Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 18:00
  Sophie Calle, je prends soin de vous...
«J'ai rencontré des gens qui sont nés aveugles. Qui n'ont jamais vu. Je leur ai demandé quelle est pour eux l'image de la beauté». Dans "The Blind" (Les aveugles) Sophie Calle expose ensemble le portrait de l'aveugle, le texte de sa réponse et la photographie fidèle des objets ou des scènes qu'ils évoquent, leur prêtant ainsi son propre regard.

Ici, le protocole, comme dans "
Prenez soin de vous" consiste à passer par l'autre pour tenter d'élucider des questions personnelles, des questions essentielles (la vue dans un cas ou la relation d'amour dans l'autre) des choses qui relèvent de l'insondable, du mystère. 
     

Le mystère recèle sa part de terreur. Pour celles et ceux comme moi qui accordent au regard une valeur si importante dans leur relation au monde ,  Sophie Calle est quelqu'un d'important car je constate que les dispositifs qu'elle a su mettre en place continuent à me concerner après tant d'années.
   
Dans cette série, l'aveugle dit son émotion esthétique. L'artiste a posé la question à dix-huit aveugles. Ici, l'une par ce qu'on lui a dit du spectacle  à son balcon, face à la montagne*, l'autre grâce au toucher du corps et du visage de l'homme qu'elle aime.
Peut-on parler de beauté ? Sophie Calle pose très finement la question de la définition de la beauté : quelle est la différence entre voir et savoir ? Le voir ne constitue-t-il pas un parasitage dans cette vaine tentative de définition ? (définition improbable, y compris et surtout pour ceux qui voient).
Et puis la beauté peut-elle exister sans les mots pour la dire ?

Sophie Calle, vous qui prenez ces chemins détournés pour parler des choses essentielles, je ferai tout ce que je peux  pour prendre soin de vous afin que vous puissiez continuer à le faire...
   






*texte de la 1ère œuvre : «Ce paysage  de mon balcon en Haute-Savoie est ce qu'il y a de plus beau. Il provoque chez moi une grande émotion esthétique. C'est ici que je m'assieds pour  contempler et  faire le vide. Pour regarder le temps passer. La beauté c'est l'harmonie. Ma mère m'a empêché de me servir du toucher. Elle avait l'habitude de dire : "Ne touche pas, tu fais penser vraiment à une aveugle" La seule "chose" que j'ai pû réellement toucher ça été un homme. C'était vaguement rugueux. Il était costaud, vigoureux et portait la moustache. Il s'appelait Gilbert. Il y avait une harmonie secrète des proportions chez lui. Je pense qu'il était  très beau (handsome)...Je n'ai conservé aucune photo de lui.»
     






llustration 1 :Sophie Calle The Blind (la vue de mon balcon) 1986, collection Lhoist
illustration2 :
: ©Sophie Calle, Les Aveugles, photographie couleur, photographie noir & blanc, texte. Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, extrait de la revue DITS, numéro 7, p 52


     

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