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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 07:42
   

Pierrick Sorin, Enghien-les-bains
Pierrick Sorin ou Le Laboratoire d'un film idéal illusoire
           
           
Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise.

           
La présentation des travaux récents de Pierrick Sorin destinés à cette exposition d'Enghien-les-bains prend la forme de panneaux de contreplaqué léger, vissés aux murs, sur lesquels sont scotchés grossièrement des feuilles imprimées de textes ou de photographies, ou bien encore d'images scannées de dessins de l'artiste. Le papier adhésif sous l'effet de la chaleur et du temps qui passe a naturellement tendance à se décoller par endroit et  des épingles sont donc enfoncées aux quatre coins des documents. Enfin, quelques indications manuscrites - de la main de l'artiste-  sont rajoutées directement sur le bois laissé brut.
Ces panneaux juxtaposés sont alignés sur deux murs face à face. L'ensemble, d'une esthétique résolument "trash", décrit une partie du parcours relativement récent de Pierrick Sorin. Les panneaux sont datés et placés dans l'ordre chronologique. On peut y repérer des phases connues et d'autres que l'on découvre et qui sont censées alimenter ce fameux "film idéal illusoire".
Les illustrations présentées ici résultent d'une sélection. Les panneaux sont en effet nettement plus nombreux. Il semble qu'on ait demandé à l'artiste de raconter son parcours récent, comment certaines de ses œuvres sont apparues, et dans quelles circonstances. Mais ne nous y trompons pas, Pierrick Sorin ne se borne pas ici à produire un CV illustré. Ce qui fait l'intérêt de ce corpus c'est la différence de statut de chacun de ces documents installés dans une chaîne imperturbable.
           
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Cette chaîne d'événements artistiques au sein de laquelle la vie quotidienne intervient de façon généreuse débute en septembre 2006 (1). Sorin, apprend-on doit travailler sur la mise en scène d'un opéra. Il se défend immédiatement d'aimer l'opéra et déclare qu'il n'a «aucune culture musicale». D'emblée, le ton est donné : on fait appel à un artiste qui prétend ne pas aimer ce qu'il doit faire et qui, de surcroit, est le moins qualifié du monde pour exécuter la commande. Ceci relève d'une posture d'artiste et non d'une pratique professionnelle mettant en œuvre des compétences comme cela se faisait couramment au XIXème siècle.
Et ceci débouche sur deux conséquences prévisibles : un ratage (où sont les compétences attendues, les savoir-faire nécessaires à l'assurance de la réussite d'une œuvre de qualité ?) et en second lieu, et compte tenu de l'attitude dégagée, voire provocatrice, à un détachement de l'artiste, à sa non-implication. Et c'est l'inverse qui se produit : le succès est retentissant et, comble de la bizarrerie, on se rend compte que Pierrick Sorin est loin de rester froid (son corps est atteint d'un eczéma dû au stress et il nous confie : «Pour la première fois je vois mon story-board devenir réalité.  C'est magique,
c'est beau. Ça marche. Ma gorge se serre, mes yeux sont un peu humides. Je comprends que la partie est gagnée. Problèmes divers et des petits renoncements ont été transcendés par l'énergie collective.»(sic,3)
Il est l'artiste qui donne l'impression d'être ailleurs, l'artiste qui bricole, ne se prend pas au sérieux mais également celui pour qui (de manière fautive ?) souhaite ardemment produire des œuvres importantes, des œuvres qui lui procureraient la reconnaissance.

           
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Si la planche 3 est bien documentaire et fait donc référence à un moment réel et objectif de la vie artistique de Pierrick Sorin, il en va autrement pour d'autres étapes racontées ici dans lesquelles on verra un Pierrick Sorin déguisé mimant des individus qu'il a croisés et qui lui inspirent des personnages qu'il va installer dans ce continuum (10 et 11 : le touriste qui visite la Bretagne ou  5 : l'agent d'assurance, tel un Séraphin Lampion,  qui vient l'importuner et lui fait perdre deux heures). L'image joue sur les codes, la mise en scène, le décor stéréotypé (y compris l'œuvre d'art dans le paysage au second plan : on y reconnaît le bateau mou d'Erwin Wurm présenté dans le cadre de la 1ère Biennale d'art contemporain à Nantes, l'an passé).
Au passage, notons la prédilection de Pierrick Sorin pour  la présence ou le clin d'œil à l'œuvre d'art
dans ses productions (que ce soit peinture, sculpture, préoccupation théorique, etc.). La photographie du sèche-cheveux à la chaussette (7) ou encore celle de la lampe aux chaussettes (en haut de page) en est sont deux exemples : dans le premier cas, jeu sur la création d'une sculpture contemporaine utilisant l'association de matériaux ridicules, et dans le second, un jeu sur l'objet "design", référence à Fischili & Weiss, nouvelle photographie à l'esthétique "cheap" ? Ceci est une constante et s'explique dans le rapport très ambivalent de Sorin à la notoriété (d'artiste) signalé plus haut. Une part artistique qui ne peut pas se résoudre à s'assumer totalement. Il est significatif que le mot "œuvre d'art", - lorsqu'il évoque une de ses productions- ou  "démarche artistique" soient placés entre guillemets dans les textes placardés sur ces contreplaqués.
 
 
 
«Se déclarer artiste et l'assumer est-il si prétentieux ou si difficile à assumer ?»
 



 
Pierrick Sorin : la suite -et la fin-  demain (peut-être... )







           
Le site du Centre des arts :http://www.cda95.com/       

Le site de Pierrick Sorin :
http://www.pierricksorin.com/    
           
           
           

Pierrick Sorin

Laboratoire d'un film idéal illusoire,
jusqu’au 29 juin,
Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération, Enghien-les-Bains (95).
 


 
photographies de l'auteur excepté celle du titre : C'est mignon tout ça, (1993), vidéo monobande,  Perrick Sorin
           

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