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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 09:45
Emil Nolde au Grand Palais

Emil Nolde est né en 1867 à la fontière avec le Danemark. Il est allemand, et peintre.

Le 20 juillet 1937 s'ouvre une grande exposition à Munich intitulée « Entartete Kunst », l’« Art dégénéré ». Cette exposition tourne dans de nombreuses villes allemandes. 48 peintures d'Emil Nolde y sont présentées.
1941 : l'interdiction totale de peindre lui est imposée par la Chambre des Beaux-arts du Reich. « Unmöglich », impossible, dira  Hitler en découvrant des aquarelles de Nolde dans le bureau de Goebbels.
La campagne nazie de l'été 1937  contre l’« Art dégénéré » avait fait du peintre l'artiste le plus représenté des bannis du régime. Le 20 mars 1939, plusieurs oeuvres de Nolde figurent parmi les 5000 pièces brûlées par les nazis à Berlin.
           


Page du  catalogue de l'exposition Entartete Kunst montrant une œuvre de Nolde, 1937.      
       
Nolde, peintre maudit, peintre martyr du régime ? Les choses sont loin d'être aussi claires. En effet, le 15 septembre 1934 : Nolde intègre la « coopérative National Socialiste du Schleswig du Nord » (National-Sozialistische Arbeitsgemeinschaft Nordschleswig) qui    fusionne un an plus tard avec le Parti National Socialiste du Schleswig du Nord (NSDAPN).
Emil Nolde est l'un des premiers à rallier le régime nazi, régime qui le persécutera quelques années plus tard en lui interdisant toute activité artistique. Emil Nolde reste un cas exemplaire de complexité et de  confusion idéologique.
           

           
Ses peintures religieuses sont peut-être ce qu'il a créé de plus fort pour lui, ou plutôt le lieu de son engagement le plus total. Ce polyptyque, «la vie du Christ», teinté de primitivisme, il le peindra à la suite d'une opération d'un cancer de l'estomac qui faillit bien mettre fin à sa vie et toute sa peinture sera empreinte de mysticisme et d'exaltation. Nous voyons ces neufs panneaux présentés dans l'exposition actuelle de manière magistrale. Cette œuvre tenait un rôle important également dans l'exposition de 1937 de Munich ; elle figurait à côté d'un énorme commentaire écrit directement sur le mur  : «Des barbouilleurs psychopathes et des juifs affairistes ont fait passer des peintures monstrueuses, des pamphlets sculptés, pour des manifestations de la religiosité allemande et en ont tiré de l'argent
           

           
Nolde pensait incarner véritablement l'esprit allemand et nourrissait néanmoins une méfiance vive à l'égard des comportements cultivés, ce qui l'a écarté rapidement du groupe Die Brücke en 1907. Il se dépeind volontiers comme un rustre. Ses comportements font apparaître les contradictions d'un homme tourmenté qui traverse une période historique également tourmentée. Convaincu que «la sociabilité est l'ennemie la plus dangereuse du peintre», il finira par se ranger parmi les uniformes les plus bruns. Pourtant, vingt-et-un ans plus tôt, en automne 1913 Emil Nolde était invité par l’office colonial du Reich à participer à une expédition médicale et démographique en Nouvelle-Guinée. Et suite à ce voyage, Nolde exprimera les méfaits du colonialisme et valorisera l'homme primitif : « Tout l’enthousiasme qu’inspirent aux Européens la mission et le progrès matériel ne peuvent faire oublier le fait qu’ils sont surtout aveugles à ce qu’il y a de plus précieux (…) Les hommes primitifs vivent dans leur nature, ils ne font qu’un avec elle et sont une partie du cosmos tout entier. J’ai parfois le sentiment qu’eux seuls sont encore de véritables hommes, et nous quelque chose comme des poupées articulées, déformées, artificielles et pleines de morgue ». Cette perception d'une situation qu'il constate sur place, liée à son approche artistique et émotionnelle du monde, va nourrir son œuvre : les représentations du théâtre des origines à travers les figures des «primitifs» vont se développer et envahir ses toiles. Ces hommes et ces femmes de l'autre côté des mers sont des  corps peints, des corps en mouvement, des corps qui dansent. Les tableaux de danseuses de Nolde, intensément bruyants, habités, échevelés, hurlant de couleurs et de déformations, installent un imaginaire qui va faire son chemin. Emil Nolde se lia d'amitié avec Mary Wigman, danseuse visionnaire extraordinaire de l'époque. On ne saurait trop insister sur l'influence de l'Expressionnisme et de sa composante primitiviste sur la danse moderne.
           


Mary Wigman      
           
Chez Emil Nolde, comme chez les expressionnistes de la première époque, l'emprise singulière du monde primitif  reste forte.  Philippe Dagen écrit dans le catalogue : «L’intérêt de Nolde pour l’Asie et les Mers du Sud, loin d’être exceptionnel, s’inscrit dans un contexte politique et culturel largement partagé en Allemagne et, au-delà, en Occident au début du vingtième siècle et sa passion pour les « primitifs », comme celui des autres membres du groupe Die Brücke, naît dans les galeries d’ethnographie d’Allemagne en raison même de leurs enrichissements constants et de la circulation accélérée d’objets en provenance de ces régions lointaines. Mais cette passion est liée à la condamnation du monde moderne et de son action et à la conviction que l’autre monde, l’antérieur, l’originel, disparaît inéluctablement : au mieux, il est à l’agonie.»
           


           
En 1907, c'est la première exposition du groupe Die Brücke à Dresde. Die Brücke (Le Pont) est considérée comme l'une des premières manifestations de l'Expressionnisme. Cette même année, Nolde quitte le groupe. Il n'a fait qu'y passer. Nolde nourrit un sentiment religieux mais c'est d'abord un mystique et ce sentiment d'exaltation émotive intense, il va l'exercer par rapport à la Nature ; ce qui va le rapprocher, un temps, des expressionnistes historiques. Le traitement  des couleurs  - violentes, extraverties- , des contrastes - amplifiés, poussés à l'extrême - , celui des compositions, vont  lui donner une légitimité au sein de cette nébuleuse expressionniste qui continue à  résister à toute définition tant les différences et les contradictions sont marquées d'un artiste à l'autre jusques et y compris chez un même artiste.
           
Cette exposition du Grand Palais nous donne l'occasion de voir rassemblées les œuvres d'un peintre extrêmement doué et impressionnant d'audace dans le maniement de la couleur. Les xylographies des années de Die Brücke se révèlent tout aussi impressionnantes.
Il est dommage que cette exposition n'ait pas bénéficié, semble-t-il, des crédits suffisants à un accrochage qui soit à la hauteur des qualités de cet artiste. Le parti-pris scénographique consistant à utiliser du bois brut largement veiné, à l'instar des caisses ayant servi à tailler les matrices des gravures sur bois de l'époque de l'Expressionnisme, se révèle inapproprié. Les structures de présentation des œuvres en volume utilisant ce même aggloméré sont à mon avis désastreuses. La force de la peinture résiste, fort heureusement.


           
           
Quelques très belles gravures sur bois et autres travaux en N/B : galerie Henze & Ketterer
           
           
           
           
           

Emil Nolde

(1867-1956)

Galeries nationales du Grand Palais

du 25.09.08 au 19.01.09

           
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

Lucie 19/11/2008 00:31

Ce peintre est fascinant. Et votre blog très intéressant!

coming soonn 09/11/2008 00:07

j'ai hâte de pouvoir la voir!

attraper les mouches

Fumier