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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 16:50
De la mouche au lapin en passant par le papillon
 
Soit un peintre, Piero : Piero l'excentrique. Piero di Cosimo aime l'écart, le jeu. Il peint  Mars et Vénus mais il parodie surtout une élégante version du même thème que Sandro  Botticelli avait peinte une dizaine d'années plus tôt. Un joli papillon est posé sur la jambe  de Vénus (ou sur la peinture de Piero -les ailes sont dans le plan du tableau- ?).

C'est à Vasari qu'appartient ce tableau. Et Vasari, en le décrivant, commet deux erreurs : «...près d'un bouquet de myrtes, Cupidon a peur d'un lapin». Daniel Arasse dans un texte intitulé Piero di Cosimo, l'excentrique repère ces erreurs :
 
 
L'erreur est double en effet. Cupidon n'est pas «près d'un bouquet de myrtes», mais tout contre la taille et le ventre de Vénus, sa mère, qui l'enveloppe de son bras gauche. Cupidon n'a nullement peur du lapin qui est à côté de lui : de sa main gauche, il lui touche le museau tandis que sa main droite indique Mars endormi et que son regard (interrogateur ? impatient ? ) est levé vers Vénus.

...et en analyse le contexte et les raisons :

Or ce lapin avait été, en lui-même, le lieu d'une élaboration précise, à la fois ludique et scabreuse. Très traditionnellement, le lapin est un symbole de l'appétit sexuel et, à ce titre, il peut être considéré comme un attribut de Vénus tout à fait adapté ici à la situation de la déesse qui, les yeux bien ouverts, attend le réveil d'un Mars profondément endormi. Il y a plus : tel que l'a peint Piero, ce lapin est anormalement grand et cette taille excessive est une bizarrerie manifeste du tableau. C'est que, comme dans un rébus, elle donne figure à un jeu de mots grivois fondé sur le nom latin de l'animal, cuniculus. Sa terminaison évoque le suffixe diminutif latin bien connu -culus et le cuniculus passe ainsi facilement pour un «petit cunus». Ce dernier terme n'existe pas mais il évoque par consonnance le cunnus, le sexe féminin.Tel que l'a peint donc Piero di Cosimo, ce cuniculus est trop grand pour mériter un diminutif ; c'est bien une figure (déplacée) du cunnus vénusien, que ne saurait combler un Mars épuisé.

Daniel ARASSE
Le Sujet dans le Tableau
 Flammarion, Paris, 1997
pp.49-50
 


Ce qui est amusant est que Daniel Arasse épingle deux erreurs dans le texte de Vasari et,  pour des raisons que j'ignore, en commet deux autres à son tour en inversant dans sa description les gestes de Cupidon...
 
 

 


illustration : Piero di COSIMO
Mars et Venus
1490
panneau de peuplier, 65 x 183 cm
Gemäldegalerie, Berlin

illustration : Sandro BOTTICELLI
Venus et Mars
1483
Tempera sur bois, 69 x 173,5 cm
National Gallery, Londres
 

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