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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 16:33
 Le portrait de la Renaissance, el Prado
Une somptueuse exposition au Prado, à Madrid, traite du portrait  à la Renaissance : son émergence, son évolution, sa constitution comme genre, etc.  Les œuvres (environ cent trente peintures, sculptures, médailles, dessins et gravures) qui constituent le corpus de cette exposition, ainsi que les conditions de présentation, sont exceptionnelles. C'est une véritable fête pour les yeux, les sens et l'intelligence. Les plus grands, qu'il s'agisse de Memling, Van Eyck, Raphaël, Dürer, Piero della Francesca, Holbein, Titien ou d'autres sont présents. Mais, pour le besoin de certaines idées developpées au cours de la visite, des choix plus inhabituels sont faits.
Les œuvres présentes couvrent une période qui s'étale sur deux siècles (1400-1600). Les origines du portrait sont différentes mais le fait de décider de représenter un visage correspond évidemment à une nécessité  : la médaille (et le profil qu'on y voit) en est un exemple et l'on comprend pourquoi, au delà des problèmes de commodité, les premiers portraits sont  généralement des représentations de côté.
           



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Ce qui est passionnant est de voir l'évolution du portrait  et  comment il va progressivement acquérir une autonomie.  Dans un premier temps, les portraits devaient rentrer dans les coffres et étaient de petite taille. Ils représentaient des puissants : des princes, des seigneurs, des aristocrates, etc. Puis les riches marchands, les artisans d'élite mais également les savants, ou d'autres, ayant une certaine notoriété, ont tenu à se faire représenter à leur tour et il fallut pour les premiers trouver des moyens de se distinguer des seconds. Et c'est là que les peintres de génie vont montrer leur savoir et vont déployer leur capacité d'invention dans une course à la sophistication qui va organiser le portrait comme un genre à part entière. Le format du portrait va donc s'agrandir, va, conséquemment, devenir de plus en plus décoratif et des mises en scène individuelles seront imaginées : on exécutera des portraits en pied de certains princes, des portraits assis pour les plus puissants ou les ecclésiastiques, ou encore à cheval ou en armure pour les guerriers    
           


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Le portrait va ensuite devoir témoigner d'allégeances diverses ou tout simplement constituer un acte d'amitié ou d'amour. Les états de l'âme devront s'y lire et transiteront par des symboles distribués sur les costumes, les attributs ou bien encore dans les paysages ou les lieux où est installé le commanditaire. La sophistication déployée par les peintres sera sans limite ; les allusions et jeux de mots visuels relèveront de la plus grande invention. Un exemple concerne le Portrait de la Dame avec écureuil (3) d'Holbein : un jeu de mots subtil concerne la figure de l'étourneau représenté à gauche dans le tableau ("a starling", un étourneau, qui est phonétiquement proche de "East Harling", lieu d'habitation de la dame peinte).
           
Il est très stimulant de voir des œuvres, issues de collections différentes, être rapprochées comme ce fameux portrait que fit Domenico Ghirlandaio d'un riche florentin (2) que nous avons l'habitude de rencontrer au Louvre et une représentation du même homme (portrait posthume), du Nationalmuseum de Stockholm (7), qui est un dessin ayant appartenu à Vasari et que j'ai découvert ici. Ces deux états du portrait d'un même homme enrichissent la réflexion que l'on peut nourrir sur les motivations d'un peintre à représenter un individu qui présente une disgrâce essentielle, ce rhinophyma qui affole une image de la Renaissance, si soumise et sensible à la perfection des formes .
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L'exposition est composée de sept sections :
1.Entre Flandres et Italie. Origine et évolution du portrait.
2.Amour, mariage, famille, amitié. Occupations.
3.L'autoportrait
4.La réalisation du portrait
5.Les limites du portrait
6.La diffusion du portrait
7.Le portrait d'État

Et ce dessin d'enfant, ce portrait en pied, est-ce une blague ? Fait-il bien partie de l'exposition ? Oui. Et il y a un grand plaisir à croiser des surprises au sein de cette concentration d'objets d'art magistraux : il s'agit d'un détail d'une
toile * de Giovanni Francesco Caroto, un peintre de Vérone du XVIe siècle qui a représenté un enfant montrant un dessin qu'il a  fait et qui est vraisemblablement un autoportrait.  Dans le cadre d'une telle exposition, ce tableau, même s'il n'atteind pas la qualité des œuvres qui l'entourent, fait preuve d'une véritable pertinence en ce qu'il désigne son sujet de manière directe et dérisoire sous les traits d'une production enfantine.
La maîtrise, si essentielle pour la Renaissance est ainsi reléguée, de manière amusée, au rang de l'accessoire. Cette mise en abîme, à la fois dans le tableau et dans une exposition se proposant de nous faire participer à la réflexion sur le portrait ne peut qu'être appréciée.
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Une exposition à voir absolument et qui sera montrée à la National Gallery à Londres, en octobre 2008, sous une forme et avec un contenu vraisemblablement un peu différents.
           
           






*La reproduction dans le catalogue (au demeurant d'un grande qualité, en espagnol et un peu en anglais) présente un cadrage qui rogne malheureusement un peu le tableau dans sa partie gauche, et c'est dommage.












Détail des œuvres (choix personnels à partir de reproductions empruntées au catalogue) :

1.Albrecht Dürer, Autoportrait, 1498, Madrid, Musée du Prado.
2.Domenico Ghirlandaio, Portrait d'un vieillard et d'un jeune garçon, 1490, Paris, Musée du Louvre.
3.Hans Holbein le jeune, La Dame à l'écureuil, 1526/28, Londres, National Gallery.
4.Piero della Francesca, Sigismon Pandolfo Malatesta, 1450/51, Paris, Musée du Louvre.
5.Antonello da Messina, Portrait d'homme, 1472/75, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.
6.Hans Memling, Homme avec une médaille de Néron, 1475, Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten.
7.
Domenico Ghirlandaio, Tête de vieillard, 1490, Stockholm, Nationalmuseum.
8.Giovanni Francesco Caroto, Garçon tenant un dessin d'enfant (détail), 1515, Vérone, Musée de Castelvecchio.












           

Le portrait de la Renaissance

Musée du Prado, 23, calle Ruiz de Alarcon, Madrid.
Jusqu'au 7 septembre 2008.


http://www.museodelprado.es/
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

espace-holbein 13/09/2008 17:37

Vrai.

ap 03/09/2008 22:23

Que de belles choses! (pense-t-il jaloux). Trait pour trait, retracés vers nous, comme ils sont proches et comme tout cela semble si lointain dans l'horizon contemporain.

attraper les mouches

Fumier