| "Voyage(s) en utopie, Jean-Luc Godard, 1946-2006" à la recherche d'un théorème perdu. Centre Georges Pompidou 11 mai - 14 août 2006 | |
| Ce Godard, toujours teigneux. L'expo ? Ni fait, ni à faire. Tout est dans l'état : scotch, marqueurs en vrac, parquet arraché, tuyauterie déboulonnée, fils électriques apparents ; pas le temps pour les cartels, lit défait, etc. On voit même des traces écrites sur le mur de l'ancienne expo William Klein. |
| Godard, je t'aime ! Justement, une expo qui a coûté deux fois le budget de l'expo William Klein : 500 000 euros. Une expo qui a rendu fous et continue à rendre fous les organisateurs qui ne savent plus comment réactualiser les papiers distribués à l'entrée (explications) tant l'expo change de jour en jour. Je vous dis pas : y a tellement de bruit dans cette enfoirée d'expo qu'ils ont été obligés de mettre un rideau gris, épais, à larges lamelles à l'entrée à cause des employés qui vérifient les entrées et qui pétaient les plombs : il y était pas avant, j'en suis sûr ! J'avais visité seul et j'avais rien compris une première fois. Ca m'avait rappelé l'époque où j'étais étudiant et je sortais de ses films abasourdi. Rien compris. Pourquoi ça tombe sur moi ? je me disais. Et j'y retournais. J'allais voir le suivant. Ca m'a toujours agacé de rien comprendre. Je voyais bien que je trouvais ça beau, quand même. Godard, je t'aime. Le ciné à Godard, je continue à trouver ça beau. Par contre, Godard, c'est pas un plasticien : petites maquettes à deux balles, symbolisme en 3 D à la louche (voir la maquette de Sarajevo avec les trois palissades, etc.). Côté bricolage, vraiment bricolage. Ben, justement les TROIS palissades, voilà : si vous y allez à l'expo Godard ayez une chose en tête (au moins une seule), le chiffre trois. Tout est par trois. Notamment l'histoire des trois religions qu'on retrouve aux quatre coins de l'expo. C'est une piste (sérieuse). Mais n'y allez pas. Vous serez déçus. C'est une expo qui est faite pour être déçus. Godard : je t'aime ! Alors j'y suis retourné. Et vraiment, j'ai pas eu de bol : inscrit que j'étais dans une petite balade commentée (on était 7, c'est tout vous dire; ouais, 7, c'est tout vous dire, je vous le redis !). Et le type qui racontait (déjà, il avait du mal, vu le bruit ambiant, il était obligé de gueuler) : c'était celui qui était censé former les conférenciers ! Donc, une somme, ce type. Un érudit de Godard. Et c'est lui qu'a vraiment pas eu de bol, j'essplique : il nous raconte qu'il a suivi l'expo depuis le début, projet, maquettes, montage et mise en place avec JLG lui-même (oui, lui-même). Et bien, il a essayé de lui poser des questions pour préparer ses conférenciers. L'autre ? Pimbèche, il traversait les salles sans lui répondre ! Tout le boulot, il a été obligé de se le coller, l'érudit de Godard. Exemple : quand il avait découvert d'où venait le photogramme que Môssieur Godard avait collé sur un panneau (après des nuits entières à revisionner des trucs introuvables), hop, on changeait d'image ou de film ! L'horreur ! Ce que je t'aime Godard. Le plus beau : on lui commande dix petits films à JLG, pour mettre dans l'expo. Lui, avec tout l'argent qu'il a gagné pour faire l'expo, il en fait un. Ouais, un seul. Il refourgue d'anciens trucs, de la repique à lui, remontés, etc, pour arriver à dix. Les autres c'est pipi de chat ; y'en a un, justement, qui est un film à chier qu'il a piqué à sa femme Anne-Marie et qui montre son chat (à Anne-Marie) en train d'écouter de la musique ! Anne-Marie, elle l'aime Godard (comme moi). Godard, il est fait pour être detesté. C'est pour ça que moi, je l'aime Godard. C'est vrai que je l'aime. Les gens dans l'expo, ça les énerve (même en dehors de l'expo, d'ailleurs). Il fait pas dans la pédagogie Godard. C'est un artiste. Un artiste agaçant. Un artiste d'attitude. Jean-Luc Godard : je t'aime. | |
| photo : site G.Pompidou | |
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