Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 07:00
LE PRINCIPE D'incertitude, MAMCO, Genève

Le Principe d'incertitude est un très beau titre d'exposition. Une élégance, de la retenue et beaucoup d'ambition à la fois. La notion de principe suppose une pensée, suggère un détachement, et sans doute une rigueur. Le principe est en outre en accord avec une morale...
Six expositions monographiques sont présentées ensemble au MAMCO de Genève actuellement et ceci jusqu'au 27 septembre. Des œuvres de Thomas Bayrle, Denis Castellas, Stéphane Dafflon, Deimantas Narkevicius et Nina Childress sont installées dans ce  lieu important de l'art contemporain où l'accueil est toujours ausi agréable. Beaucoup de choses intéressantes chez chacun de ces artistes, néanmoins je souhaiterais m'arrêter sur la dernière citée : Nina Childress qui produit un travail fort, captivant, un travail qui interroge le médium. Ce qui est présenté n'est pas une rétrospective, mais des pièces essentielles sont là.
Il s'agit de peinture et d'installation. Nina Childress déclare vouloir «réussir à inventer une peinture à la fois conceptuelle et idiote». Si la peinture est idiote, c'est bien au sens premier : une peinture d'une extrême singularité. Une peinture étonnante tant par sa façon de faire,  par les thèmes abordés que par sa manière de l'installer. L'artiste semble être ivre de peinture. L'activité est débordante, généreuse. Son itinéraire lui aussi est singulier puisque, très jeune, elle va être confrontée à la double influence du réalisme et de la peinture abstraite. Dans les années 80 elle rejoindra le groupe Les Frères Ripoulin (Claude Closky, Pierre Huyghe, etc.).
           



           
Cette tension produite par deux manières opposées d'envisager la peinture sera directement perceptible dans les antagonismes présents dans son travail, dans sa façon d'interroger le medium en utilisant, par exemple,  des effets singeant  les filtres auquels on a recours dans l'utilisation de logiciels de traitement de l'image (le blur, par exemple, soit le flou de Photoshop), ou bien en introduisant un "faux" graphisme de type bande dessinée,  en mimant les "coups de flash" des mauvaises photographies, ou bien encore en traitant ses figures peintes à la manière des images cinématographiques en relief (détours décalés verts ou rouges).
           



           
Le lieu qu'elle occupe est soigneusement pris en compte dans la disposition et l'organisation des tableaux. Parfois la cellule d'exposition est repeinte d'une peinture qui n'est pas "un fond" mais qui agit de manière active en écho à ce que l'on voit sur les toiles.
           

Deux intérêts majeurs de l'artiste sont mis en valeur dans cette exposition : l'opéra et la littérature, et ceci à travers deux figures de femmes exceptionnelles, la cantatrice australienne Marjorie Lawrence qui dut mettre sa carrière  entre parenthèses pour cause de polyomiélite et Simone de Beauvoir. L'espace consacré à Marjorie Lawrence est une cellule tapissée d'immenses peintures brossées très largement sur du kraft collé sur l'ensemble des parois. Lumière et son participent à cette installation (un clic pour voir la vidéo, à gauche). La soprano est représentée  costumée, sur scène. On peut reconnaître les figures célèbres de Mme Butterfly, de Carmen, etc. mais on  voit également la cantatrice elle-même sur une chaise roulante, ce qui est une façon extrêmement inhabituelle de montrer une artiste -dont l'outil est le corps-  en situation d'exercer son métier tout en exposant sa fragilité.
           

L'installation intitulée «Tombeau de Simone de Beauvoir» est un lieu fabriqué tout autour de la figure si marquée de la célèbre femme de lettres. Celles et ceux  qui ont vu les photos ainsi que les films documentaires d'époque et qui sont habitués au mode de vie de Simone de Beauvoir se régalent des clin d'œils de Nina Childress . En premier lieu,  l'artiste a décoré l'endroit d'un papier peint au motif de l'un des chemisiers de l'écrivain. Plusieurs toiles sont accrochées au mur : certaines soigneusement exécutées en grisaille, selon une technique accomplie, d'autres en  quasi  bad painting.
           



           
Ensuite, certains objets se détachent comme les cigarettes sans filtre de taille démesurée, envahissantes et déposées au sol comme un bûcher. Puis, au sol encore, le double liseré rouge certi d'un  noir des publications de la NRF qui circule autour de la pièce, s'affiche comme une évidence (à piétiner ?). La peinture froissée jetée par terre,  fait peu de cas des images. On reconnaît des représentations connues de photos d'elle (nue, devant le lavabo). Et puis encore, des portraits inquiétants, désespérés aux couleurs tristes, des autoportraits "à la manière de Beauvoir". Et enfin la «barre noire», évocation de la mort pour l'écrivain. Tout ça est à la fois fort et non dénué d'humour.
           



           
Peinture «à la fois conceptuelle et idiote» ? En tout cas, peinture active.
           
           
           
           
 

  LE PRINCIPE D'incertitude

  MAMCO

  Musée d'art moderne et contemporain
  10, rue des Vieux-Grenadiers
  CH-1205 Genève
  Suisse

  jusqu'au 27 septembre 2009

  www.mamco.ch  
     

www.ninachildress.com

      
           
           
           

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Par espace-holbein
Retour à l'accueil

attraper les mouches

sommeil comptable

Octobre 2014
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

zêtes les derniers

fumier

insupportable

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés