Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 07:36
Dileep Prakash

Une très grande affiche, un très mystérieux portrait accroché à la façade de la Virreina, le Centre de l'Image, à  Barcelone. Chaque jour qui passe fait que je croise ce regard de la dame vétue de rose. Cette affiche, répétée avec insistance, comme un bégaiement, je bute chaque fois sur elle sur le grand axe. Ce regard finit par devenir obsédant. Quelqu'un qui te regarde, l'air de rien, mais dont le regard est profond, comme s'il absorbait une partie de toi-même. Le visage est énigmatique : sa couleur, son architecture, l'importance de ses yeux et de sa bouche aussi. Forte présence de la valeur du passage du temps qui l'a modelé. Le ravinement, les flétrissures, les ombres des sillons et des creusements , loin d'être des handicaps, construisent la force immédiatement tempérée par l'expression. Mais l'élément extraordinaire reste sûrement l'association de ce visage, de ce corps un peu sombre et marqué, avec la robe qui les habille : une robe qui est avant tout une couleur, le rose, mais  également une architecture faite de différents éléments organisés, déployés dans la mise en scène d'une figure humaine tout en raffinement. La fleur de tissu sur la poitrine, le collier fin, les plis en vagues du vêtement, la couleur légère sur les lèvres sont autant de signes de ces attentions.
Ce visage, ce personnage, étrangement, je les trouve beaux. Gombrich, au sujet du portrait de la mère de Dürer, dans l'introduction de sa fameuse Histoire de l'art, écrit : «Nous comprendrons assez vite que la beauté d’un tableau ne coïncide pas avec l’agrément de son sujet» (p4) . Ce portrait est celui de Christine Fernandes  et est extrait de la série faite par  Dileep Prakash sur les Anglo-Indians vivant en Inde.
           


           
Dileep Prakash a passé deux années -2004/2006-  à sillonner l'Inde à la recherche de ces Anglo-Indians. Les Anglo-Indiens sont des gens nés de mère indienne et de père britannique ou européen. Leur histoire est évidemment liée à la colonisation de l'Inde. Cette communauté a développé son propre style de vie, ses traditions culturelles et son identité, et a conservé l'anglais ainsi que l'esthétique et les valeurs européennes au quotidien, ce qui les rend assez différents du reste de la population vivant en Inde. Dans ces portraits présentés  à la Virreina de Barcelone ce ne sont pas uniquement les individus qui sont intéressants à montrer mais ces figures installées dans leur milieu, dans leur univers. Ainsi le portrait de Christine Fernandes décrit et montré en haut de la page ne prend son intérêt véritable qu'en situation. L'image de l'affiche étant un recadrage.
Il en est de même pour tous les autres portraits de Prakash : l'espace intime, le lieu de vie, l'univers personnel de la famille renvoient à des valeurs, des goûts, des croyances, une esthétique qui contribuent à la construction d'un groupe humain très singulier malgré les différences sociales.
           


           
On peut voir un certain nombre de photographies empruntées à cette série de Dileep Prakash dans l'exposition intitulée Moi et l'Autre, Le Portrait dans la Photographie indienne contemporaine à la Virreina. Quinze autres photographes indiens sont présentés, dont certains du plus grand intérêt.
           
           
           
           
           
           

Palau de la Virreina

Rambla, 99
08002 Barcelone

jusqu'au 27 septembre 2009

www.bcn.cat/canalcultura
           
           

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