| De la mouche au lapin en passant par le papillon |
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Soit un peintre, Piero : Piero l'excentrique. Piero di Cosimo aime l'écart, le jeu. Il peint Mars et
Vénus mais il parodie surtout une élégante version du même thème que
Sandro Botticelli avait peinte une dizaine d'années plus tôt. Un joli papillon est posé sur la jambe de Vénus (ou sur la peinture de Piero -les ailes sont dans le plan du tableau- ?). C'est à Vasari qu'appartient ce tableau. Et Vasari, en le décrivant, commet deux erreurs : «...près d'un bouquet de myrtes, Cupidon a peur d'un lapin». Daniel Arasse dans un texte intitulé Piero di Cosimo, l'excentrique repère ces erreurs : |
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L'erreur est double en effet. Cupidon n'est pas «près d'un bouquet de myrtes», mais tout contre la taille et le ventre
de Vénus, sa mère, qui l'enveloppe de son bras gauche. Cupidon n'a nullement peur du lapin qui est à côté de lui : de sa main gauche, il lui touche le museau tandis que sa main droite
indique Mars endormi et que son regard (interrogateur ? impatient ? ) est levé vers Vénus. |
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...et en analyse le contexte et les raisons : |
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Or ce lapin avait été, en lui-même, le lieu d'une élaboration précise, à la fois ludique et scabreuse. Très
traditionnellement, le lapin est un symbole de l'appétit sexuel et, à ce titre, il peut être considéré comme un attribut de Vénus tout à fait adapté ici à la situation de la déesse qui,
les yeux bien ouverts, attend le réveil d'un Mars profondément endormi. Il y a plus : tel que l'a peint Piero, ce lapin est anormalement grand et cette taille excessive est une
bizarrerie manifeste du tableau. C'est que, comme dans un rébus, elle donne figure à un jeu de mots grivois fondé sur le nom latin de l'animal, cuniculus. Sa terminaison évoque le suffixe diminutif latin bien connu -culus et le cuniculus passe ainsi facilement pour un «petit cunus». Ce dernier terme n'existe pas mais il évoque par consonnance le
cunnus, le sexe féminin.Tel que l'a peint donc Piero di Cosimo, ce cuniculus est trop grand pour mériter un
diminutif ; c'est bien une figure (déplacée) du cunnus vénusien, que ne saurait combler un Mars épuisé.
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Daniel ARASSE Le Sujet dans le Tableau Flammarion, Paris, 1997 pp.49-50 |
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Ce qui est amusant est que Daniel Arasse épingle deux erreurs dans le texte de Vasari et, pour des raisons que
j'ignore, en commet deux autres à son tour en inversant dans sa description les gestes de Cupidon... |
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illustration : Piero di COSIMO Mars et Venus 1490 panneau de peuplier, 65 x 183 cm Gemäldegalerie, Berlin illustration : Sandro BOTTICELLI Venus et Mars 1483 Tempera sur bois, 69 x 173,5 cm National Gallery, Londres |
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