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A.F.Sherman
Portraits d'Ellis Island (1905-1920) |
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La Cité nationale de l'histoire de l'immigration accueille dans son tout nouvel espace d'exposition temporaire une série de 75 photographies
prises par Augustus Frederick Sherman de 1905 à 1920 dans le lieu de transit d'Ellis Island. Ellis Island est un lieu déterminant pour les États Unis puisque c'était le lieu de passage obligatoire pour tout nouvel arrivant en Amérique. Nombre d'artistes, tant dans le cinéma, la photographie ou la littérature se sont emparés de cet endroit fondateur de la nation américaine. Georges Perec et Robert Bober sont bien évidemment les premiers exemples venant à l'esprit avec les fameux «Récits d'Ellis Island», tout comme Lewis Hine et ses étonnants portraits, mais il y a aussi Elia Kazan ou bien encore les Marx Brothers et la mémorable scène d'un de leurs films où l'on voit Harpo en émigrant tentant de se faire passer pour Maurice Chevalier en remontant le mécanisme d'un petit gramophone caché derrière son dos. Cet espace et sa cohorte de rituels des aspirants immigrants venus de tous les coins du monde est un lieu symboliquement fort. |
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Nous voilà donc confrontés à une autre œuvre dont le décor est celui d'Ellis Island, une œuvre beaucoup moins connue que celles
pré-citées. En 1892, juste après l'ouverture d'Ellis Island, Augustus
Frederick Sherman, fils d'un commerçant de Pennsylvanie, photographe amateur, entre comme employé au Bureau de l'immigration, une position privilégiée qui lui donne la possibilité d'avoir
accès aux femmes et aux hommes détenus dans le centre en attendant qu'on statue sur leur sort. Pendant une vingtaine d'années il construit une œuvre photographique autour de ces migrants.
Le matériau est extrêmement riche : une telle variété d'individus, d'âges, de langues, de costumes, d'origines sociales, de couleurs de peau, de comportements ne peut qu'inciter le photographe à s'interroger sur ses modes opératoires. Quoi et qui
photographier ? Pourquoi ? Comment ? De quelle manière ? Et puis très vite se pose la question du classement. Regrouper certains individus ? En isoler ? Dans quel décor ?
Dedans, dehors ? (à l'époque et pour Sherman le matériel photographique est lourd, peu maniable, exige des contraintes de temps de pose, etc.). Il semble que ce photographe s'inscrive malgré lui dans un nouvel usage de la photographie qui va consister à tenter de révéler, d'identifier et de classer dans la veine et l'état d'esprit à visée anthropologique en cours dans cette seconde partie du XIXe siècle. Ce qui est intéressant dans l'exposition est de repérer les hésitations du photographe dans sa volonté de classement, de regroupement jusqu'au délire qu'il mettra en place en rassemblant des militaires d'origines les plus variées mais visuellement semblables. |
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Le costume occupe une place importante et l'on sent que Augustus Frederick Sherman a été ébloui par cette variété qui renvoie à la fois à l'identité de chacun de ces
migrants mais également à l'identité de leur contrée d'origine. Ce costume est le dernier lien avec leur passé, avec leur appartenance au groupe. Ils vont s'en débarrasser au moment de
rentrer en Amérique. C'est un rite de passage. L'œuvre de Augustus Frederick Sherman n'est pas celle de Lewis Hine. Elle est plus hésitante, sûrement plus malhabile mais est un témoignage émouvant et a l'avantage de nous faire percevoir certaines choses du fait de ces hésitations dans les dispositifs et de certaines approximations que l'on y décèle. Mais elle reste attachante. Penser à lire les commentaires et indications de l'auteur, directement sur les épreuves. |
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Cette exposition est présentée dans cette étonnante architecture de la porte dorée où l'on pouvait admirer des collections maintenant visibles au musée du Quai Branly. Le lieu est imposant et malheureusement, j'ai l'impression que les photographies d'Augustus Frederick Sherman n'ont pas bien pris la mesure de l'espace qui leur était confié. C'est bien dommage car ce photographe est une découverte.
Il ne faut pas oublier de prendre le temps de regarder un film (15mn) de Meredith Monk sur Ellis Island. Ce film est diffusé dans
l'exposition. Il a pour décor Ellis Island, joue sur les rituels, met en scène les corps, a pour support sonore une bande son d'une grande qualité. C'est un très bel objet plastique
qui se situe entre le documentaire et la fiction ou plutôt une sorte de recréation fictionnelle. |
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Augustus Frederick Sherman : Portraits d'Ellis Island (1905-1920) du 14 novembre 2007 au 7 janvier 2008 Cité Nationale de l'Histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée 293 avenue Daumesnil 75012 Paris |
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Commentaires
Donc, si j'y retourne, je raconterai.
Ah, la TV... Ils en disent des choses à la TV...
