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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 07:12

Gilles Barbier, Espace Claude Berri

Tu vas rue Rambuteau jusqu'au numéro 8 et là une petite plaque t'indique l'Espace Claude Berri. Tu pousses la porte qui t'introduit dans une ruelle tuyautée qui débouche sur un endroit un peu confidentiel, une sorte de poche alvéolée : le passage Saint-Avoye. C'est là.  Le lieu d'exposition que Claude Berri vient d'ouvrir. Claude Berri, cinéaste, producteur et grand collectionneur d'art contemporain. C'est un endroit qu'il a voulu pour montrer le travail des artistes qu'il aime. Et le premier qu'il a invité c'est Gilles Barbier.
Pousse la porte : une  EXPLOSITION   d'un  Gilles Barbier déchaîné t'attend.
La Méga-maquette que Gilles Barbier a élaborée depuis des années occupe tout l'espace du lieu d'exposition. Cette pièce composite, polymorphe, faite d'objets, de moulages, de peintures,de modèles réduits, de sculptures, de matières en trompe-l'œil, d'écritures, de phylactères, de rhizomes, de maquettes qui bougent fait tourner la tête à la manière de
L'Ivrogne du même Gilles Barbier, qu'on peut admirer au MAC/VAL.
Dans un entretien avec Paris-art et pour expliquer, à ses débuts, sa manière d'aborder les choses, il déclare :
...de façon très embryonnaire, j’ai voulu mettre en place une stratégie qui serait celle du jeu de l’oie. J’avais donc fait découper des plaques de verre dans lesquelles étaient inscrits divers messages qui me passaient par la tête. J’avais aussi fabriqué un petit personnage que je déplaçais chaque jour afin de savoir à quoi j’allais dépenser mon temps et mon énergie au quotidien.
C’est à partir de cet embryon de procédure que ce pion, au départ petit mannequin, est devenu un alter ego, avec sa propre vie, à l’image de ce que j’étais mais en prenant en compte l’idée qu’une fragmentation est possible, que le soi et le moi sont divisibles, adopter plusieurs stratégies de travail, aller jusque dans la contradiction sur ces effets.
La seule façon d’avancer s’est imposée à moi par le clonage de façon théorique. J’ai donc voulu mettre en place une représentation fidèle à cette idée d’«identique différent» *

           
           
Et effectivement, en circulant dans cette incroyable installation, on va retrouver tout ce que l'on connaît du  Gilles Barbier qui clone, recopie, fragmente, réplique, extrapole, miniaturise, se multiplie, se répand extraordinairement.
           




           
Les formes d'arts mineurs ou partagés (comme la BD ou la science-fiction) côtoient les pratiques et les références traditionnelles ou valorisées (la peinture, par exemple, ou des renvois à certaines figures de la philosophie).          
           

           
Tout s'organise soigneusement dans un joyeux délire qui intègre à la fois la dimension de l'excès, celle de l'imagination, du rire, de la dérision mais sans oublier la profondeur, le côté noir du monde, ce qui n'échappera  évidemment  à personne.  
           
 
  
  
           
Gilles Barbier est l'observateur du monde, le sien. Ce monde traité comme une sorte d'apocalypse ; un monde vu d'en haut ("depuis le hublot") mais dont le regard  perce jusque sous la peau.
           


           
Prolifération, jaillissements, concrétions spatiales de matières molles ou giclées, une luxuriance inouïe, les échos répétés des formes et des obsessions...
           
 

           
Le cloaque, une circulation sous terraine faite de rhizomes, des sortes d'intestins géants véhiculant humeurs du corps, trésors et bananes écrasées, comme une dérision. Une prolifération qui met tout en réseau.  Circulation des liquides. Déjections et richesses matérielles mélangées. Des égoûts de noirceur mais également de valeurs, tout en intrications.
Cette dimension du travail de Gilles Barbier n'est pas sans rappeler un pan de celui de
Fischli et Weiss concernant les trous et le cloaque et certaines pièces -comme Kanalvidéo- présentées l'an dernier au Musée d'art moderne de la ville de Paris.
           




           
Et puis, clin d'œil à Stanley Kubrick : c'est la Chambre des fromages où l'on voit d'une part les singes impressionnés par le gigantesque morceau d'emmenthal (que l'on retrouvera à plusieurs reprises dans l'œuvre de Gilles Barbier) et dans le cube rouge, la déclaration coulante -à la manière des montres molles de Dali- de l'ordinateur de 2001 :« Stop Dave, I'm afraid, my mind is going...dit HAL.» 
           
 
   
           
Et puis l'informe, le flasque, l'écrasé, les matières du corps mais avec humour : la banane qui fait chuter et le fromage qui pue... (Se rappeler l'Orgue à pets














L'emmenthal, fromage toujours, mais la nourriture en général qui va peupler les différentes pièces de l'artiste  : sur le Radeau de la Méduse (que l'artiste appelle "Le Cockpit") où l'on repère des sacs de haricots comme pour à la fois conjurer le désastre et nous faire mourir d'indigestion (comme le rescapé noir du tableau de Géricault qui mourut d'avoir trop mangé après son sauvetage...) 

C'est le spectacle que Gilles Barbier nous invite à voir "depuis le hublot"...



* entretien avec Gilles Barbier : Paris-art

Espace Claude Berri
 
Le travail de Gilles Barbier :
galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois










un clic dessous  et ça bouge...
Gilles Barbier

Le Cockpit, le vaisseau, ce que l'on voit depuis le hublot

Espace Claude Berri, 4, passage Saint-Avoye, Paris 75003

jusqu'au 10 mai 2008

           
           

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Published by espace-holbein - dans espace-holbein
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commentaires

espace-holbein 06/05/2008 16:54

Le propre de la Méga-maquette est d'être en effet proliférante...

pop 05/05/2008 12:01

il semble que la mégamaquette a été augmentée depuis la version visible à la rétrospective du carré d'art de Nimes l'année dernière...

espace-holbein 04/05/2008 11:40

Et oui, le corps donc les odeurs (même si ça doit passer par le fromage...)Barbier, c'est fort. On dit de certaines odeurs qu'elles sont fortes, non ?

ap 02/05/2008 22:33

Bravo ! Encore une fois, cet article est très, fin,
pertinent et donne envie d’aller se frotter à l’œuvre (je suis sûr que tout cela
a une odeur… Non ?  J’ajoute, juste
par boutade d’un gars du champ que : « Voilà bien le Barbier de
ces villes qui sévit en corps».

attraper les mouches

Fumier