Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 18:40
  MUNCH, l'œil moderne
munch4 300

Edvard Munch, Norvégien. Peintre à tête sculpturale. Autoportraits taillés dans le roc des fragilités d'une existence tourmentée. Images de lumière noire et incandescente, opaque et furieusement irradiante. Né en 1863, l'année (s'il en est) de la modernité en peinture : c'est Manet qui peint Olympia et qui montre Le Déjeuner sur l'herbe au salon des Refusés. Et d'ailleurs le grand Manet reste une référence pour Munch.

L'idée de l'exposition présentée actuellement au Centre Georges Pompidou est de montrer le peintre Edvard Munch entrer dans le XXème siècle avec les moyens et les outils de la modernité qui vont l'accompagner et le faire évoluer : la photographie et le cinéma. Ce n'est pas un hasard si l'un des deux commissaires de l'exposition n'est autre que Clément Chéroux, historien de la photographie et conservateur pour la photographie au Centre Georges Pompidou.

           
Cette figure du peintre Edvard Munch est celle d'un individu tourmenté, opiniâtre, entier, qui pourrait avantageusement se superposer à l'image du peintre idéal, celle de l'artiste maudit. Les choses ne sont pas si simples, même si à l'instar d'un Van Gogh il  sera -un temps- interné dans une clinique psychiatrique. On ne sort pas indemne de son enfance. La sienne a été ponctuée par la maladie et la mort de ses proches et notamment de sa mère puis par la dépression. L'univers familial façonne -au moins partiellement- l'individu que l'on deviendra et un père médecin-militaire puritain au XIXe siècle a toutes les chances de laisser des marques. Mais le peintre va voyager à travers l'Europe et rencontrer ses pairs qui l'apprécieront. Ici n'est pas le lieu pour raconter dans le détail la vie d'Edvard Munch ; il vaut mieux consulter le document mis en ligne par le Centre Pompidou à l'occasion de cette exposition.
           
 munch10 300
 munch11 300
           
munch8 300 La vie et le travail d'Edvard Munch ne sont pas montrés de manière linéaire ou chronologique dans l'exposition. La muséographie est au service d'intentions clairement énoncées. Les deux premières salles présentent les mêmes tableaux faits à plusieurs années d'intervalle et accrochés ici aux cimaises dans le même ordre. Ce parti pris inhabituel force le regard et incite évidemment à comparer les œuvres. Mais, plus que la comparaison c'est l'acharnement à recourir aux mêmes thèmes, aux mêmes obsessions, qui m'a d'emblée intéressé.
           
munch13 300 munch14 300
           

Cette détermination de l'artiste, son acharnement à traquer quelque chose d'indicible, quelque chose qui nous échappe, une salle intitulée Compulsion nous  le montre clairement. Dans cette salle sont réunies plusieurs œuvres mettant en scène le même sujet : Un nu qui pleure. La peinture, la photographie, le dessin, la sculpture nous présentent le même portrait en pied de Rosa Meissner, nue, apparemment en mouvement, tête baissée. Ce même thème est réitéré de manière compulsive. S'agit-il de la simple déclinaison d'un modèle artistique ? Ou bien une figure plus ample, emblématique, une façon générique de traiter un motif en tentant à la fois de l'épuiser et  de l'élever dans sa réitération, dans un bégaiement des formes ? Une certitude : il ne s'agit pas d'une scène ou d'une figure anecdotique volée au réel de la vie qui passe. La figure est bien mise en scène. En effet, le lit défait très clairement démonstratif, l'espace-boîte de la chambre à papiers peints (souvent rencontré dans les toiles de Munch) concourent à indiquer la construction arbitraire de la scène. Et puis ce mouvement du modèle qui n'en est pas un véritable : les jambes -à la manière des chronophotographies d'Etienne-Jules Marey- décrivent une déambulation mais ceci est immédiatement contrarié par la présence fantôme d'un second personnage dont la silhouette-simulacre se confond, à gauche dans la photographie, avec les motifs du papier peint. Cette présence indique le temps de pose un peu long de la prise de vue et le dépacement de cette figure durant ce temps. Telle une statue, Rosa Meissner est donc figée pour la circonstance.

Il existerait bien une question subsidiaire concernant la corrélation entre chagrin et nudité... Et puis les statues pourraient bien pleurer des larmes de sang comme dans les toiles de René Magritte.

           
munch16 300 munch15 300
           
Néanmoins l'autobiographie, et notamment les rapports orageux de couple, comme chez Bonnard, va donner l'occasion à Munch d'organiser ses tableaux comme de petits théâtres de sa vie (se rappeler sa connaissance du travail de Max Reinhardt). Les tableaux ci-dessus mettent en scène l'épisode malheureux de sa relation avec Tulla Larsen qui s'est soldé pour lui par une blessure qu'il s'est infligée à la main par un coup de pistolet. Le lit, la boîte intime de la chambre, sont les lieux du désastre. Des installations, des décors. Tout pivote, tout tourne autour de cette figure droite, externe frontale , celle qui est à la mesure de l'espace du tableau et qui regarde objectivement le spectateur. Cette construction suggère que la femme n'est plus une femme mais la cause objectivée de son malheur. Le drame ne se joue pas à deux mais le monde extérieur est sommé de prendre connaissance d'un moment qui ne devrait pas être partagé. Il y a des similtudes avec certaines situations mises en scène par Bonnard.  Voir un petit texte -intitulé Couple et paravent- que j'avais écrit au moment de l'exposition Bonnard à Paris.
 
 
 
Suite demain, si tout va bien.
 
 
 

1. la photographie 1 est extraite de MUNCH, In His Own Words de Poul Erik Tøjner, Prestel, 2003, p57

2. Puberté, 1894-1895, Nasjonalmuseet for kunst, arkitektur og design, Oslo, Norvège

3. Puberté, 1914-1916, Munch Museum

4. photographie personnelle

5. Rosa Meissner à l’Hotel Rohn, Warnemünde, 1907, photographie d'Edvard Munch

6. photographie personnelle

7. La Mort de Marat II, 1907 Munch Museum

8. La Mort de Marat I, 1907 Munch Museum

           
           
           
           

Edvard Munch. L’œil moderne 1900-1944

 

Centre Georges Pompidou, Paris

 

Du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012 - Galerie 2, niveau 6

           
           
           

         

Partager cet article

Repost 0
Published by espace-holbein - dans espace-holbein
commenter cet article

commentaires

Gérard 21/10/2011 15:56



Un ravissement ce sujet sur Munch. J'ai vécu une vraie rencontre avec ses oeuvres. "Puberté" me fascine depuis longtemps, le titre ne m'évoque rien, y voyant beaucoup plus de profondeur.
Souhaitant m'en inspirer, je pense à cette toile avec obsession depuis quelques semaines, et la voilà ... sur espace holbein à ce moment singulier. Je ferais peut-être mieux de commencer une
toile sur les obscures mystères du 6ème sens!!


Merci pour cet instant irrationnel.


J'aime beaucoup "Cupid and Psyché" mais n'y comprends rien! Ahhh..., ces amateurs!! Cher Holbein, si vous pouviez nous offrir un petit moment de lecture?



espace-holbein 23/10/2011 00:49



Que demander de plus à un peintre ? Qu'il soit une source d'inspiration et suscite le désir de peindre ou fabriquer, à son tour.


Merci à vous.



attraper les mouches

Fumier