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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 07:00
  Giuseppe PENONE
dépeindre


Giuseppe PENONE ne cherche pas le beau, il se met à son écoute. Son œuvre nous entraîne face à une nature omniprésente dévoilée jusque dans sa partie intime et invisible.
Elle nous amène à découvrir de manière sensorielle les rapports de l'homme avec la forêt, les arbres, les feuilles, le souffle, les empreintes ...de l'autre côté du réel et notre conscience se modifie face  à ce regard du dedans.

  En 1970, une action de l'artiste est emblématique de ce propos : Rovesciare i propri occhi. Sur une photographie, le visage de l'artiste porte des lentilles de contact opaques, leur surface externe formant deux petits miroirs. PENONE retourne l'extérieur, comme un gant ; son corps devient sculpture. Il confronte brutalement l'artiste et le spectateur. Leurs yeux pourraient se rencontrer directement sans passer par le tableau peint. Mais cette rencontre est rendue impossible par le fait que le spectateur se trouve face à sa propre représentation dans le miroir des lentilles. Celles-ci prennent un sens symbolique par rapport à l'histoire de l'art fondée, depuis le Quattrocento, sur la prééminence du regard : Léon Battista ALBERTI a d'ailleurs affirmé  que «le tableau devait être une fenêtre ouverte sur le monde». Mais les lentilles symbolisent une certaine négation de ce regard. Rappelons la phrase de Caspar David FRIEDRICH : «Clos ton  œil physique afin de voir d'abord ton tableau avec l'œil de l'esprit...»

  Cette œuvre indique que pour Giuseppe PENONE, la vue n'est pas le sens premier. Le toucher, l'odorat, l'ouïe et même le goût occupent, pour lui, une place égale dans l'exploration du monde sensible. Plusieurs de ses dessins représentent soit les yeux couverts de lentilles-miroirs au milieu d'une série d'arbres captée dans une des lentilles, soit le visage muni de lentilles absorbé dans la végétation qu'elles reflètent. La tête est parfois aussi «végétalisée» : croît-elle au milieu des arbres ou les arbres prennent-ils racines dans cette tête humaine ?

(...)Il existerait une familiarité structurelle entre l'expérience du monde propre aux aveugles et celle du monde de l'artiste. (...)

 La contemplation d'œuvres artistiques nécessite un travail sur soi et l'émotion esthétique ne sera pleinement atteinte que si on échappe à la fascination du visible. La révélation profonde échappe au pur visuel, aux évidences strictement perceptives et logiques ; elle se fait par couches successives au fur et à mesure que tombent les résistances du sujet. C'est pourquoi cette révélation peut, parfois,  être plus aisément accessible à un aveugle qui, à chaque instant, est confronté à une présence qui se dérobe.


Anne NANDRIN
extrait de la revue DITS, numéro 7, p 56-57
 

 
                   
illustrations : ©Giuseppe PENONE, Rovesciare i propri occhi, Lentilles-contact miroir. 1970. Courtesy de l'artiste, extrait de la revue DITS, numéro 7, p 58


liens
Giuseppe Penone :

* exposition au Centre Georges Pompidou en 2004
* dossier Beaubourg sur Penone
* images de l'expo à Pompidou; desordre.net
* Sur Penone : exporevue
* sur l'expo de Pompidou, artelio
 
                   

                 

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Published by holbein - dans espace-holbein
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