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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 17:20
Marilyn, Anna, Sigmund, John et Jean-Paul
marilyn-freud 600
 
 

En août 1956, un chauffeur ouvre la porte de la Rolls qu’il vient de stopper devant le domicile d’Anna Freud. Une femme en descend, elle cache ses cheveux blonds sous un feutre, ses yeux bleus derrière des lunettes de soleil : Marilyn Monroe se rend chez la fille de Sigmund Freud. L’actrice tourne un film à Londres, elle va plonger à nouveau dans la dépression nerveuse. Dans la villa luxueuse qu’elle a louée près de Windsor, elle passe des heures au téléphone avec sa psychanalyste Marianne Kris. L’icône des Hommes préfèrent les blondes suit une analyse avec elle depuis une année. Son analyste américaine ne peut traverser l’Atlantique pour régler les problèmes du moment de Marilyn. Elle lui conseille de se rendre chez son amie Anna. L’actrice disparaît donc des plateaux pendant une semaine, personne ne sait où elle se trouve. En fait, elle s’allonge sur le divan…

 Anna Freud la conduit un jour au jardin d’enfants de sa clinique, elle se détend et s’amuse avec eux. Au cours de cette visite, Marilyn confie à Anna qu’elle a lu L’Interprétation du rêve en 1947 et que «Le rêve d’embarras dû à la nudité» (IV.281) l’a particulièrement intéressée –Freud y analyse le cas d’une personne dénudée partiellement ou totalement nue qui aimerait pouvoir se soustraire au regard de spectateurs mais qui n’y parvient pas. Il conclut au caractère exhibitionniste du rêveur. L’analyste de Marilyn traitait chez sa patiente ce genre de tropisme récurrent : elle adorait en effet se déshabiller en public…

 La méthode d’Anna est la même que celle qu’elle utilise avec les enfants : assise à un bout de la table, elle installe sa patiente à l’autre extrémité. Elle lui fournit des billes de verre et, en fonction de ce que l’autre en fait, elle pose un diagnostic. Marilyn lance les billes les unes après les autres. L’oracle freudien tombe : «Désir d’un contact sexuel»… La méthode paternelle produit ses effets : la bille n’est pas la bille, le lancement de l’une d’entre elles n’est pas le lancement de l’une  d’entre elle et ainsi de suite jusqu’à ce que l’interprétation, via la sratégie symbolique, débouche sur un diagnostic. Ce jeu banal fournit le prétexte à la sentence du gourou.
  Dans le carton des archives du «Centre Anna Freud», la fiche concernant Marilyn Monroe consigne cette expertise : «Instabilité émotionnelle, impulsivité exagérée, besoin constant d’une approbation extérieure, ne supporte pas la solitude, tendance aux dépressions en cas de rejet, paranoïaque avec poussées de schizophrénie.» L’actrice a repris le tournage. Rentrée aux Etats-Unis, elle a envoyé un très gros chèque à la fille de Sigmund Freud.

 Plus tard, John Huston a envisagé le tournage d’un film sur Freud, il aurait eu pour titre Freud. Passion secrète. Le docteur viennois y aurait soigné une patiente hystérique et Marilyn Monroe était pressentie pour le rôle. Le réalisateur sollicita un certain Jean-Paul Sartre pour écrire le scénario… Le philosophe rédigea  deux versions qui totalisent cinq cents pages – sept heures de film selon Huston après qu’il eut reçu un manuscrit «gros comme [s]a cuisse»… Mais les deux hommes ne parvinrent pas à s’entendre.

 Marilyn Monroe, analysée par Anna Freud, le fut aussi, avant, par Marianne Kris, et ce pendant quarante-sept séances réparties sur trois mois, puis internée dans une clinique psychiatrique, enfin analysée à nouveau avec un second psychanalyste, Ralph Greenson, formé à Vienne dans les années 1930 et reçu au domicile de Freud en personne. Il sera son analyste de janvier 1960 au 4 août 1962, jour de sa mort. Quand il lui conseillera d’acheter une maison, elle se rendra au Mexique pour acquérir quantité de meubles qui se trouvaient dans le propre domicile de son  analyste… Il obtiendra de l’actrice qu’elle renonce à jouer dans le film de Huston.

 Quelques heure avant le suicide de l’actrice, son psychanalyste avait longuement parlé au téléphone avec elle. Comme il avait été la dernière personne à l’avoir vue vivante et la première à la découvrir morte, Ralph Greenson a été un temps soupçonné de l’avoir tuée, avant d’être innocenté. A trente-six ans, l’actrice s’était bel et bien suicidée par ingestion de barbituriques. Si effectivement son psychanalyste ne l’a pas tuée, lui et sa science n’auront pas empêché qu’elle meure. Son testament léguait un quart de sa fortune et de ses droits d’auteur à venir à sa psychanalyste Marianne Kris qui, à sa mort, fit de la Fondation Anna Freud la légataire de cette immense fortune… Chaque mois, les royalties issues de la légende Marilyn Monroe entrent dans les caisses de la Fondation Anna Freud à Londres…

 

Michel ONFRAY

Le crépuscule d’une idole - L’affabulation freudienne

Éditions Grasset

2010, p248/251

 

 
 
 
 
 

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