le parti pris de cet accrochage se révèle assez ambitieux : il s'agit, d'une part, d'exposer la vaste déclinaison de la pratique artistique sur cing ou six siècles et, d'autre part, par le biais des correspondances provoquées par l'accrochage ou par l'œil du visiteur contemporain, de montrer les axes forts, ce qui constitue le noyau dur de cette pratique qui anime les artistes au-delà de leur époque et au-delà du temps.
J'aurais aimé montrer bien plus d'images, notamment celles consacrées à l'art minimal que je n'ai pas abordé, mais la richesse du contenu et la puissance des œuvres sont telles qu'il est impossible de rendre compte dans le détail d'une telle visite.

Et la petite souris blanche (tout là-haut) qui grignote des fraises, ne serait-elle pas une façon a minima de rendre compte de cette exposition ? À condition de la mettre en relation avec l'œuvre magistrale de Katharina Fritsch (15) installée pour le Schaulager. Ce qui a été fait, bien sûr, puisque l'on peut voir le tableautin de Maria Sibylla Merian à l'entrée de l'immense salle consacrée à la sculpture monumentale de Katharina Fritsch,  Rat King ...
           
           
           
           
           
           
 photos :

1 : Maria Sibylla Merian, 
(1647-1717), Fraises et souris, huile sur toile, Kunstmuseum Basel.
2 : l'espace du Schaulager, photographie de l'auteur.
3 : l'espace du Schaulager, photographie de l'auteur.
4 : Rodney Graham, Allegory of Folly : An Equestrian Monument in the Form of a Wind Vane, caisson lumineux, 2005             photo, ©Tom Bisig, Bâle
4 bis: Rodney Graham, Allegory of Folly, détail
4 ter: Rodney Graham, Allegory of Folly, détail
5 : Hans Holbein le jeune, Portrait d'Erasme (tondo), bois de tilleul, 1532, Kunstmuseum Basel
6 : Fischli & Weiss, Tish, 1992-1993, polyuréthane Dépot Emanuel Hoffmann

6 bis : Fischli & Weiss, Tish, 1992-1993, polyuréthane Emanuel Hoffmann, Öffentliche Kunstsammlung Basel, Martin P   .   7 : Thomas Demand, Kitchen, 2004, photographie
8 : Edgar Degas, Jockey blessé, 1896-98, Kunstmuseum Basel
9 : Jeff Wall, Citizen, 1996, Kunstmuseum Basel
10 :Jan Jansz. van de Velde III, Verre de vin et citron, 1649, 
11 :Wolfgang Tillmans, Anders s'enlevant une épine du pied, 2004, Kunstmuseum Basel
12 :Monika Sosnowska, Untitled, 2006
13 :Wolfgang Tillmans, Ostgut Freischwimmer, right , jet d'encre, 2004
14 :Gerhard Richter, Motorboat , penture sur toile, 1965
15 :Katharina Fritsch, Rat King , 1993,  Schaulager
           
           
Note : reste à mentionner que le dilettantisme en art a quelque chose de bon... Merci d'avoir aiguisé ma curiosité.
           
           
 
 

Holbein bis Tillmans - Prominent Guests from the Kunstmuseum Basel

Schaulager

Ruchfeldstrasse 19
4142 Münchenstein
Suisse

4 avril 2009 - 4 octobre 2009



www.schaulager.org
  15
         
           
           
           
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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 09:14
Masques de l''Himalaya à MARTIGNY

La ville de Martigny, en Suisse, est plus connue pour la Fondation Gianadda que pour son Musée et chiens du Saint-Bernard. C'est également une fondation (Fondation Bernard et Caroline de Watteville) qui gère cet établissement tout dédié à la gloire et à la valorisation du chien éponyme. Le rez-de-chaussée  abrite et présente de vrais représentants de la race, le 1er étage retrace l'histoire du Saint Bernard ainsi que l'utilisation bienfaitrice et publicitaire de l'image de l'animal et enfin, le second étage est consacré à l'accrochage d'expositions temporaires. Actuellement on peut y visiter  une magnifique exposition de masques en provenance de l'Himalaya.  
           
Cette exposition a une durée de vie assez exceptionnelle puisqu'elle ne se terminera qu' à la fin de l'année 2010. Plus de 200 pièces y seront présentées en alternance : ceci fera l'objet de trois accrochages de six mois chacun. Donc à peu près 70 masques à chaque fois, provenant de collections particulières et de grands musées. La frustration est de prendre conscience que l'on ne voit qu'un tiers de  ce projet qui consiste à  procéder à un tour exhaustif de toutes ces productions pénétrées de croyances, qui sont évidemment en étroites correspondances avec l'histoire et  la topographie de ce morceau du monde. N'étant pas du tout spécialiste de ces pratiques  tant vernaculaires qu'artistiques, je renvoie aux panneaux de présentation de l'intérieur de l'exposition :
           


  agrandir les images pour une meilleure lecture          
           
Les masques en couleurs sont les masques contemporains car les pratiques continuent à exister. Des photographies présentées en diaporama permettent de se  rendre compte de la fabrication actuelle de ces objets aux couleurs vives.
           






           
Ci-dessous, une sélection des masques anciens présentés actuellement dans l'exposition. Outre des collections privées, de grands musées comme Barbier-Mueller ou Branly ont prêté certaines très belles pièces.
           






  1   2   3   4   5   6
           






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photos de l'auteur

1 : masque Arunachal Pradesh, bois et cheveux, H. 20 cm, Bernard de Watteville Collection.

2 : masque Khia, Arunachal Pradesh , bois,  H. 33 cm,  Helmut et Heidi Neumann collection.

3 : Tibet.

4 : masque Kienpga, bois, 24 cm, Arunachal Pradesh, Jean-Luc Cortes Collection.

5 : Tibet.

6 : bois 27 cm, Renzo Freschi Oriental Art, Milan

7 : bois 26 cm, Renzo Freschi Oriental Art, Milan

8 : Krodha ou Ging, papier maché polychrome H. 31 cm, Tibet, Francois Pannier Collection.

9 : bois, cheveux et agrafes de métal , H 21 cm, Sylvie Sauveniere collection Bruxelles

10 : bois H 31 cm, Renzo Freschi Oriental Art, Milan

11 : bois H 38 cm, Himachal Pradesh, Collection privée

12 : Krodha, masque en papier maché, 35 cm, North West Nepal (Mustang-Dolpo) ou Tibet, Philippe Boudin Collection.


références exactes à confirmer : me contacter si les références sont erronées. 
           
           
           

     Masques de l'Himalaya,
     Musée et chiens du Saint-Bernard

     à 2OOm de la Fondation Gianadda, 
     rue du forum
     1920, Martigny, Suisse

     16 mai 2009 à fin décembre 2010


      musée et chiens
           
           
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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 08:13
Miroirs d'orients, Lille

 1
 

Le titre coloré de la belle affiche de l'exposition Miroirs d'Orients (bas de page) joue sur l'inversion des S de Miroirs et d'Orients, une façon qu'ont les lettres de se voir en miroir, une façon qu'ont les images de se regarder en chiens de faïence. Plus qu'une opposition, c'est un rééquilibrage au fil du temps que nous présente cette exposition du Palais des Beaux-Arts de Lille.
 L'Occident
progressivement  construit une image des Orients multiples et fantasmés, et actuellement nous assistons à un renversement du regard : les observés sont devenus observateurs. La fascination de l'Occident pour l'Orient a été une constante pour  les artistes et  a sans doute vécu son acmé au XIXe siècle avec le phénomène de l'Orientalisme. Mais l'image qu'ils en ont fixée et transmise a été ambivalente, fabriquée, multiple, et elle a su jouer de l'évolution des mentalités.
 2          
Cette exposition a donc été montée sur la base d'impératifs historiques liés à l'effervescence de cet Orientalisme et de pratiques artistiques contemporaines qui donnent à penser sur cet Orient inventé au XIXe siècle.
Les œuvres que l'on peut y voir sont réparties ainsi :
• 49 dessins orientalistes du musée des Beaux-Arts de Lille dont certains exposés pour la 1ère fois.
• 94 photographies originales et autochromes du XIXe au XXe siècle dont certains présentés sous forme d’album.
• 63 œuvres contemporaines (5 séries de photographies et 1 vidéo).
           


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Au début du XXe siècle, l'Orient c'est à la fois la Bible, les contes et légendes, les récits de voyageurs plus ou moins célèbres,  c'est la littérature à la fois de témoignage et de fiction,  sans oublier le corpus très riche de la peinture et de la photographie. La photographie va d'ailleurs occuper un statut assez particulier tantôt en documentant la réalité, tantôt en essayant de singer la peinture, tantôt en reconstituant les fantasmes développés dans la littérature et l'imaginaire au sens large. S'il y eut, à une certaine époque un souci d'inventaire, celui-ci se transforma assez vite en petit commerce....«Félix Bonfils (6) est le premier européen à s’installer à Beyrouth, et dans ses agences on déclinera les photographies en cartes postales ». Mais les photographies, fin XIXe, sont également des documents fiables permettant aux peintres de travailler calmement. On retiendra le beau travail d'ensemble d'Émile Marquette (5, 12) généreusement représenté dans l'exposition. Des aquarelles de Marquette sont montrées à côté de leurs  "modèles photographiques",  pour certains très largement réinterprétés et ceci est d'un grand intérêt. 
           



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Il est également amusant d'aller traquer dans ces représentations de l'Orient toutes les traces d'exotisme : les poses lascives (8), les soins rapprochés accordés au corps, la présence des femmes -qui devaient être à la fois cachées mais qui sont montrées dans des attitudes très suggestives-, la moiteur, les odeurs, la somnolence, l'épaisseur du mystère, etc.
L'Orient est construit, montré comme un théâtre. Il constitue un terrain d'analyses sans limite. En 1830, c'est la conquête de l'Algérie par les Français et, par la même occasion, les réels débuts de l'Orientalisme. A travers un rendu plus général du Maghreb, on oscillera entre la vision ethnographique de Fromentin, par exemple, et la perception toute teintée de romantisme de Chassériau ou de Delacroix.
           


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La seconde partie de l'exposition (immédiatement après les fusains de François Souchon, photo 8), présente le volet contemporain. Le parti-pris muséographique fonctionne bien car le trajet du visiteur, globalement construit sur la forme d'une épingle à cheveux, voit le  parcours ici s'inverser. Nous avons parcouru un hier et nous nous dirigeons vers un aujourd'hui et le modèle de cet hier devient le sujet de cet aujourd'hui. L'appareil photographique change de mains. Une réappropriation des constructions de l'Orient  du passé s'opère, les clichés sont débusqués par des artistes d'aujourd'hui, qu'ils soient eux-mêmes originaires de cet Orient ou non.
           
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La très belle série (intitulée Ghajar -photos 10 et 11- constituée de 26 photographies) de l'artiste iranienne Shadi Ghadirian est installée sur tout un mur dans une pénombre qui donne beaucoup de force et de présence à tous ces regards fixant l'objectif. Ce travail est d'une très grande beauté plastique et d'une grande subtilité. Shadi Ghadirian fait ici un pastiche des portraits photographiques de la dynastie Ghajar iranienne du XIXe siècle : la pose, le décor peint, le voile, le dispositif, toujours le même, etc. En revanche, elle introduit des objets contemporains, des  objets de consommation issus du monde occidental et ceci de manière tantôt discrète, tantôt ostentatoire. La critique, s'il en est, va dans les deux sens évidemment : il s'agit à la fois de mettre le doigt sur le déficit criant de liberté dans son pays et à la fois de se poser des questions sur le consumérisme qui constituerait un modèle pour l'ensemble des habitants de la planète.
           
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D'autres travaux sont également très beaux comme ceux de la Japonaise Kimiko Yoshida (13, 14) qui sont des autoportraits de facture superbe où l'on voit l'artiste habillée avec les costumes traditionnels de mariées orientales (Maroc, Ouzbékistan, Palestine, Kabylie, Yémen, etc). Un panneau mural immense(13), constitué de l'ensemble de ces autoportraits est installé face aux travaux de Shadi Ghadirian. Travail d'une grande rigueur qui permet pour un sujet lui-même  issu d'un Orient de se mettre à distance en habitant les costumes à la fois rituels, précieux et historiques de cultures éloignées.
La série photographique de Yasmina Bouziane (7) est peut-être plus anecdotique mais endosse également le parti-pris de l'échange des rôles.Il s'agit pour elle de dénoncer l'ambiguïté de la photographie ethnographique en s'appropriant les objets de cette fabrication d'une image orientaliste.
Le Bain Turc revu par l'Ukrainien Anton Solomoukha (4) apporte une pierre de plus à l'édifice d'un Ingres n'ayant jamais voyagé, je crois (voir à ce titre la très belle exposition de Montauban : Ingres et les Modernes jusqu'en octobre 2009).
Et puis, il faut s'arrêter sur les magnifiques et mystérieux paysages de Kahn & Selesnick (1) faits à la fois d'images très sophistiquées et d'histoires (suivre la piste........).


Une exposition qui relève de la délectation ! Il y a beaucoup de découvertes à faire. 
Un grand nombre d'œuvres appartiennent aux collections du musée  qui possède l’un des plus beaux cabinets d’art graphique. Certaines pièces exposées actuellement comme les aquarelles d'Émile Marquette ont d'ailleurs été restaurées pour l'occasion.
Une exposition à voir.

           
           
           
           
           
Le dossier de presse ainsi que le guide de visite de l'exposition sont d'excellents documents de référence. Il est tout simplement conseillé de les lire...
           
           
photos :

1 : Kahn & Selesnick, La Cité de sel, 2001
2 : Princesse Mathilde, Une juive d'Alger, Lille, Palais des Beaux-Arts
3 :
Jules Gervais-Courtellemont, Lever de soleil sur Stamboul, 1908, autochrome.
4 : Anton Solomoukha, Le Petit Chaperon Rouge visite le Louvre, Le Bain turc n°1, Ingres, 2007
5 : Émile Marquette, Mauresque d'Alger
6 : Félix Bonfils, Une rue de constantinople
7 : Yasmina Bouziane  (USA, née en 1968), Inhabited by imaginings we did not choose
8 : François Souchon, Les Odalisques, fusains
9 : Jules-Gervais Courtellemont (1863-1931), autochromes
10 : Shadi Ghadirian (Iran, née en 1974), Série Ghajar,(1998-2001) extraits,
11 :Shadi Ghadirian (Iran, née en 1974), Série Ghajar, (1998-2001) extrait,
12 : Émile Marquette, Une rue à Biskra
13 : Kimiko Yoshida, (Japon, née en 1963) Les Mariées Intangibles, autoportraits
14 : Kimiko Yoshida, (Japon, née en 1963) Les Mariées Intangibles, autoportrait - La mariée yéménite


           
           
           

     Miroirs d'Orients,
     Palais des Beaux-Arts de Lille
,
     place de la République, 59000 Lille,

     Jusqu'au 31 août 2009





Palais des Beaux-Arts
           
           
           
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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 11:42
Sophie Calle, Bruxelles


           
 La dernière fois que j'ai eu la chance de visiter une exposition de Sophie Calle c'était en mai 2008, à la Bibliothèque nationale de France. Il s'agissait de  Prenez soin de vous  qui m'a laissé une belle impression, un souvenir fort comme à chaque fois que je croise les pièces de l'artiste. Je suis le travail de Sophie Calle depuis longtemps et elle fait partie des artistes que j'aime. Les sujets qu'elle aborde sont forts, nous concernent tous et la manière dont elle les traite demeure exemplaire à la fois pour son engagement, ses prises de risque et la réelle invention qu'elle a su mettre en œuvre dans sa pratique artistique.   En effet, on connaît bien la Sophie Calle  qui s'implique, se met en scène, expose sa vulnérabilité avec beaucoup d'intelligence.
Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles présente  une série d'œuvres , un choix vaste qui s'apparente à une sorte de rétrospective et qui montre une suite d'approches que l'on pourrait qualifier
plus globalement  de rituels autobiographiques.
           

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Même s'il manque certaines séries importantes de l'artiste comme Les Cadeaux d'anniversaire, par exemple,  cette exposition est l'occasion de la découvrir pour quelqu'un qui ne la connaîtrait pas ou  qui la connaîtrait mal. Sans compter le fait que l'on peut voir ses derniers travaux, et ceci tout de suite  en arrivant dans cette exposition puisque l'accrochage est conçu sur un mode à rebours  : Pôle Nord  est daté de 2008. On y voit le processus d'enfouissement des bijoux et du portrait de sa mère dans les glaces du Pôle Nord. On se rappelle la participation de Sophie  Calle à la Biennale de Venise pour laquelle elle représentait la France et de la présentation de la vidéo montrant les derniers instants de vie de sa mère. Cette pièce fait  donc suite en toute cohérence.
           
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Le dispositif imaginé pour cette exposition autour de la vie de Sophie Calle  veut que de petits hauts-parleurs, distribués plusieurs fois dans chacune des nombreuses salles, diffusent des textes lus par  Frédéric Mitterrand. Le visiteur est donc accompagné d'un bout à l'autre de sa visite et la conception de l'actuel ministre de la culture sur l'œuvre et la vie de l'artiste s'impose et se déroule comme la déclinaison d'une biographie qui nous serait expliquée, interprétée au travers et sur la base de ces mises en scène. Et c'est là une profonde erreur de conception. La volonté de Sophie Calle était sans doute d'intégrer  des textes de Monsieur Frédéric Mitterrand, une façon de déléguer, de passer par l'autre afin de mieux cerner soi-même, comme elle a l'habitude de le faire avec efficacité. Mais ici, plusieurs obstacles se sont dressés. En tout premier lieu le volume sonore trop élevé -beaucoup trop élevé- d'une récitation multiple et en boucle de textes lus par quelqu'un dont la voix narsillarde et lancinante peut être vécue comme un supplice. Ensuite, la promiscuité de ces sources sonores fait parfois problème car elles se superposent et s'anéantissent. On pourra éventuellement considérer que c'est l'effet escompté (flux général, superposition des paroles multiples, confusions reflétant notre perception du quotidien, etc.) mais ceci aura de la peine à convaincre car cette promiscuité existe également entre les hauts-parleurs et les œuvres et c'est réellement une source de nuisance. En effet, Sophie Calle dans ses expositions donne beaucoup à lire et la lecture n'est pas dissociable de l'œuvre et lorsque l'on se concentre dans la lecture d'un panneau encadré il est impossible d'en percevoir le sens tant la litanie déversée par les différents hauts-parleurs est présente. Sachant que l'artiste a pour coutume d'intégrer dans son travail l'idée que visuellement la lecture doit être un effort (voir, à ce titre, l'image 7 où le texte est écrit blanc sur blanc.), on comprendra aisément l'incohérence du dispositif. Cette même idée sera développée dans d'autres travaux comme  Douleur Exquise, par exemple.
           
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Les étapes importantes de l'œuvre de Sophie Calle sont  toutes bien représentées dans cette exposition : Douleur Exquise, Le Carnet d'Adresses, La Filature, Les Dormeurs, Suite vénitienne, Vingt ans après, Voyage en Californie, Gotham Handbook, etc.Tout ceci remontant jusqu'en 1967 avec Le Nez. Je n'en dirai rien, ces œuvres étant connues. En revanche la série intitulée Où et Quand ? a été moins montrée car elle a été faite entre 2005 et 2006. Donc une date relativement proche. Deux longs registres constitués de photographies, de textes (souvent en surimpression) et d'objets comme des écrans plats, des néons, par exemple, se font face. Figure également une série importante de plaques de marbres gravées, tels des ex-votos, nommant des maladies. Il s'agit d'une narration. Il y a évidemment un sens de lecture. Un mur est consacré à Lourdes, l'autre à Berck. Ce travail a été fait en collaboration avec Maud Kristen, voyante.
           
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Maud Kristen a été sollicitée par l'artiste qui lui a demandé de prévoir son avenir. Celle-ci devait se rendre sur les lieux indiqués par la voyante afin d'aller au devant de son avenir... Le 22 janvier 2006 les cartes indiquent que Sophie Calle doit se rendre à Lourdes.  Lourdes, ville des miracles et de la croyance. Le 17 mai 2005 les cartes envoient l'artiste à Berck. Berck, ville des handicapés, des accidentés, atteints de chocs en tout genre. Sur les deux murs se déclinent les pérégrinations, les sensations et les sentiments de l'auteur. On y voit même une rencontre fortuite de Jack Lang à la gare du Nord !
L'œuvre interroge, surtout par ses manques, évidemment. Il s'agit d'un parcours pour lequel Sophie Calle s'est, une fois encore, remise entre les mains d'une tierce personne. Nous avons la sensation d'être dans un jeu. Peut-être une sorte de Jeu de l'Oie, avec des cases et un destin que nous ne maîtrisons pas ; tout du moins pas totalement.
Pour cette série, on sent une volonté d'accorder beaucoup de soin dans la réalisation des objets ; il existe une plus grande sophistication dans la confection des pièces qui participent à ce projet, une grande rigueur dans l'accrochage, mais ceci se fait malheureusement au détriment du contenu qui, me semble-t-il, est moins fort que dans la majorité des œuvres qui ont précédé.

A travers le destin décliné de l'artiste depuis une trentaine d'année nous nous reconnaissons à certains égards, au détour de certaines pensées, certains événements. Nous admirons Sophie Calle pour le courage de son exigence qui souvent nous fait défaut, pour son obstination à franchir des seuils qui nous paraissent inquiétants, à pousser des portes qui devraient rester fermées. L'étonnement provoqué par les conséquences de ces actes à la fois simples et courageux fait que ce travail de Sophie Calle, nous continuerons à le suivre. Avec curiosité et affection.
 
           
           
           

Sophie CALLE, je prends soin de vous...

           
           
           
           
photos :

1,2 : Sophie CALLE - Le Nez 2000 © Jean-Baptiste Mondino. Sabam Belgique 2009. Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, Arndt & Partner, Paula Cooper Galle
3 : ©Craig Mc Dean
4 :
Pôle Nord  photo de l'auteur
5 : Pôle Nord  photo de l'auteur
6 : Pôle Nord  photo de l'auteur
7 : Pôle Nord  photo de l'auteur
8 : Où et Quand ?  photo de l'auteur
9 : Où et Quand ?  photo de l'auteur
10 :   Où et Quand ?  photo de l'auteur
11 :   Où et Quand ?  photo de l'auteur
           
           

CALLE SOPHIE


BO
ZAR
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles

27 mai 09 - 13 septembre 09


Palais des Beaux-Arts
           
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