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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 07:08
       Georges Rousse à la Maison Européenne de la Photographie
Tour d'un Monde

 
Tour d'un monde, c'est le titre d'une  très belle exposition de Georges Rousse,  à la MEP, que l'on pourrait appeler, sans aucune équivoque, une rétrospective. Tout y est montré, jusqu'aux travaux les plus récents.
Pour qui n'aurait pas encore la chance de connaître le travail de cet artiste , il suffit de cliquer sur l'image de gauche* et, comme par enchantement, tout s'expliquera sans aucun recours à la moindre explication...
Rousse est modeste et son Tour d'un monde n'est pas le Tour du monde. Mais le monde est rond, non?  Comme ici.
Le monde de Georges Rousse est un monde fascinant et un monde rendu complexe.

Pour qui n'aurait pas encore la chance de connaître le travail de cet artiste... J'aimerais être encore parmi ceux-là. En effet, je reste toujours émerveillé par ce qu'il produit et ce qu'il m'a fait découvrir, il y a des années maintenant. La magie fonctionne toujours, même s'il s'agit, d'une certaine manière d'un procédé connu depuis longtemps : l'anamorphose. L'exemple le plus fameux est évidemment mis en œuvre de façon magistrale par Hans Holbein le jeune dans son tableau "Les ambassadeurs", datant de 1533, tableau exceptionnel que l'on peut admirer à la National Gallery à Londres (ci-dessous).
           
 



 

           
La forme languissante au centre et en bas de ce tableau qui représente deux personnages importants de l'époque n'est à priori pas identifiable. Il faut utiliser son regard de manière rasante et progressivement le crâne apparaît. Hans Holbein crée une des plus belles anamorphoses de l'histoire de la peinture.
D'autres, au cours du temps et jusqu'à nos jours, firent jouer cette magie qui fonctionne sur l'illusion et les habitudes liées à notre façon de regarder le monde. Jan Dibbets a fait une série célèbre qu'il a intitulée, dans les années soixante-dix, Perspective corrections (extrait en haut à droite). Le carré séparé en quatre parties égales au centre de cet espace n'est évidemment pas un carré. Un trapèze évasé dans la partie haute a été représenté au sol. La perspective créée par l'œil (et par extension par l'objectif photographique) redresse les lignes latérales et décrit des parallèles. La conséquence est qu'une forme carrée apparaît et  semble être dessinée sur le tirage photographique, dans un plan parallèle à ce tirage.
           
 
  

   Rüsselsheim    Bercy
  Metz
Georges Rousse est quelqu'un qui, en mettant à profit les effets souvent spectaculaires de l'anamorphose, va s'en servir comme d'une composante en investissant pleinement l'espace. C'est je crois ce qui l'anime au début de sa carrière. Il raconte en effet dans une vidéo présentée à la MEP, qu'étant d'une famille de militaires, il fréquentait, enfant, des lieux détruits, dégradés, des lieux abandonnés et que cette magie du lieu ruiné l'a habité. Et effectivement, sa pratique artistique a consisté à s'approprier des espaces abandonnés voués à la destruction et à y intervenir .
           
 
 
 
Durham Project
  Durham Project   Durham Project



Et le monde deviendra son terrain de jeu...Zones industrielles, hangars désaffectés, bureaux, parkings  sous terrains, halls d'immeubles, ruines contemporaines, etc. Rousse s'imprègne de ces espaces, vient avec sa chambre photographique, regarde la grille du dépoli sous le drap noir, fait des repéres sur le sol, les murs, les meubles et les plafonds. Un travail long, précis. La peinture est étalée. Parfois (plus récemment) des structures de bois sont ajoutées pour accentuer la complexité de cette re-création d'un lieu qui a vécu une autre vie, autrefois. L'exposition est remplie de ces lieux transformés par l'artiste. Une salle noire a été créée pour la circonstance et montre sur un de ses murs des centaines de projections d'images de ces espaces à travers le monde.
           
 


Durham Project
Dravert Fondation Salomon
           
Georges Rousse va enregistrer ces changements qu'il aura mis tant de temps à produire. Il en fera des prises de vue photographiques grand format. Ces espaces sont souvent détruits après le travail de l'artiste (sauf lorsqu'il s'agit de commandes). Ces architectures pré-existantes font partie de son travail. Elles sont beaucoup plus que des supports. Le temps de la photographie est un temps court. Celui qui a permis les conditions de cette prise est long, souvent répétitif, fatigant physiquement, fastidieux. Et puis, n'oublions pas le temps du concepteur. Toutes ces composantes font que l'artiste Georges Rousse n'est  ni architecte, ni peintre, ni ouvrier, ni photographe mais tout ça à la fois.
 



         
           
* Durham Project

- une présentation du travail de l'artiste par le site galerie-photo.com
-le
Durham Project (Caroline du Nord)
-Georges Rousse au Musée Réattu, à
Arles, en 2006
-un
entretien avec Georges Rousse sur le site revoirfoto.com     
           
           
Georges ROUSSE
Tour d'un Monde
Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy 75004 Paris

 
9 avril - 8 juin 2008
           
           
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

rene chab 08/11/2011 10:50



en reprendant une partie  de votre article  et y ajoutant mes  reflexions  personnelles, visibles  sur eklablog



espace-holbein 06/05/2008 16:43

C'est vrai qu'on peut se lasser mais le fait de l'expérimenter physiquement est intéressant, sans doute émotionnellement, d'ailleurs (compte tenu de l'espace  dans lequel on s'inscrit physiquement soi-même au moment où l'on regarde, et surtout au moment de la coïncidence avec les effets de l'anamorphose). Georges Rousse, au fil du temps, rend le processus de plus en plus complexe en faisant notamment intervenir d'abord les miroirs, ensuite les découpes dans les sols, la rigidité des murs puis en construisant des éléments qu'il va intégrer.Pour ce qui concerne la "répétition" dans une œuvre, c'est Boltanski qui disait : "on fait toujours le même voyage ; on se répète, on se répète..."Effectivement, exposition prévue à Reims ("la Salle d'attente) :http://lasalledattente.over-blog.com/article-17511045.html

ap 05/05/2008 18:43

Après Barbier, Rousse, au bohneur...
Ce qui est dit plus haut, sur le processus répétitif
de G.Rousse est vrai, mais pourquoi bouder son plaisir *? L’expérience de
la rencontre avec ce travail reste forte... Et puis, je me souviens, c'était hier, des tous
premiers travaux de Rousse dans les 80, où des personnages peints planaient et
dégringolaient des murs au milieu des détritus de squats abandonnés…
Bon, mais ceci étant, je ne connais pas Domenico Piola, donc je vais essayer de me renseigner.

J’en profite pour signaler que bientôt
à Reims(date non encore arrêtée), la
salle d'attente annonce un autre réalisation importante de l’artiste.
---
*à qui viendrait-il l'idée de reprocher à Rubens, à Balthus à Morandi, ou à Aillaud, d'avoir toujours peint à peu près la même chose?

Clin d'Oeuvres 05/05/2008 17:21

Nouveau : venez découvrir l’émission « Clin d’œuvres », sur le portail culture de la Ville de Lyon : http://www.culture.lyon.fr/clin-oeuvres
« Clin d’œuvres » est LA nouvelle émission vidéo sur l'art à Lyon. En deux minutes, des petits clips mettent à nu une œuvre d’art ou d’histoire d’un des musées de la Ville de Lyon.
La première œuvre de cette série est : « Le Bizart Bazart » de Ben. 15 autres épisodes doivent suivre toutes les deux semaines.
Allez vite voir !

pop 05/05/2008 11:57

Quand je découvrais au Lycée son travail (il y a déjà plus de 10 ans!) il y avait quelque chose de magique, j'avoue m'en être lassé un peu même si l'effet visuel reste toujours troublant lorsqu'on l'expérimente physiquement. Le hasard a voulu que je passe à Rouen il y a peu, voir outre l'intervention de Varini, l'étrange tableau de Domenico Piola: Anamorphose d'après "L'Erection de la Croix" de Rubens. Il y a dans ces jeux l'intrusion troublante d'un mode de perception autre que celle perspective, comme une percution temporelle.

attraper les mouches

Fumier