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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 14:22
Loris Gréaud : ça n’a pas encore commencé, ou c’est déjà fini ?

 


Loris Gréaud en porte-à-faux



Au printemps 1995, un an avant de mourir du sida, le Cubain exilé Félix González-Torres s’exposait au musée Guggenheim de New York. Entre autres propositions, des affiches de paysages à emporter et des bubble gums à mâcher. Treize ans plus tard le jeune (29 ans) Loris Gréaud semble faire de même dans les grandes largeurs et hauteurs du Palais de Tokyo, qui lui a donné les clés pour y ouvrir sa «Cellar Door». Car il y a là aussi des bonbons (à 2 euros le sachet dans des distributeurs automatiques) et des écrans livides.

L’écho s’arrête là. Trop de références tuent la référence. Car, à découvrir dans l’obscurité (entre backroom et panne de secteur) tel enchevêtrement de néons, tel «spectacle d’une sculpture», tel aperçu par une meurtrière d’une salle de cinéma désolée, ou encore, en cul-de-sac, une forêt d’arbres aux troncs noircis, c’est une tempête de noms de l’art contemporain qui siffle au-dessus de nos têtes. Outre González-Torres, Pennone, Rondinone, Gonzalez-Foerster, Parreno, Merz, Huyghe, et sûrement d’autres. N’en jetez plus. Car, à ce petit jeu du «une star des années 90 est cachée dans cette œuvre, sauras-tu la retrouver ?», chacun pourrait y aller de sa propre réponse.

 

 Le recyclage et la mise en scène des référents, ce n’est pas en soi un projet idiot, mais encore faut-il que, à force d’être centrifugée, la masse des références fasse gicler une vision intempestive. Or, ici, cette organisation de la queue leu leu est telle qu’à la fin le jeune homme se la mord (la queue). Et on aura beau branler le déjà vieux concept du «déjà-vu» (cf. le texte de Géraldine Fabre dans Palais, le magazine du Palais de Tokyo), il n’en jaillit pas grand-chose non plus. Sinon un très morose «j’ai tout vu l’art conceptuel, hélas». A se demander s’il ne s’agit pas tant d’une exposition que d’un étalage, au sens grands magasins du terme, dont Loris Gréaud serait l’ensemblier. Au pire, cette vitrine aura valeur d’un bêtisier de l’art contemporain, qui fera ricaner les habituels ricaneurs ; au mieux, elle permet d’évaluer le grand écart entre deux soucis de l’art contemporain : d’un côté l’amnésie (et sa revendication), de l’autre l’hypermnésie (et son exagération).
 
Quant au très parisien débat «qui manipule qui ?», Il est vrai que, si l’on avait voulu faire exploser la cote commerciale d’un artiste, on ne s’y serait pas pris autrement. Il est non moins évident que cette surexposition pourrait carboniser celui qui s’y expose. Loris Gréaud : ça n’a pas encore commencé, ou c’est déjà fini ?


                                                                                            

 

                                                                                           Gérard Lefort

                                             
                                              QUOTIDIEN Libération : samedi 23 février 2008

Au Palais de Tokyo, les recyclages du jeune plasticien français manquent de vision.

Cellar Door de Loris Gréaud

Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, 75016. Jusqu’au 27 avril.



 
 

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commentaires

mw 11/08/2009 15:21

pour greaud la fin du debut je pense...

ap 27/02/2008 22:09

Ce n'est que le début de la fin, mais ça fait un moment que cela dure. Non?

attraper les mouches

Fumier