Mardi 17 mars 2009 2 17 /03 /Mars /2009 09:33
Sophie Ristelhueber au Jeu de Paume  
Sophie Ristelhueber est une artiste dont j'ai rencontré le nom lorsque j'ai découvert le film San Clemente de Raymond Depardon. San Clemente, c'est «L'ïle aux fous», au large de Venise. Ce film, sorti en 1982 montre le quotidien d'individus emprisonnés dans leur folie dans un hôpital psychiatrique qui va être détruit. C'était un film fort, impressionnant et bouleversant. Sophie Ristelhueber l'avait réalisé avec Raymond Depardon.
Je crois qu'au même moment l'artiste est partie à Beyrouth. Plutôt que d'y faire des reportages sur la guerre, elle a pris des photographies des stigmates de la guerre. (comme cette photo ci-dessous, à droite). Pour la première fois quelqu'un montrait , en les isolant, des bâtiments défigurés avec un tel acharnement que l'imaginaire devenait plus puissant, peut-être , que le simple comptage des victimes anonymes de la guerre. Aucune présence humaine. Une série d'une trentaine d'images de cette série en noir et blanc est présentée dans l'exposition.

           
Le procédé qui consiste a dissocier l'événement de ses conséquences, des traces qu'il a produites reste fort. L'artiste y aura à nouveau recours en 2001 lorsque, pour rendre compte des désastres de la guerre d'Irak, elle ne montrera de son voyage que des photos d'une palmeraie calcinée. Cet effet de dissociation est encore présent ici dans la confrontation que le visiteur peut faire de ces deux photographies (à gauche Every One, 1994 et à droite Beyrouth, 1994).  
           
Sophie Ristelhueber va  en effet emprunter à un univers radicalement différent (les patients d'un hôpital parisien) l'image de corps fraîchement opérés et recousus qu'elle va présenter en très grand format (2.70m), au milieu de ses photographies de paysages lointains. Aucun commentaire. Les traces d'agressions et de blessures, les stigmates, sont hyper-présents dans les deux situations. L'apport extérieur, le corps étranger, va nous aider à mieux voir, mieux comprendre, et surtout mieux sentir, un peu comme l'ont fait plus récemment Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dans leur film Je veux voir.  Sophie Ristelhueber va à la fois jouer la dissociation et établir des correspondances entre les paysages et les corps, les paysages et les visages. Les distorsions de formats, les changements d'échelles, les points de vue  (trop) proches ou (trop) lointains vont renforcer cette hybridation entre les corps et les lieux unis dans la souffrance.
           

           
Fatigues montrera des confrontations d'échelles (ci-dessus à gauche). Dans la vidéo, on verra l'artiste qui marche sur d'immenses tirages posés au sol. Ici, la peau suturée sur laquelle on  voit encore les empreintes du sparadrap, donne l'impression que l'artiste déambule dans un paysage. Les blessures du paysage réel (photos centrales, Fait et WB) seront confrontées, dans l'imaginaire du visiteur, à des prises de vues de l'univers familial (Vulaines, à droite) : des recadrages de photos anciennes qui jouxtent des photos  prises à hauteur d'enfant. Beaucoup de suggestions dans ces confrontations d'images et dans ces accrochages.
           
La série Eleven Blowups que j'avais vue in situ à Arles en 2006 est à nouveau présentée dans l'exposition du Jeu de Paume. Le travail de création d'images à partir de documents d'agences  est particulièrement intéressant.
           

 Sophie Ristelhueber, qui a une formation littéraire, a un parcours d'artiste utilisant des médiums en relation aux images. Néanmoins, les figures rhétoriques sont toujours présentes dans les objets qu'elle montre. Il s'agit d'une œuvre amplement métaphorique. Les cicatrices du paysage sont aussi celles du corps. Et ces cicatrices visibles sont aussi des métaphores de quelque chose de vraisemblablement plus profond.
   un clic pour voir la video du Jeu de Paume
     
           
           
           
Sophie Ristelhueber
20 janvier-22mars 2009
Jeu de Paume
1, place de la Concorde, 75008, Paris


         
           

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