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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 07:00
Figura
ombres


Figura ? D’abord fantôme, ensuite figure. Voudra-t-on voir là un lugubre assombrissement de la vie lumineuse de l’Hellade ? Tournons-nous alors vers les Grecs, cette culture du soleil éprise de la vie et de la vision au point de les confondre : vivre, pour un ancien Grec ce n’est pas comme pour nous respirer, mais voir, et mourir, perdre la vue. Nous disons «son dernier soupir», mais eux «son dernier regard». Pire que castrer son ennemi, lui crever les yeux. Œdipe mort vivant. En voilà bien une esthétique vitaliste. Plus que l’égyptienne, assurément. Surprise : ici aussi, le trépas gouverne. Idole vient d’eidôlon, qui signifie fantôme des morts, spectre, et seulement ensuite, image, portrait. L’eidôlon archaïque désigne l’âme du mort qui s’envole du cadavre sous la forme d’une ombre insaisissable, son double, dont la nature ténue mais encore corporelle facilite la figuration plastique.
L’image est l’ombre, et ombre est le nom commun du double.


Régis DEBRAY

Vie et mort de l’image, p 19-20, Éditions Gallimard, 1992

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Published by holbein - dans espace-holbein
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commentaires

holbein 22/11/2006 22:55

Bonsoir et merci pour vos commentaires si aimables.

Ce que vous racontez dans cet article de votre blog sur cette expérience étonnante entre le Mexique et la Suisse est vraiment intéressant. Moi qui aime les danses macabres, je trouve vraiment bien le répertoire photographique du site DIESSEITS VOM JENSEITS. Malheureusement, je ne maîtrise pas suffisamment la langue allemande pour comprendre tous ces textes.
Le rapport à la mort n'est évidemment pas simple et chaque peuple, chaque groupe humain et bien sûr chaque individu tente de trouver des moyens de conjurer le sort. Les Mexicains ont cette posture si particulière face à la mort qu'elle nous étonne, nous fascine. Holbein et d'autres contemporains, avec les danses macabres si joyeuses, trouvaient là une autre sorte de conjuration. Dans l'exposition "Les années bâloises de Hans Holbein", dont j'ai rendu compte ici même, il y avait toute une partie consacrée à ça, et cétait réjouissant.
J'ai abordé aujourd'hui le travail d'un artiste français que j'aime beaucoup : Christian Boltanski (j'en reparle demain). Lui aussi est quelqu'un habité par ces préoccupations. Il a fait un travail, il y a quelques années concernant le recensement des “Suisses morts". Des listes, de longues listes de noms d'anonymes. Il explique, que la Suisse étant un pays riche, on ne peut l'associer à l'idée de la mort... Comment un Suisse pourrait-il mourir ?... Sa question est évidemment ironique. C'est là aussi une façon de conjurer ses propres angoisses.

A très bientôt, je l'espère.

Osservatore Profano 21/11/2006 23:11

Avant d'entrer en matière:Je suis tombé sur ce blog à la recherche d'un commentataire anonyme qui signe "holbein" et qui participe régulièrement aux discussions sur le blog en langue allemande - avec toutefois quelques textes en Anglais et en Français -  "Arlesheim Reloaded"de M. Manfred Messmer.Félicitations pour ce blog qui est d'une qualité esthétique extraordinaire et d'un contenu superbe.Le texte de Régis Debray m'a fait penser au sujet du festival "Diesseits vom Jenseits" qui a eu lieu à Bâle autour du 1 novembre 2006, et je vous invite à la visite de mon blogpost du 30 octobre au sujet de ce festival intitulé "Mas Aca de Mas Aya" et des liens au festival et à ses sujets qu'il contient.Votre intérêt pour Holbein (et pour Bâle) me semblent signaler que le sujet de la Danse Macabre vous intéresse. Le festival de Bâle et les manifestations qui en faisaient partie ont permis de trouver de nouvelles interprétations musicales et visuelles de notre rapport avec la mort.

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