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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 17:44
 
  A.F.Sherman
Portraits d'Ellis Island (1905-1920)
ellis2-300.jpg La Cité nationale de l'histoire de l'immigration accueille dans son tout nouvel espace d'exposition temporaire une série de 75 photographies prises par Augustus Frederick Sherman de 1905 à 1920 dans le lieu de transit d'Ellis Island.
Ellis Island est un lieu déterminant pour les États Unis puisque c'était le lieu de passage obligatoire pour tout nouvel arrivant  en Amérique. Nombre d'artistes, tant dans le cinéma, la photographie ou la littérature se sont emparés de cet endroit fondateur de la nation américaine. Georges Perec et Robert Bober sont bien évidemment les premiers exemples venant à l'esprit avec les fameux «Récits d'Ellis Island», tout comme Lewis Hine et ses étonnants portraits, mais il y a aussi Elia Kazan ou bien encore les Marx Brothers et la mémorable scène d'un de leurs films où l'on voit Harpo en émigrant tentant de se faire passer pour Maurice Chevalier en  remontant le mécanisme d'un petit gramophone caché derrière son dos. Cet espace et sa cohorte de rituels des aspirants immigrants venus de tous les coins du monde est un lieu symboliquement fort.
  Nous voilà donc confrontés à une autre œuvre dont le décor est celui d'Ellis Island, une œuvre beaucoup moins connue que celles pré-citées. En 1892, juste après l'ouverture d'Ellis Island,  Augustus Frederick Sherman, fils d'un commerçant de Pennsylvanie, photographe amateur, entre comme employé au Bureau de l'immigration, une position privilégiée qui lui donne la possibilité d'avoir accès aux femmes et aux hommes détenus dans le centre en attendant qu'on statue sur leur sort. Pendant une vingtaine d'années il construit une œuvre photographique autour de ces migrants. Le matériau est extrêmement riche : une telle variété d'individus, d'âges, de langues, de costumes, d'origines sociales, de couleurs de peau, de comportements ne peut qu'inciter le photographe à s'interroger sur  ses modes opératoires. Quoi et qui photographier ? Pourquoi ?  Comment ? De quelle manière ?  Et puis très vite se pose la question du classement. Regrouper certains individus ? En isoler ? Dans quel décor ? Dedans, dehors ? (à l'époque et pour Sherman le matériel photographique est lourd, peu maniable, exige des contraintes de temps de pose, etc.).
Il semble que ce photographe s'inscrive malgré lui dans un nouvel usage de la photographie qui va  consister à tenter de révéler, d'identifier et de classer dans la veine et l'état d'esprit à visée anthropologique en cours dans cette seconde partie du XIXe siècle.
Ce qui est intéressant dans l'exposition est de repérer les hésitations du photographe dans sa volonté de classement, de regroupement jusqu'au délire qu'il mettra en place en rassemblant des militaires d'origines les plus variées mais visuellement semblables.
ellis3-300.jpg ellis4-300.jpg
Le costume occupe une place importante et l'on sent que Augustus Frederick Sherman a été ébloui par cette variété qui renvoie à la fois à l'identité de chacun de ces migrants mais également à l'identité de leur contrée d'origine. Ce costume est le dernier lien avec leur passé, avec leur appartenance au groupe. Ils vont s'en débarrasser au moment de rentrer en Amérique. C'est un rite de passage.
L'œuvre de
Augustus Frederick Sherman n'est pas celle de Lewis Hine. Elle est plus hésitante, sûrement plus malhabile mais est un témoignage émouvant et a l'avantage de nous faire percevoir certaines choses du fait de ces hésitations dans les dispositifs et de certaines approximations que l'on y décèle. Mais elle reste attachante. Penser à lire les commentaires et indications de l'auteur, directement sur les épreuves.
 ellis1-300.jpg  ellis5-300.jpg

Cette exposition est présentée dans cette étonnante architecture de la porte dorée où l'on pouvait admirer des collections maintenant visibles au musée du Quai Branly. Le lieu est imposant et malheureusement, j'ai l'impression que  les  photographies d'Augustus Frederick Sherman n'ont pas bien pris la mesure de l'espace qui leur était confié. C'est bien dommage car ce photographe est une découverte.

Il ne faut pas oublier de prendre le temps de regarder un film (15mn) de Meredith Monk sur Ellis Island. Ce film est diffusé dans l'exposition. Il a pour décor  Ellis Island, joue sur les rituels, met en scène les corps, a pour support sonore une bande son d'une grande qualité. C'est un très bel objet plastique qui se situe entre le documentaire et la fiction ou plutôt une sorte de recréation fictionnelle.



Augustus Frederick Sherman : Portraits d'Ellis Island (1905-1920)
du 14 novembre 2007 au 7 janvier 2008
Cité Nationale de l'Histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée
293 avenue Daumesnil
75012 Paris
   

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commentaires

espace-holbein 19/12/2007 09:51

Je vais rester très discret sur la cité nationale de l'histoire de l'immigration, c'est pas pour me défiler mais je suis allé voir l'expo d'Augustus, et pis c'est tout.Donc, si j'y retourne, je raconterai.Ah, la TV... Ils en disent des choses à la TV...

laurence 17/12/2007 23:56

sinon, c'est comment la cité nationale de l'histoire de l'immigration ? Les images (vues à la télé ;-) m'ont pas tellement donné envie d'aller voir, mais j'aimerais bien que tu dises que j'ai tort et qu'il faut y aller ... En tout cas, au moins pour cette expo, ça me tente bien !

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