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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 08:50
    Quinta del  Sordo

« Mais comment représenter le ciel et la terre sans la présence d'un être, sur terre, sous le ciel ?

Et Goya lui-même, peut-être, n'aurait su dire si ce qui a surgi au creux de la vague sombre, une tête, la tête d'un chien noir, fut d'abord une tache, une vague forme, une forme vague ; ou s'il eut le dessein de ce chien, dont on ne voit qu'à demi la tête. (...)

Nous sommes touchés par ce chien comme il nous arrive de l'être par un poème de Michaux, un lambeau de parole, un chiffon déchiré de parole comme accroché à un fil  barbelé, dans un vent sale, un lieu de ruine, la nue détresse d'être au monde et de trouver dans la faible force de le dire   une espèce de consolation, de repos dans le malheur. Qui aurait pu voir ainsi ce chien avant nous, cette peinture, à peine une peinture, et qui pour nous est la peinture même ? Est-ce parce que nous avons appris à nous perdre, à noyer notre regard, dans les Nymphéas de Monet, notre peinture chinoise ; l'évanescence, le reflet d'un jardin dans l'eau, mais d'un jardin qui n'est qu'un songe de jardin, un sommeil enfoui dans les arcs-en-ciel ? Est-ce qu'après Monet est venu Rothko et qu'une étendue de couleur sur la toile, rien que cette étendue, nous dit comme rien d'autre, notre sentiment indicible d'être au monde ? »

  


Claude-Henri Rocquet
GOYA, biographie
Éditions Buchet/Chastel
Paris, 2008
p 151,152

   
   
illustration : Le Chien (Peintures noires) Musée du Prado, Madrid  
   
   
   

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commentaires

Lyliana 04/12/2008 12:21

J'ai tout de suite pensé au Moine au bord de la mer de C. D. Friedrichhttp://www.universalis.fr/media-encyclopedie/87/PH00M011/encyclopedie/Moine_au_bord_de_la_mer_C_D_Friedrich.htm mais le sujet, ici, il fallait encore plus l'oser... un simple chien nous donne-t-il à voir, encore que partiellement , pour nous renvoyer toute l'humilité de notre condition... effectivement qu'a vu le spectateur du début du XIXème ? 

laurence 03/12/2008 22:07

j'ai vu ce livre dans une librairie ce matin, mais je ne l'ai pas acheté. finalement, à la lecture du texte choisi, je le regrette déjà...

attraper les mouches

Fumier