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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 19:05
Funerari
 
 Déjà, quand j'étais petit, j'étais fou de petites autos. Je les connaissais toutes : la 203, la 4cv, l'Anglia, l'Isetta qui avait trois roues, etc.  Bon, là tu continues, faut aller plus loin, je te dis. Toutes dans ma grande caisse à jouets. Se diriger vers l'Est. Ma caisse est devenue de plus en plus lourde de Dinky Toys. Suivre l'avenue Meridiana. J'avais même la Rolls-Royce, la Silver Shadow avec des suspensions... Ne pas aller jusqu'au Musée de la Musique ; tourner avant, à droite. Rue Joan d'Austria. Boutiques sombres. Il y en avait une qui me fascinait : belle, longue, grande et noire, brillante, une que je voyais passer dans la rue de temps en temps et qui ne ressemblait pas aux autres. On fait le tour du pâté de maisons : rue dels almogavers. Marbres. Inscriptions dorées. Ca ne doit plus être très loin. Fleurs. Ca y est. Rue Sancho de Avila. Des gens bien habillés malgré la chaleur accablante. De grosses cylindrées noires et grises. Des escaliers de marbre et  un bandeau majestueux sur le haut du bâtiment : TANATORI SANCHO DE AVILA. Une longue voiture noire, magistrale, silencieuse et décorée de mille fleurs fraîches qui sort lentement du parking. Maman, c'est celle-là que je veux !  J'avais bien lu sur le plan : Museu  de Carrosses Funebres. Et rien d'indiqué dans aucun des guides touristiques consultés. Musée de Carrosses funèbres ou Musée des corbillards ? Mais tu sais, ça n'existe pas ces voitures-là en petites autos. On n'en trouve pas. Et puis, les enfants ne jouent pas avec ça, c'est triste. Je rentre dans le bâtiment : rien. On me dit, c'est à gauche, en sortant, à l'angle de la rue. J'y vais, rien. Je refais le tour du bloc de maisons et me retrouve au même endroit. Entre temps un type était sorti et fumait un clope sur les marches. Services informatiques des Pompes funèbres ! Rigolo, sympatique, trop content de pouvoir parler français. Lui, il sait. Le musée existe bien, gigantesque, enfoui dans les sous-sols. La visite est individuelle, guidée et commentée par le gardien PROSEGUR de l'immeuble entièrement dédié aux services chargés de la gestion de la mort. Trousseau de clés imposant, ascenseur qui descend, descend et descend encore. Serrure que l'on ouvre, couloirs. Claquement des pas.  Porte. Autre serrure. Il fait frais dans les sous-sols. La porte s'ouvre sur une grande béance noire. Attendez-moi ici. Clac, clac, clac : les lumières éclairent une par une les différentes zones d'un espace immense où sont alignés d'impressionnants équipages noirs ou blancs, automobiles ou tractés par des chevaux. Plusieurs siècles de véhicules tous destinés au transport de celles et ceux qui ont décidé de s'endormir définitivement. La charge émotionnelle est forte et la dimension spectaculaire verse dans la démesure. Et le sacré qui s'incarne dans la  mécanique...

C'est ainsi qu'on enterrait les morts à Barcelone. Le musée n'a, paraît-il, aucun équivalent au monde. Les carrosses blancs étaient utilisés pour les enfants et les jeunes filles. On voit également différents types de voitures d'accompagnement comme celle de la veuve qui est un écrin noir, totalement opaque et lugubre. Des photographies  ainsi que des objets rituels utilisés pour ces cérémonies complètent la visite.


Maman, tu m'en achèteras une quand ça existera ? .

J'ai pris conscience d'une chose : je me retourne toujours avec émerveillement sur ces carrosses funèbres, qu'on appelle vulgairement corbillards, lorsque j'en croise un sur mon chemin.
 
 

Busy Line

 
 
Services Funéraires de Barcelone
c/ Sancho de Avila, 2
08018 - Barcelone

www.sfbsa.es
 
 
 
Extrait sonore : Busy Line, Rose Murphy, 1948
 

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