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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 15:52
   

Pierrick Sorin, Enghien-les-bains
Pierrick Sorin ou Le Laboratoire d'un film idéal illusoire
           
           
Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise.

           
Le dispositif de l'œuvre intéresse particulièrement Pierrick Sorin. Lorsqu'il débute, plus de deux décennies de vidéastes l'ont précédé. C'est dans les années 1960 et 1970 que des artistes ont exploré intensément tout ce qui relevait du dispositif dans le champ de l'art vidéo. Et ceci  avec une étonnante inventivité.
Sorin va être le digne héritier de ces pratiques et inventera de nouvelles combinaisons intégrant ses vidéos, en faisant appel à d'autres champs, ceci visant à créer chez le spectateur -parfois acteur de ses œuvres-  quelque chose de l'ordre de l'expérience. Les domaines sollicités par Pierrick Sorin seront  le cinéma, le théâtre  (voir ce qu'il appelle les «théâtres optiques»), la maquette, la sculpture,  l'architecture ou l'espace de vie en général, mais aussi tout ce qui est relatif au son et à la musique (et pas exclusivement le son enregistré de la bande vidéo), la surveillance, etc. Ces dispositifs sont destinés à obtenir certains effets générateurs d'expériences singulières chez le spectateur.
Ce qui frappe chez Pierrick Sorin c'est l'écart qui existe entre la complexité des constructions de ses dispositifs et la pauvreté affichée -et revendiquée- des situations qui sont présentées. Le dispositif, répétons-le, est complexe, sophistiqué (on lui a même reproché d'être alambiqué) mais  les événements qu'il organise et prend en charge sont dérisoires ou insignifiants : un bol renversé, un coup de pied aux fesses, un trousseau de clés égaré, ou encore quelqu'un qui gênerait en se plaçant devant un tableau comme dans l'œuvre qui suit :
           
1
2
3 4
5
6






La Belle Peinture est derrière nous, 1989, (ci-dessus)
Dispositif vidéo avec caméra et bande enregistrée (ainsi qu'une "vraie" peinture)

Le visiteur qui participe involontairement à l'œuvre est pris à partie par l'artiste «Poussez vous ! je suis en train de regarder la belle peinture qui est derrière vous...». Une peinture de mauvais goût (6) se trouve effectivement derrière lui.
Le visiteur sera filmé et lorsqu'il regardera dans le cylindre (1), il se verra face à Pierrick Sorin (3, 4, 5) dans la même position que la sienne et traité à égalité en noir et blanc. Et là, cette confrontation produira un effet troublant d'échange avec l'artiste qui l'interpelle. (L'illustration 2 est un petit croquis préparatoire de la main de P.Sorin décrivant le dispositif).
La contingence du corps joue ici à plein. Alors qu'on voit la tête de Pierrick Sorin en médaillon (par l'œilleton), ce n'est exceptionnellement pas le corps de l'artiste qui gêne mais celui du spectateur.
Le corps est évidemment central dans l'œuvre de Pierrick Sorin. Mais ce corps est traité comme un objet, une pièce parmi d'autres au sein de l'architecture complexe du dispositif des œuvres : il est très souvent réduit à la taille de petites poupées qui sont habillées
ou dénudées, déguisées, maquillées. Le corps se voit projeté, multiplié, dédoublé ou découpé, souillé. La matière dont il est fait est objectivement inconsistante malgré l'embarras d'exister. Ces corps projetés  dans les fameux «théâtres optiques» sont bien des objets qu'il manipule : il les appelle d'ailleurs les «petits Sorins».
 

Dans les pièces les plus récentes comme Le photographe inspiré, (2008), la complexité du dispositif va être maintenue mais elle va s'enrichir d'une approche moins immédiate, moins  claire à interprêter. Vraisemblablement, une plus grande richesse.
Le texte introductif de cette pièce (à gauche) procède de manière intuitive et cette œuvre naît d'un croisement entre un théâtre  optique
existant, "143 positions érotiques",  et la demande qui lui est faite de témoigner de cette œuvre par une série de prises de vues. (clic sur l'image : attention fichier lourd, 4,4 Mo )
 Le temps passé pour rendre compte de cette œuvre et la difficulté qui existe de la photographier (à cause des reflets) produira une autre œuvre intégrant la première et qui conservera et mettra en scène les étapes d'un travail qui devait être, dans un premier temps, purement documentaire. D'où une installation constituée de plusieurs éléments mis en abîme : le petit Sorin en couleurs  prenant les positions du Kamasutra en compagnie d'un polochon, les représentations (en noir et blanc) d'un même petit Sorin tout nu, en arrière plan, exécutant une pseudo-chorégraphie et le photographe (Pierrick Sorin lui-même) en train de photographier cette œuvre et en butte aux difficultés techniques. Mais ces difficultés sont transformées en un nouvel objet artistique : « Très vite l'idée m'est venue de jouer avec mon propre reflet : j'ai pris quelques clichés où le petit Sorin se superposait...»

Donc une œuvre peut-être plus ouverte se profilant à l'horizon du Sorin nouveau...



«Bon, alors comment gérer son narcissisme ? Les artistes sont-ils avantagés ? »

Pierrick Sorin : la suite demain (peut-être... )







           
Le site du Centre des arts :http://www.cda95.com/       

Le site de Pierrick Sorin :
http://www.pierricksorin.com/    
           
           
           

Pierrick Sorin

Laboratoire d'un film idéal illusoire,
jusqu’au 29 juin,
Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération, Enghien-les-Bains (95).
 

 
 
Á titre illustratif, photographies et captures vidéo de l'auteur excepté photographie du titre : C'est mignon tout ça, (1993), vidéo monobande,  Perrick Sorin
Le Photographe inspiré, (2008) vidéo de Pierrick Sorin (voir site)
La photographie 2 est extraite de l'ouvrage de Pierre Giquel, Pierrick Sorin, publié chez Hazan (1994), p 31
 
           

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