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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 07:00
Arnold Newman,
photographe et portraitiste

Portrait de Piet Mondrian, peintre.
Pour qui a en mémoire la peinture de Mondrian, ce portrait est extrêmement rigoureux et très amusant à la fois.
Cette photographie très composée, architecturée à l'excès, frisant même la caricature a été faite par un grand photographe américain qui vient de mourir : Arnold Newman.
C'était un signe distinctif du style de Newman de tenter d'approcher au plus près de la représentation que l'on se faisait des hommes et femmes célèbres qu'il photographiait. Cela donnait souvent une esthétique très graphique, comme celle des portaits de Tony Smith ou de Stravinsky, de Marcel Duchamp ou bien encore de Martha Graham. Une façon non conventionnelle où l'on sentait qu'il était nécessaire pour lui de faire passer autre chose que la simple identification d'un visage déjà connu.
Né à New York en 1918, Newman est formé à l'académie des Beaux-Arts de Miami, où il étudie la photo. Très vite, il se spécialise dans le portrait. Nommé directeur de studio à West Palm Beach en Floride, il ouvre son propre studio en 1941, quelques mois après sa première exposition. C'est un grand succès.

En 1947, le magazine "Life" lui commande sa première couverture. Cinq ans plus tard, le même journal lui demandera de photographier les candidats à la présidence des Etats-Unis. Le photo-journalisme fait connaître Newman au grand public, bien qu'il ne se reconnaisse pas dans la profession de reporter et lui préfère celle d'artiste.

On reconnaît aisément le travail de Newman. Localiser le sujet dans son environnement pour mieux le définir, voilà la signature de l'artiste. Un meuble, un cadre de vie, un accessoire suffisent parfois à illustrer le personnage. De Stravinski à Picasso en passant par Françoise Sagan, ils sont nombreux à s'être prêté au jeu du photographe.

En 1957, Newman reçoit le prix du photo-journalisme de l'université de Miami. Des récompenses, il en recevra d'autres au cours de sa carrière, avant de faire sa première apparition aux rencontres Internationales d'Arles en 1980.

En 1999, double consécration : il fête son cinquantième anniversaire de mariage avec Augusta et inaugure l'exposition "Arnold Newman's Gift" à New York, retour une carrière longue de plus d'un demi-siècle. Cette année là, c'est Bill Clinton qui passe devant son objectif.

En 2002 nous avions eu la chance de voir une grande exposition de photographies d' Arnold Newman à Paris, à l'hôtel de Sully.
(ces quelques lignes de sa biographie sont d'ailleurs extraites de la présentation de cette exposition).

photographies empruntées au site : http://www.digitaljournalist.org/issue0312/an_index.html

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13 juin 2006 2 13 /06 /juin /2006 07:00
Questions pour tous,
secrets pour chacun

Cruauté du choix

J’ai fait un livre entièrement imprimé en papier d’argent, recouvert de cette matière que l’on utilise pour les tickets à gratter. Si l’on choisit de gratter apparaisent des images de cadavres découpés en morcaux. A chacun de décider de découvrir ou non ces atrocités. De garder le beau livre en argent sans images, ou l’horrible recueil de tortures.
La responsabilité est rendue au spectateur. Cela m’intéressait de travailler sur l’envie et le refus. Je n’ai jamais voulu montrer aucune photographie de cadavre pour une question de moralité.

Déclaration de Christian Boltanski,
Cahiers du cinéma, N°607, déc 2005, p27

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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 07:00
Les « Environnementales» biennale d'art contemporain
« dans » et « avec » la nature,
du 6 mai au 2 juillet 2006.
Parc paysager de TECOMAH
Jouy-en-Josas (Yvelines)
 


Les voilà ces oeuvres rouges. J'allais appeler ça des sculptures. Mais, non. On ne peut pas appeler ça des sculptures ; finalement, c'est quoi une sculpture ? Un truc autour duquel on peut tourner. Oui. Là aussi on peut tourner autour ? Oui. Alors c'est une sc...Je te dis que non ! C'est plutôt comme une peinture : on ne peut la voir que d'un seul côté. Alors ? Bon. Définition de la sculpture ? Tu vois, il y en a une que j'aime bien, c'est celle de Barnett Newman : "La sculpture c'est ce contre quoi l'on se cogne quand on se recule pour regarder un tableau".
-Tu cherches à m'en mettre plein la vue avec Barnett Newman ; c'était un intégriste ! Excepté la peinture, il y avait rien d'autre, pour lui.

Ces taches rouges dans l'herbe, il a appelé ça "Jardin secret", Miguel Engada.  


Miguel Engada C'est la reproduction des tests de personnalité de Rorschach (ce fameux psychiatre suisse) afin que chacun conçoive son jardin personnel, son jardin secret...
-T'es vraiment un romantique, toi, pour aimer ça.


Amel Bennys
Là, tu peux pas vraiment saisir ; tu te dis c'est bancal, mal foutu, etc. Alors justement, lis le titre de l'oeuvre : "Encore un peu debout" Ca y est ? C'est fait exprès. Et en plus, l'herbe : elle était rose !  

Marion Galut
Jardin caché. Oui, c'est le titre. Et c'est très bien caché car en arrivant sur le site (le plan de la lionne en mains) tu ne vois RIEN ! Tout est enterré : des roses coupées, dans des cylindres sous terre. Changées tous les quatre jours.


Shigeko Hirakawa C'est Le toboggan des dieux : accroché entre deux arbres, sur le sommet d'une colline. Ce toboggan suggère l'itinéraire du Dieu du jardin et du Dieu du soleil. Un tunnel de 50 m de tissu qui se balance au gré du vent.
-Alors, si tu comptes bien, dans ton gymkhana, il nous en manque trois.
-Yes. Les voilà :
Ce travail, Des gestes, un parcours, a été fait par une artiste du nom de Francine Larivée, et avec un nom comme ça, tu comprends qu'elle est canadienne. L'ensemble du projet un un "work in progress" comme on dit par chez nous. In situ qui implique une lecture des signes et des traces d'une histoire enfouie révélés par le site, au fur et à mesure de l'évolution du projet (c'est ce qu'elle explique sur le site de l'expo).

Là, j'ai trop marché. Fatigué. Les autres, les deux qui restent, tu iras les voir toi-même. Il y en a un qui s'appelle Lit d'arbre tu peux l'essayer. C'est marrant.
C'est Christophe Gonnet qui l'a fabriqué. Le Lit d'arbre est un instrument en acier qui permet à l'usager de s'allonger perpendiculairement au tronc de l'arbre sur lequel il est fixé. Le corps couché, en suspension au-dessus du sol, devient un prolongement de l'arbre.
Et puis le dernier c'est Le potager du fou de
Jacques Leclercq-K
 Sur un aménagement de balles de débris de canettes compressées jaillissent herbes, fleurs et légumes plantés avec attention, à l'image décalée d'un jardin médiéval. Ironie plutôt que nostalgie, assure l'auteur.

Les Environne(mental)es c'est bien pensé, pas si mental que ça finalement. Très physique.
Tu rentres chez toi et tu dors bien.

-Au fait, t'as cherché à m'en mettre plein la vue avec ton Barnett Newman et son vieux jeu de mots sur la sculpture. Alors, tu l'as toujours pas la définition ? C'est le grand Bataille qui disait : Un dictionnaire commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots. Bingo !

photographies de l'auteur




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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 07:00
Les « Environnementales» biennale d’art contemporain
« dans » et « avec » la nature,
du 6 mai au 2 juillet 2006.

Parc paysager de TECOMAH Jouy-en-Josas (Yvelines)

Est-ce que vous voyez la tête de la lionne ? (elle regarde vers la droite ->). Non ? Pourtant, c'est pas pour dire, mais franchement, ça se voit. C'est même pas une lionne, d'ailleurs. C'est un parc. Un énorme parc. Avec verdure, plan d'eau et tout et tout. Mais c'est pas Thoiry (même si on voit une lionne). C'est le plan du parc de Jouy-en-Josas.
Mais pas n'importe quel parc à Jouy-en-Josas : celui de la Fondation Cartier. Oui, celle de Paris (du bd Raspail). Mais non ! ce parc à la lionne il est pas à Paris ; à Jouy-en Josas, je vous dis. Mais anciennement, voilà, anciennement, c'est là-bas qu'il y avait la Fondation Cartier. C'est plus clair ?
Bon. Il fait beau. Envie de sortir (se promener). Dans un parc (un très grand parc, pas loin, c'est à 5 kms de Versailles). En plus, tous les deux ans (comme pour Venise, mais pas comme pour La Force de l'art, eux ce sera tous les trois ans...), donc tous les deux ans ils ont l'idée de faire une expo dehors, avec des sculptures, des installations qu'il faut chercher dans le très grand parc. C'est comme un gymkhana, mais ils sont gentils, ils t'offrent un plan (la fameuse lionne du début). Alors tu rentres, tu suis les flèches, ça monte, ça descend, c'est long mais il fait beau et t'es dans un joli parc. Dès fois tu te perds dans le joli parc et tu tombes devant des ruines de maisons qui devaient être vraiment belles, tu te dis. Tu reviens sur tes pas (tu te promènes, tu te souviens ? En plus il fait beau, c'est vraiment agréable, sauf qu'il ferait un peu moins chaud, ce serait super mieux, tu te dis. Et pas un rade à l'horizon ; j'aurais du apporter une gourde, tu te dis. Dans les gymkhanas de la colo, justement, quand t'étais petit, on prévoyait toujours une gourde). Où j'en étais ? Ah, oui, les oeuvres. J'arrive dessus sur la première (et il y a huit, on te l'a dit) et je ne me rends même pas compte. Elle est discrète. Presque trop. J'aurais pu passer devant sans m'en apercevoir si j'avais pas eu le plan de la lionne avec moi.
Ca s'appelle L'eau sculptée, de
Benoit Tremsa. Si tu regardes bien (non, pas le bâtiment rouge au fond, ni la forme en bas à droite, c'est le grillage, parce que c'était clôturé), oui, juste au milieu : presque invisibles, trois formes transparentes (merci le plan). Je fais des photos. Difficile à photographier. Et puis l'herbe commence à jaunir, malgré l'eau, dans les cylindres.

Bon, je vais pas tout te raconter. Je suis fatigué. Il y en a de très belles pourtant : des rouges (des taches rouges sur herbe verte : test de Rorschach grand format...). Mais ça, je le garde pour plus tard.
photographies de l'auteur
pour le plan de la lionne : document de Tecomah, acheté à l'entrée
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10 juin 2006 6 10 /06 /juin /2006 07:00
Paul Cézanne et les pommes.

Gustave Geffroy, critique qui admirait Cézanne rapporte : "Ce que j'aimais surtout en lui, c'étaient ses enthousiasmes : avec une pomme, proclamait-il, je veux étonner Paris."*



Pierre-Paul Rubens, Le Jugement de Pâris, 1636, National Gallery, Londres.
Paul Cézanne, Le Berger amoureux, intitulé à tort Le Jugement de Pâris, 1883-1885

Le Jugement de Pâris


Michel Butor commente Cézanne **

Cézanne a peint au début des années 1880 un Jugement de Pâris (illustration en haut à droite) malheureusement volé pendant la dernière guerre chez Bernheim jeune, et dont on a perdu la trace. On connaît aussi des dessins sur ce thème.

Aux noces de Thétis et Pélée, la discorde avait jeté dans la salle du festin une pomme accompagnée de l'inscription "à la plus belle". Junon, Vénus et Minerve se disputant à qui la méritait, Jupiter les fit conduire sur le mont Ida où Pâris, le prince berger déciderait. C'est à Vénus qu'il en fit don, ce qui est une des origines de la guerre de Troie.

Cette scène du don électif a été mainte fois représentée, avant Cézanne, par des peintres du XVIIème siècle (ex : Rubens, en haut à gauche).

Si l'on supprime le berger, on obtient le thème des baigneuses. Dans l'atelier la scène se reconstitue: la pomme dans une nature morte, les déesses auprès de leur miroir d'eau, le regardeur ou jugeur, non seulement dans tel ou tel baigneur, mais dans les autoportraits.

La pomme est ce que désirent les femmes, le prix de la beauté, le don par excellence, mais aussi le germe de la destruction. Il faudrait donc réussir à l'offrir à toutes ensemble, que ce soit un gage d'harmonie, non de dissension, une pomme qui soit à l'abri et nous mette à l'abri de la corruption.

Michel Butor**

Meyer Shapiro, dans le texte qu’il consacre à Cézanne dans l’ouvrage Style, artiste et société, va tenter de donner une signification aux natures mortes de Cézanne en introduisant ce tableau au tout début de son essai. Il signale que la première impression qu’il a gardée de cette scène a été qu’il s’agissait d’un sujet pastoral de fantaisie : un berger offre des fruits à une jeune fille timide dont il est amoureux. Ceci faisait sans doute référence à un texte de la poésie latine dont le peintre se nourrissait.

Il est impossible, aujourd’hui, de reconstituer l’origine du berger amoureux et sa motivation affective. On peut supposer qu’au début ou au milieu de la décennie 1880-1890, où l’on situe généralement le tableau, Cézanne, en peignant une nature morte, se rappela, grâce à la lecture des poétes latins, que l’on pouvait, en ces temps anciens où il n’était pas interdit aux mortels de contempler une déesse nue, se faire aimer d’une jeune fille en lui offrant des pommes.

Style, artiste et société, Editions Gallimard, 1982, p 177, Meyer Shapiro

La place centrale accordée aux pommes dans un thème d'amour invite à s'interroger sur l'origine affective de sa prédilection pour les pommes dans sa peinture.
poursuit Meyer Shapiro.

L'association que l'on observe ici des fruits et de la nudité ne nous permet-elle pas d'interpréter l'intérêt habituel de Cézanne pour la nature morte et, de toute évidence, pour les pommes, comme le "déplacement" (au sens psychanalytique) d'une préoccupation érotique ?
Meyer Shapiro, p178

Cézanne était en effet un individu timide et profondément refoulé. Sa lecture de la poésie latine puis sa transcription pouvaient être le moyen d'exprimer ses désirs frustrés.
Il avait en outre une grande admiration pour le travail de Manet dont Le Déjeuner sur l'herbe constitua pour lui une image de rêve à laquelle il pouvait donner la forme de ses propres désirs. Cette influence de Manet fit qu'il s'autorisa des peintures comme Une Moderne Olympia dans laquelle la dimension sexuelle est directement abordée. Shapiro fait remarquer la présence régulière des natures mortes dans les scènes de débauche.

Il semble, au moins intuitivement, que Cézanne ait eu conscience du rapport entre les pommes et les nus dans ce tableau Le Jugement de Pâris, compte tenu de la présence, de la cohabitation ou de la substitution de l'un par l'autre de ces deux éléments dans de nombreux tableaux qui vont suivre.
Alors, lorsque le peintre déclare au critique Gustave Geffroy qu'il voulait étonner Paris avec une pomme, ne faut-il y voir qu'un simple calembour ?

La reproduction de la toile disparue Le Berger amoureux, intitulé à tort Le Jugement de Pâris,de Paul Cézanne, est extraite du livre de Meyer Shapiro, p 173.

La reproduction de la toile Le Jugement de Pâris, de Pierre-Paul Rubens ,de la National Gallery, de Londres est empruntée au site wikipedia.
* Gustave Geffroy, Claude Monet, Paris, 1922, p 106
** http://www.imageimaginaire.com/critiques/butor-cezanne/butor-cezanne-frame.htm
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 07:00
  On connaît moins cette peinture de Cézanne, celle de ses débuts, dans laquelle il s'acharne de manière violente sur le corps des femmes.

ci-dessous :
Le meurtre, Walker Art Gallery


Whistler, apercevant chez Vollard le portrait de Marie Cézanne, disait : “si un enfant de dix ans avait dessiné cela sur son ardoise, sa mère, si c’est une bonne mère, l’aurait fouetté !”(…)
La peinture du jeune Cézanne était pétrie d’outrance, de violence et de maladresse agressive, presque dépourvue de cette sensualité de pâte qui fait tolérer sinon aimer l’expressionnisme allemand ou de Kooning.
Ses caractères sont surtout négatifs : un besoin ressassé de déplaire, une agression sans objet, un grotesque sans humour, un érotisme sans plaisir. (…)
C’est surtout dans les scènes de meurtre et d’érotisme que Cézanne est à la limite du tolérable. (…)
Selon Vollard, Cézanne opposait la peinture “bien couillarde” (la sienne) et celle des “ottres”, de Corot par exemple. (…)
Il déchargeait sa violence sexuelle dans sa peinture ; Schapiro a montré comment la nature morte fut le lieu de ce déplacement.

Les couilles de Cézanne,
Jean-Claude Lebensztejn
Nouvelles Editions Séguier, 1995


   
   
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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:00
2006 : Année Cézanne. Commémoration du centenaire de la mort de Paul Cézanne


Trois poires, Paul Cézanne, 1888-90
Henry and Rose Pearlman Collection
L'origine du monde, Gustave Courbet, 1866, Musée d'Orsay

Et si Cézanne avait confondu les femmes et les fruits, poses vivantes et natures mortes ?

Cézanne, on le sait, admirait Courbet.

Pour Courbet, qui n'accordait dans son art qu'une place mineure à la nature morte, tout en faisant passer une partie de sa sensibilité dans la manière de rendre tout ce qui est matière dans la nature -la fourrure, la pierre, le bois, le métal et le feuillage- avec un poids et une profondeur que seule une vision amoureuse des choses pouvait évoquer, pour Courbet donc, je crois que les énormes pommes qu'il a peintes pendant son incarcération après la Commune, ne remplaçaient pas seulement les visages familiers et le monde extérieur dont il était coupé ; on pourrait les voir plus poétiquement encore comme l'illustration littérale d'une phrase de son vieil ami le poète Buchon, franc-comtois comme lui, qui avait dit de Courbet "qu'il produit ses oeuvres aussi simplement qu'un pommier produit des pommes" - jugement qui prônait également les vertus de son caractère provincial, sa naïveté, sa robustesse, sa force paysanne, toutes qualités qu'il a données aussi à ses fruits.

Style, artiste et société, les pommes de Cézanne,
Meyer Schapiro, Éditions Gallimard, Paris, 1982, p 218
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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:00

Claude Closky "Manège"
Prix Marcel Duchamp 2005
Centre Georges Pompidou
17 mai - 31 juillet 2006



Une pièce vide. Tout autour, répartis de manière parfaitement symétrique, seize écrans plats et bleus (le bleu du vide : pas de signal, en vidéo). Un de ces écrans s'allume et affiche une image
animée aléatoire, d'une définition pauvre, diffusée un temps très court ; la projection s'accompagne d'un son de type jeu vidéo.
Au bout d'une minute l'écran redevient bleu et l'écran suivant s'allume et diffuse à son tour ce même type d'image, puis à son tour le suivant, selon le sens des aiguilles d'une montre. Et ainsi de suite, sans interruption et en boucle.

J'ai toujours apprécié Claude Closky, notamment pour son humour, pour ses listes absurdes et rigoureuses, pour l'utilisation et le détournement qu'il a toujours su faire des images banales qui nous entourent. Mais là, je trouve ce Manège extrêmement décevant. Même inquiétant. C'est une oeuvre totalement autiste.

Manège se trouve juste à côté de l'exposition Godard, voyage(s) en utopie. Même si beaucoup de choses restent hermétiques dans l'exposition Godard, il y a un certain nombre d'éléments auxquels se raccrocher (beaux ou déceptifs, peu importe). Là, ce n'est pas le cas. C'est une oeuvre autiste. Oui, autiste.

photographie de l'auteur
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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 07:00
"Voyage(s) en utopie,
Jean-Luc Godard, 1946-2006"

à la recherche d'un théorème perdu.
Centre Georges Pompidou
11 mai - 14 août 2006

Ce Godard, toujours teigneux. L'expo ? Ni fait, ni à faire. Tout est dans l'état : scotch, marqueurs en vrac, parquet arraché, tuyauterie déboulonnée, fils électriques apparents ; pas le temps pour les cartels, lit défait, etc. On voit même des traces écrites sur le mur de l'ancienne expo William Klein.
 
Godard, je t'aime ! Justement, une expo qui a coûté deux fois le budget de l'expo William Klein : 500 000 euros. Une expo qui a rendu fous et continue à rendre fous les organisateurs qui ne savent plus comment réactualiser les papiers distribués à l'entrée (explications) tant l'expo change de jour en jour. Je vous dis pas : y a tellement de bruit dans cette enfoirée d'expo qu'ils ont été obligés de mettre un rideau gris, épais, à larges lamelles à l'entrée à cause des employés qui vérifient les entrées et qui pétaient les plombs : il y était pas avant, j'en suis sûr ! J'avais visité seul et j'avais rien compris une première fois. Ca m'avait rappelé l'époque où j'étais étudiant et je sortais de ses films abasourdi. Rien compris. Pourquoi ça tombe sur moi ? je me disais. Et j'y retournais. J'allais voir le suivant. Ca m'a toujours agacé de rien comprendre. Je voyais bien que je trouvais ça beau, quand même. Godard, je t'aime.
Le ciné à Godard, je continue à trouver ça beau. Par contre, Godard, c'est pas un plasticien : petites maquettes à deux balles, symbolisme en 3 D à la louche (voir la maquette de Sarajevo avec les trois palissades, etc.). Côté bricolage, vraiment bricolage. Ben, justement les TROIS palissades, voilà : si vous y allez à l'expo Godard ayez une chose en tête (au moins une seule), le chiffre trois. Tout est par trois. Notamment l'histoire des trois religions qu'on retrouve aux quatre coins de l'expo. C'est une piste (sérieuse). Mais n'y allez pas. Vous serez déçus. C'est une expo qui est faite pour être déçus. Godard : je t'aime !

Alors j'y suis retourné. Et vraiment, j'ai pas eu de bol : inscrit que j'étais dans une petite balade commentée (on était 7, c'est tout vous dire; ouais, 7, c'est tout vous dire, je vous le redis !). Et le type qui racontait (déjà, il avait du mal, vu le bruit ambiant, il était obligé de gueuler) : c'était celui qui était censé former les conférenciers ! Donc, une somme, ce type. Un érudit de Godard. Et c'est lui qu'a vraiment pas eu de bol, j'essplique : il nous raconte qu'il a suivi l'expo depuis le début, projet, maquettes, montage et mise en place avec JLG lui-même (oui, lui-même). Et bien, il a essayé de lui poser des questions pour préparer ses conférenciers. L'autre ? Pimbèche, il traversait les salles sans lui répondre ! Tout le boulot, il a été obligé de se le coller, l'érudit de Godard. Exemple : quand il avait découvert d'où venait le photogramme que Môssieur Godard avait collé sur un panneau (après des nuits entières à revisionner des trucs introuvables), hop, on changeait d'image ou
de film ! L'horreur ! Ce que je t'aime Godard.
Le plus beau : on lui commande dix petits films à JLG, pour mettre dans l'expo. Lui, avec tout l'argent qu'il a gagné pour faire l'expo, il en fait un. Ouais, un seul. Il refourgue d'anciens trucs, de la repique à lui, remontés, etc, pour arriver à dix. Les autres c'est pipi de chat ; y'en a un, justement, qui est un film à chier qu'il a piqué à sa femme Anne-Marie et qui montre son chat (à Anne-Marie) en train d'écouter de la musique ! Anne-Marie, elle l'aime Godard (comme moi).

Godard, il est fait pour être detesté. C'est pour ça que moi, je l'aime Godard. C'est vrai que je l'aime. Les gens dans l'expo, ça les énerve (même en dehors de l'expo, d'ailleurs). Il fait pas dans la pédagogie Godard. C'est un artiste. Un artiste agaçant. Un artiste d'attitude.
Jean-Luc Godard : je t'aime.

photo : site G.Pompidou
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4 juin 2006 7 04 /06 /juin /2006 07:00
Dürer : La mère de l'artiste.
Dessin. 1514.
Berlin Staatliche Museeun, Kupferstich-Kabinett.


Lorsque Rubens dessina un portrait de son jeune fils, le grand peintre flamand était fier de la beauté de son enfant. Il désirait certainement nous le faire admirer. Mais cette tendance au joli et au plaisant risque de nous faire trébucher si elle nous conduit à écarter des oeuvres traitant d’un sujet moins séduisant. Le grand peintre allemand Albert Dürer a sans doute dessiné le portrait de sa mère avec autant d’amour et de dévotion que Rubens retraçant le visage de son fils.
Cette étude pénétrante de la vieillesse sur le déclin peut nous heurter, mais si nous luttons contre cette répugnance instinctive, nous en
serons grandement récompensés.
Car, dans sa terrible sincérité, le dessin de Dürer est un chef-d’oeuvre. Nous comprendrons assez vite que la beauté d’un tableau ne coïncide pas avec l’agrément de son sujet. (…) La notion de beauté a ceci d’inquiétant que le goût et les canons du beau varient à l’infini.

Histoire de l’art, Ernst Gombrich,
Flammarion, édition de 1990,
Introduction, p 4
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attraper les mouches

Fumier