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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 07:00
Albrecht Dürer
dépeindre

Un rhinocéros représenté par Albrecht Dürer. Il date de 1515. L'animal est étrange. Il ressemble à un rhinocéros et n'a rien d'un rhinocéros. Regardons-le bien : machine de guerre, crustacé, bête préhistorique, armure de chevalier du Moyen Âge, membres recouverts d'écailles, etc.
Dürer n'a jamais vu de rhinocéros. Alors, comment a-t-il fait ? De mémoire, voici l'histoire du rhinocéros de Dürer, telle que je la connaissais, je vous la livre :

En 1515, les rhinocéros, on ne savait pas ce que c'était en Europe pour des raisons à la fois simples et variées (dans le désordre : l'Afrique c'est loin, la photo, les journaux, la télévision n'existaient pas, les bouquins étaient rares, les voyages étaient exceptionnels, longs et dangereux pour ceux qui tentaient le coup, et pour ce qui concerne les zoos, le concept fut inventé plus tard...). Soit, aucune chance de voir un rhinocéros, et Dürer, tout génie qu'il fût, n'avait donc aucune chance d'en voir un. Et, de fait, Dürer ne vit jamais un rhinocéros de sa vie.

Alors voilà. Il faut savoir qu'à l'époque le Portugal était une grande nation et un grand pays de voyageurs. Le roi du Portugal décide de faire capturer un rhinocéros et d'en faire don au pape de l'époque pour l'impressionner et asseoir son autorité (sur les mers). Il fait savoir qu'il arrive dans le port de Gênes pour offrir solennellement l'animal. Tous les personnages importants de l'époque sont là. Ils attendent avec fébrilité l'arrivée du bateau. Lorsque celui-ci accoste, la passerelle est descendue sur le quai et l'on dirige le malheureux animal vers l'extérieur. La manoeuvre est difficile; la bestiole prend peur, se débat, fait une embardée, fait basculer la passerelle, tombe dans l'eau et se noie.
Tous les dignitaires présents qui attendaient la venue d'une créature inimaginable pour l'époque ont juste eu le temps d'apercevoir l'animal et d'être privés instantanément du spectacle qu'ils espéraient tant.

On raconte qu'un ambassadeur, présent parmi ces VIP sur le port de Gênes, au cours d'un de ses voyages, eut l'occasion de croiser Dürer et s'est mis à lui raconter ce qu'il avait «vu». Et là, l'histoire me paraît plus intéressante. En effet, ce personnage s'est mis à faire une dictée à Dürer, mais une dictée d'images (un peu à la manière dont on doit s'y prendre lorsqu'on dresse un portrait-robot). Il a été obligé de faire des comparaisons avec des choses connues de l'époque.
Exemples :

-Le corps est recouvert d'une sorte d'armure, comme nos chevaliers (regardons les articulations à la tête, aux membres : ça fonctionne effectivement comme une armure)
-Certaines parties du corps sont hérissées de dents de scie défensives comme celles des crustacés (cf. la croupe)
-Plusieurs cornes dont une comme celle de notre licorne (se rappeler que la licorne était un animal "courant" dans l'imaginaire des gens de l'époque). Regardons la petite corne torsadée sur la nuque de l'animal.
-Les pattes sont recouvertes d'écailles, comme celles du serpent, ou de la tortue (regardons les écailles qui recouvrent les pattes de ce que l'on a de plus en plus de mal çà appeler un rhinocéros)
-Les oreilles ressemblent à celles de nos chevaux (en fait les oreilles du rhino n'ont rien à voir), etc.

Et là, quand on regarde ce «rhinocéros» de Dürer, on s'aperçoit que c'est un assemblage; des morceaux appartenant à des références variées qui sont collés les uns aux autres. Ce qui est bizarre, c'est que ça ressemble quand même à un rhinocéros !

On sent ces éléments, fruits de l'imagination de celui qui a dicté, qui a évoqué par les mots, qui a dépeint cet animal extraordinaire, et fruit de sa mémoire défaillante et sélective. Cet exercice a dû fasciner Dürer. Cette gravure, je la trouve merveilleuse pour la qualité de son dessin, son exécution, mais également pour son histoire.
Voilà, c'est comme ça que je la connaissais cette histoire. Mais peut-être que moi-même, mon imagination et ma mémoire sélective ont dû jouer. Nous jouons tous avec les images (moi, en tout cas, beaucoup, je le sais).

Et oui, cette histoire, telle que je la connais, n'est pas conforme à ce qui s'est passé réellement. En fait, la chose est sûre : Dürer n'a pas dessiné cet animal d'après un modèle vivant, mais en se fondant sur un dessin envoyé par une certaine Valentine Ferdinant - un peintre de Moravie qui vivait au Portugal - à l'un de ses amis.

Une chose est également confirmée : le rhinocéros se noya mais «traditionnellement», lors du naufrage du bateau qui le transportait vers Gênes car Emmanuel Ier, roi du Portugal, en fit cadeau au pape Léon X mais son cadeau n'arriva jamais à destination.

Enfin, ne laissons jamais la vérité nous gâcher une belle histoire.
Federico Fellini a utilisé ce «rhinocéros» de Dürer dans son film «Casanova» dans la scène de la «joute», au Palais de Lord Talou, l'ambassadeur d'Angleterre à Rome. Mais ce rhinocéros est surmonté d'un énorme phallus. Il s'agit d'une joute sexuelle...

Federico Fellini, «Casanova», photogramme
liens sur le rhinocéros d'Albrecht Dürer :

* http://gallery.euroweb.hu/html/d/durer/2/11/4/09rhinoc.htmlr
* http://www.getty.edu/art/exhibitions/picturing/
* http://www.thebritishmuseum.ac.uk/compass/ixbin/goto?id=OBJ894
* http://www.humi.keio.ac.jp/treasures/nature/Gesner-web/highlight/html/sai1557.html


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Published by holbein - dans espace-holbein
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commentaires

pia du 92 07/12/2015 10:15

coucou j'adore les gravure

morgan 07/12/2015 10:12

pour mes nature mortes je mort

morgan 07/12/2015 10:10

chui conne

morgan 07/12/2015 10:09

tg

morgan 07/12/2015 10:09

ff

attraper les mouches

Fumier