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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 07:36
   

Pierrick Sorin, Enghien-les-bains
Pierrick Sorin ou Le Laboratoire d'un film idéal illusoire
           
           
Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise.
           
           
Enghien-les-bains. Je ne connais pas grand chose à cette ville. Je sais juste qu’il y a un lac, un casino et que la population vote à droite. J’expose au Centre des arts. L’exposition donne lieu à l’édition d’un ouvrage d’une centaine de pages, largement illustré, pour lequel je dois rédiger des textes sur ma « démarche artistique ». Je parle donc de ma pratique systématique de l’auto-filmage. A ce sujet, j’éprouve le besoin de me défendre contre d’éventuelles accusations de narcissisme. Je cite : «La démarche peut sembler égocentrique. Que, fondamentalement, elle le soit ou non, m’importe assez peu. C’est le résultat qui compte. Si le sens et l’esthétique excèdent tout sentiment d’amour-propre, l’étroitesse nombriliste est écartée». Tiens, cette phrase me donne une idée : j’arrête d’écrire. Je me désape et projette une image de mon visage sur mon ventre, la bouche calée à l’endroit du nombril que j’écarte de mes doigts. Illustration littérale de  «l’étroitesse nombriliste écartée ». Je n’avais pas pensé que mes poils pubiens me feraient une si belle toison pectorale… Cette création nouvelle, au moins, ne m’aura pas pris trop de temps. 
     
Pierrick Sorin
extrait d'un panneau exposé dans le cadre de l'exposition
           
           
           

   
Pierrick Sorin, interview. Video : Christine Barbe
L'étroitesse nombriliste écartée
   
   
Sorin touche à tout. Sorin c'est une désinvolture. Un qui est solidement installé dans l'enfance. Une façon de traverser un burlesque américain. Une manière catastrophique de gérer sa vie (enfin, apparemment). Un type avec un vocabulaire approximatif, une parole hésitante. Un air pas réveillé. C'est celui qui endosse la figure de l'idiot. C'est le fabricant de petites catastrophes. Un fatigué. Quelqu'un de banal, tout ce qu'il y a de plus banal. C'est un bricoleur, une sorte de Méliès qui fabrique des petits théâtres optiques permettant de créer des mises en scène miniatures où évoluent des petits personnages ayant l'aspect d'hologrammes. Et ces personnages qui gigotent, gesticulent, se ridiculisent sont des petits Sorins ; en mâle, en femelle, habillés, déguisés ou à poil. Les Sorins, petits ou grands, on les voit partout et tout le temps dans toutes ses vidéos et ses installations..
           
           


















Il a commencé son activité de vidéaste (cinéaste ?) avec une caméra  super 8, en mettant en scène un suicide, à quatorze ans. A montré ses photos qui n'ont pas eu trop de succés puis a proposé une petite série sans prétention, Réveils, en 1988,   qui a été le révélateur de son activité et ce fut quasiment le début de ce qu'il appelle les autofilmages : le type se filme tous les matins au moment de son réveil. Il est fatigué, la bouche pâteuse. Il se promet de se coucher tôt. Le côté trash et glauque de l'ambiance de la chambre, la lumière blafarde, l'élocution hasardeuse et l'effet répétitif du montage où quasiment chaque plan commence par la phrase rituelle «Ce soir, faut que j'me couche tôt» font mouche. Drôle. Extrêmement drôle...

Ce qui est fascinant  dans cette pièce à l'allure bancale c'est la précision et l'efficacité d'un dispositif qui est décrit soigneusement dès le début de la vidéo et appliqué de manière très rigoureuse dans ce film comportant vingt-huit plans :«Janvier 1988, la caméra est installée près du lit pour l'autofilmage. Je serai cadré en plan rapproché poitrine. Réglage, mise au point, exposition. Boîte de radio en position Marche branchée solidairement avec les lampes : 1500watts sur un programmeur de tension. Micro disposé à la tête du lit a pour fonction la télécommande de la caméra. Déclenchement du programmeur réglé selon les jours entre 7 et 8 heures du matin».
           
Son quotidien, il le met en scène de façon burlesque. Même s'il est extrêmement critique par rapport à l'art contemporain, (on le verra dans une pièce intitulée «Nantes, projets d'artistes »), il ne perd pas de vue les arts plastiques.  Et Sorin nourrit une certaine ambition :« Ma véritable envie a peut-être toujours été de faire un film », explique-t-il et les projets pour ce "film" il en présente des bouts qu'il  installe  au Centre des Arts d’Enghien-les-Bains jusqu’au 29 juin. C'est le «Laboratoire d’un film illusoire » intitulé "film idéal", rayé. Cette pièce dont il rêve (mais y croit-t-il vraiment ?), ce long métrage , il voit mal comment le réaliser. Donc, il se contente de présenter  des textes scotchés, racontant son quotidien, des  photographies (certaines documentaires, d'autres "pseudo-documentaires" où il se met en scène déguisé comme un touriste en Bretagne ou un employé d'assurance) et des installations vidéos (certaines connues, d'autres récentes) qui sont autant de matériaux pour la réflexion.

«Quel est le film que je veux faire ? ». C'est bien ce qu'il dit dans la vidéo de Christine Barbe.
 
 
 
 
Pierrick Sorin : la suite demain (peut-être...)







           
Le site du Centre des arts :http://www.cda95.com/       

Le site de Pierrick Sorin :
http://www.pierricksorin.com/    
           
           
           

Pierrick Sorin

Laboratoire d'un film idéal illusoire,
jusqu’au 29 juin,
Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération, Enghien-les-Bains (95).
 



 
photographies de l'auteur (notamment détails de captures d'écran) excepté celle du titre : C'est mignon tout ça, (1993), vidéo monobande,  Perrick Sorin
Interview réalisée par
Christine Barbe
Les Réveils, vidéo de Pierrick Sorin (voir site)
           

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