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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 19:35
  Sun Yuan & Peng Yu
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 Une exposition des deux artistes chinois, Sun Yuan & Peng Yu, intitulée Dear est présentée actuellement à la galerie Emmanuel Perrotin, impasse Saint Claude à Paris. Cette exposition est constituée de quatre pièces : une immense installation avec vidéo (If I die ), une sculpture ( Spilling out)  et deux installations   ( Dear et Teenager Teenager). Et c'est sur cette dernière pièce que je voudrais m'arrêter. 


 Lorsque nous pénétrons dans l'espace, des sculptures hyperréalistes sont installées confortablement dans sofas et fauteuils. Ce sont des personnages soignés, à la tenue fière. Chaque pli de leurs vêtements, chaque détail de leur corps, chaque attitude est finement observée et rendue avec naturel, maîtrise et exactitude. Un seul élément perturbe cet ensemble : chaque tête est remplacée par un énorme rocher, ce qui empêche de croiser le regard des protagonistes.

   
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 La pose figée des personnages, le silence, la présence minérale qui se substitue à la tête provoquent une atmosphère relevant de ce que l'on pourrait qualifier d'inquiétante étrangeté (le dispositif du rocher en quasi lévitation renvoie d'ailleurs à l'univers surréaliste). Le seul personnage qui est épargné par ce disposittif fait face à tous les autres. Il est moins soigné, son corps paraît un peu difforme et est perché sur une chaîse de bureau à roulettes. Si son corps et ses membres n'ont techniquement pas le soin et la précision  des autres, en revanche, sa tête et son visage égalent l'hyperréalisme d'un John de Andrea ou d'un Ron Mueck.
   
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 Ce visage figé ne contribue pas à apaiser l'atmosphère de cet espace mystérieux,  pesant et vaguement inquiétant. Et puis, tout à coup, le sentiment d'une présence dans cette pièce vide. L'on se retourne et l'on s'aperçoit que la tête a bougé. L'on guette le mouvement, longtemps, dans l'entre-deux de ces sculptures humaines et inhumaines et pourtant rien ne bouge. La perplexité gagne. Prise de vue en vidéo du personnage en jeans. Rendu chez soi, l'on observe de près la vidéo et l'on surprend la sculpture qui cligne subrepticement des yeux... 
   
 
  Cette installation -nous l'avons compris- se double d'une performance. Et au centre de cette performance Sun Yan et Peng Yu ont installé, à mon insu, et utilisé, le visiteur que je suis. Les deux artistes usent d'une technique et d'un savoir-faire au service d'une démarche artistique au sein de laquelle le visiteur se trouve au plus près de l'intention artistique, comme embarqué, phagocyté, par un dispositif qui -malgré l'apparence de la distance et de la neutralité- le place activement au centre de l'œuvre. 
   
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  video
   

  La question de la virtuosité technique se pose (et cette question est ces temps-ci vivement débattue compte tenu de l'actualité de l'exposition Ron Mueck qui est présentée actuellement à la Fondation Cartier) mais, de toute évidence, on ne peut pas réduire ce travail à un simple exercice de virtuose. Si l'on reste troublé par ce  que l'on a vécu à l'occasion de cette visite c'est pour bien autre chose que la béate admiration pour des artistes qui maîtrisent si parfaitement leurs outils (comme pour Ron Mueck, d'ailleurs).  La question de la maîtrise de techniques et de savoir-faire a hanté tout le XXe siècle lorsque l'on évoque les artistes. Les raisons sont multiples : dès le début du siècle les catégories des beaux-arts explosent et Marcel Duchamp introduit la notion de ready-made (la question de la maîtrise des techniques est évacuée) ; ce sera aussi Dada (avec le hasard, la déconstruction, la remise en question du Beau, etc.) ; puis l'art brut va occuper du terrain et sera encouragé par de vrais  artistes comme Dubuffet (on peut être artiste sans nécessairement maîtriser une technique particulière). Une certaine condescendance pour l'artisanat et une approche plus intellectualisée de l'objet artistique finiront par installer un certain mépris à l'égard de ce qui relève du savoir-faire et de la pratique expérimentée des techniques.

 

 On sait à quel point la roue tourne et à quel point -aussi- les valeurs sont régulièrement revisitées (autant pour ce qui concerne les pratiques de l'atelier que l'évaluation des artistes).  L'art est ce qui dérange, ce qui trouble : il suffit d'observer les visiteurs d'une exposition Ron Mueck (actuellement) ou encore Matthew Barney (au MAMVP il y a quelques années) pour s'en convaincre.  La difficulté d'évaluer ce type d'artistes (trop bien fait, faisant étalage de trop de virtuosité, etc.) devrait faire que nous nous interrogions sur une certaine époque -maintenant un peu dépassée- où il était interdit de montrer ce que l'on savait faire. Les esprits chagrins sont-ils maintenant devenus jaloux ?

   
   
   
Teenager Teenager, 2011 Perfomance, canapé, pierres — 1440 × 540 cm Courtesy of the artists & Galerie Emmanuel Perrotin — Saint Claude, Paris  
   
   
   

 Sun Yuan & Peng Yu

12 Septembre - 9 Novembre 2013


galerie Emmanuel Perrotin, 10 impasse Saint Claude, Paris

   
   
 photographies personnelles  
   
   
   
   
   

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

le banc moussu 22/10/2013 09:42


Une installation que j'avais vu une première fois en semaine et qui m'a soulevé d'autres interrogations quand je l'ai revu le week end dernier accompagnée de la performance.

espace-holbein 23/10/2013 09:57



Je ne sais pas  si la performance est la même chaque semaine.



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