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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 13:26
Présence Panchounette*, CAPC Bordeaux
Présence Panchounette
1, rue de la Vache, Bordeaux
Panchounette, remember ? Nan, t'étais trop petit. Moi aussi, remarque. Mauvais goût. Consternant. C'est souvent moche, mal fait, inachevé.« En un mot : merdique». Nés après 68, ils s'autodétruisent 22 ans après.
C'était les derniers indiens de l'art. Tu lis
ici, tu vas vite comprendre. Très bien vu.  Au CAPC, ils ont fait dans la nostalgie : les Panchounette, In Memoriam. Mais c'est pas les Panchounette qu'ils montrent au CAPC, c'est des artistes animés d'un certain état d'esprit. Et c'est  un festival, un festival de l'esprit «chounette».
       
       
Alors, l'esprit «chounette», c'est quoi ?  Dans l'argot bordelais, là, faut tout de suite que tu saches,  «chounette» c'est le minou, le sexe féminin, quoi ; et quand ça devient un adjectif, c'est mimi, c'est ce qu'on trouve mignon, joli... « Et pour nous, tout ce qui a une valeur esthétique, plus affective que transcendantale. » Attention : « Ne pas confondre avec le "kitsch"» rappelle Jean-Paul Mari dans l'article en lien, plus haut.
Arnaud LABELLE-ROJOUX, qui continue à tenir le flambeau (sans être Panchounette
® pour autant), en donne une idée de ces fouteurs de merde, post-situ, ces branleurs comme se définissaient :

«Présence Panchounette appartient à la catégorie des poseurs de bombes exigeants «trop honnêtes pour être polis» (comme disait Scutenaire), ou plutôt trop «chounettes pour être complaisants» . On ne les remerciera jamais assez d'avoir distillé durant les années 80 un acide sucré aux vertus explosives sans barbouiller leur existence d'un pseudo-engagement militant. Présence Panchounette n'a pas dilapidé son capital d'incorrection durant les vingt ans ou plus de son existence, fougue, brio verbal, œuvres plastiques insolentes, ayant toujours été au rendez-vous. Qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? Ont-ils fait des adeptes ? Ces questions importent peu, leur nom mystérieux enrubanné de pittoresque local indéfinissable suffisant à confondre les fouineurs trop curieux.»

Arnaud LABELLE-ROJOUX
L'Acte pour l'art,
Éditions Al Dante, 2004, pp 619-620

   
       
       
Des adeptes ? Sans aucun doute. Dans toute l'expo tu vas retrouver, à travers les épigones ou les «cousins» de Panchounette, cet état d'esprit que le CAPC aura eu soin de sérier (quand même) en définissant plusieurs cellules  intitulées : l'Hyper, les Loisirs, le Temple, l'Hôpital, le Jardin, le Théâtre, les News,  et l'État civil une classification tentant de rassembler des boulots d'artistes œuvrant dans le même sens...

Choix arbitraires :
       



Là, je résiste pas : je te montre les quatre Murakami (en fait cinq, mais l'autre est plus BD). Tu notes le mur merdique derrière, à la taloche, façon crépi (mal) lissé : clin d'œil au papier fausse pierre apparente de Panchounette ; et aussi le fil électrique qui cavale approximativement le long du mur.
Pour Présence Panchounette ce qui est décoratif, tout fait ou manuf(r)acturé peut entrer dans le champ de l'art mais dans un désordre irruptif ou une giclée de mauvais goût. La question du goût (bon ou mauvais) les a intéressés. Les objets sont rois. Rois de foutre le bordel. Bric à brac de l'incongruité, bricolages de potaches, prises d'otage de l'esprit «art moderne» et brouillages culturels assurés.
   
   
Là, c'est du soigné : superbe installation d'Armleder (ou de Haim Steinbach, je sais plus) et un des cochons tatoués de Wim Delvoye (il y en a plusieurs dans l'expo ; voir aussi celui en début d'article :«T'as d'beaux zyeux, tu sais...»). Toujours des correspondances d'objets improbables ou carrément impossibles à concevoir. Un choc pour la raison (ou pour le bon goût).
   
   
Ici, tu te marres : Charlier et ses phallus façon longs-couteaux de l'art (contemporain) : tu noteras particulièrement Toroni, Gilbert & George ou Christo.
   


Ah les zanimaux ! En voilà d'autres (enfin, si on veut). Daniel Spoerri (on dépoussière le lion) et Javier Tellez et  "La Lettre volée" (c'est ce qu'on voit et ce que ne voit pas, en même temps. Des panneaux de SDF ont été récupérés et servent à fabriquer des petites niches pour les oiseaux. Abris précaires faits sur les sept faces de ces panneaux manuscrits : œuvre politique ?)
       
       
Toujours des zob-jets : le paravent/rape à fromage de Mona Hatoum (œuvre politique, là aussi ? On se cache, on s'y frotte et ça fait mal) ; avec «chute libre» de Daniel Firman, une citation catastrophe et marrante d'une œuvre de Bertrand Lavier ; le sacré de prisunic avec Tarrop & Glabel (tu vois aussi un Closky connu, derrière) et puis encore des zanimaux avec le chien empaillé de Parreno (vu au MAMCO pour la première fois, il y a pas mal d'années déjà, et toujours aussi  impressionnant).
       

 
       
Alors là, c'est tout à fait étonnant.Il s'agit d'une sculpture/peinture de Kaz Oshiro. Lavier avait fait ses sculptures de peinture mais ce truc, ça va bien plus loin : tu regardes la sculpture sur socle  (à gauche) et tu identifies un ready made (un four à micro-ondes avec traces dégueulasses de dégoulinures dessus). Quoi de neuf ? Tu passes derrière et tu t'aperçois que c'est une peinture sur toile(s). Cet objet est à la fois une sculpture d'un réalisme sophistiqué et une peinture véritable. La sixième face du bloc a été laissée vide afin de comtempler le boulot de l'artiste (à droite).
       
       
Ce que tu vois à gauche c'est la partie qu'ils appellent le Jardin dans l'expo avec des toiles au mur de Christian Babou (sa série "Grand standing") et puis, juste devant, le salon avec les chaises en plastique c'est une œuvre d'Étienne Bossut et je te raconte dans le prochain post un truc hallucinant qui s'est passé devant moi au sujet de cette œuvre (sois patient, j'arrive ; spécial dédicace : Étienne Bossut).
La visite de l'expo, je te la finis sur un beau voyage, celui du sommeil (éveillé ou qui fait semblant ?) : les chats somnambules de Séchas (
Séchas et ses chats, Séchas et ses chats, Séchas et ses chats, repeat, please...). Tu cliques sur l'image et là tu les vois s'agiter dans leur sommeil. Bonne nuit !
       

 

       
Au fait, j'y pense, je t'ai pas dit pourquoi ça s'appelle Less is less, more is more, that's all, l'expo ?
Je te cite la plaquette de l'exposition : «Si le modernisme pour élever l'âme et transformer l'homme avait fait le pari de dire «moins» pour signifier «plus», en 1973, Présence Panchounette renversera l'oxymore la plus célèbre de l'art du 20e siècle pour en faire un banal pléonasme».
       
       
* à noter : parallèlement à l'expo, présentation d'œuvres de Présence Panchounette dans quatorze lieux différents de la ville de Bordeaux.
       
       








Less is less, more is more, that's all.

jusqu'au 14 septembre 2008

CAPC
musée d'art contemporain
Entrepôt Lainé, 7 rue Ferrère 33000 Bordeaux

       

     

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

espace-holbein 18/07/2008 11:02

Ouais, c’est le bazar ! Mais quel bazar…     Ça décoiffe.J’ai beaucoup de considération pour Présence Panchounette.Leur acte initial (pas évoqué dans le post) : pour se lancer, ils avaient simulé un accident de mobylette : une mob éclatée, gisant dans une immense flaque de sang (de bœuf) dans un caniveau à Bordeaux. C’est du « mauvais » goût. Ça a fait du bruit (si j’ose dire). Tout leur travail a été à l’avenant :  secouer  le cocotier, montrer  l’enlisement du système, les compromissions ; mais toujours de manière extrêmement drôle.Quand ils ont eu du succès, ils se sont retirés. Il faut lire les bouquins d’ Emmanuel ROUX (un des fondateurs de PP) : rapports marrants entre boxe et art contemporain (il a été champion de France de boxe, catégorie amateur !).Bien vu pour Récamier.Pour le four, c’est une œuvre vraiment étonnante. Ma phrase pouvait prêter à confusion : le foure n’est pas de Lavier mais de Kaz Oshiro (j’ai remis la référence en début de phrase).Bien vu également sur Bossut et son « non ».C’est vrai que cette  réponse de Picasso à l’ambassadeur allemand en France (Otto Abetz) est fameuse. Je sais plus où on en trouve l’origine (dans quel bouquin ?. Éviter, bien évidemment, de faire le moindre rapprochement entre les deux situations : ça n’a RIEN à voir !

ap 14/07/2008 23:20

Merci pour cette visite, de bouche à oreille, du grand déballage
de ce Bazar (Mince ! ça s’écrit
comment déjà?) où je n'aurais pas eu le courage de me rendre.La sculpture avec trois trombones à coulisses (l’étroit tronc bonne à cou lisse) me
semble être un hommage ricochet à la Récamier de David en passant par Magritte,
ou l’inverse en passant par Ingres… Je crois que je préfère les peintures ceci
étant.
 
Mais je voulais surtout revenir sur le four de Lavier qui,
finalement, est peut-être, malgré tout le mal que je pense de ce faiseur, le
seul objet qui traduise le mieux (dans ce qui est présenté - à part justement
le salon de jardin de Bossut dont l’article suivant parle -) le simulacre. Car il
ne s’agit pas me semble-t-il de peinture sur toile imitant l’aspect d’un four en
3 D (pas un trompe l’œil) mais bien d’un vrai four (petit) tapissé du dedans
par des châssis dont les coulisses (sans trombonne) laissent croire que le
dedans dévoile le dehors, alors qu’il n’en est rien.
Au passage, la réflexion de E. Bossut, dans l’autre article  (C'est vous qui avez fait ça ?», « Non. Mais, ne vous inquiétez pas : je m'en vais...») me rappelle celle que Picasso fit, en 1937, à un
officier Allemand qui lui demandait si il était l’auteur de Guernica.

attraper les mouches

Fumier