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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 17:53
  Catherine Poncin
«vis-à-vis, Seine-Saint-Denis»
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Catherine Poncin expose des photographies au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Ce sont de grandes photographies argentiques encadrées de bois. La particularité de Catherine Poncin est qu'elle n'est pas l'auteur de ces instantanés mais bien l'artiste qui a fabriqué ces images photographiques.

«Depuis 1986 Catherine Poncin poursuit une recherche photographique et plastique engagée sous le titre générique «De l'image par l'image». C'est à partir d'images qui existent déjà, telles que photographies trouvées, fonds d'archives, illustrations de presse, télé, etc., que s'élabore sa démarche artistique. Les isolant de leur contexte, elle procède alors à l'exploration de leur représentation. Par indices prélevés et par l'évocation qu'ils lui suggèrent, elle construit le parcours fictionnel d'une mémoire ainsi «affectée» . C'est par cet autre regard, allant au-delà du simple constat représenté, que par détournements que vont s'exposer ses travaux sous forme de : séquences, panneaux, installations, performances, objets. »*
           
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Cette fois-ci, l'artiste  a travaillé  dans le cadre d'une résidence chez Synesthésie  au cours de l'année 2006 et en collaboration étroite avec les habitants de la Seine-Saint-Denis.
Catherine Poncin a demandé à des familles d'origine maghrébine d'ouvrir leurs albums de famille afin d'y extraire des  photographies qu'elle a «recyclées»,
comme elle le fait habituellement. L'intention était de partir de fragments, de les agencer et de produire des espèces de fictions, d'éclats de mémoire revisitée. Elle insiste notamment sur l'image comme relique, mais une image qui se dissout, mute, s'interprète.

Dans le catalogue d'une exposition de Catherine Poncin que l'on a pu voir en 1999 à la galerie Filles du Calvaire, Paul Ardenne parle de cette artiste comme d'une «post-photographe». C'est en effet une artiste qui part
d'un matériau déjà constitué, va s'approprier ces images, les rephotographier et les installer selon des dispositifs qui vont produire du sens, un sens évidemment différent de ces photographies à l'état brut. Ces photographies vont subir des fragmentations, des dédoublements, des détournements, des répétitions, des encadrements (par d'autres images), des recadrages parfois surprenants, de légers mouvements visant à les désaxer, etc.

Il s'agit d'un travail extrêmement intéressant, d'une grande sensiblité qui met en œuvre une connaissance pointue de ce qu'est une image. J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour ce travail  de «l'infra-mince», ce travail de déconstruction puis de construction que l'on pourrait décliner à l'infini. Mais Catherine Poncin sait faire des choix, sachant que l'album de photographies procède déjà d'un choix, d'une sélection (donc d'une série d'exclusions) et qu'elle-même, en reconstruisant ces parcours fictionnels va procéder elle aussi, à son tour, à d'autres sélections, d'autres exclusions.


On sent chez Catherine Poncin une réelle empathie pour son sujet ; la photographie chez elle relève d'une posture humaniste et  c'est tout à son honneur. Il me semble néanmoins que cette série fonctionne un tout petit peu moins bien que certaines autres que j'avais admirées comme Polysémie Memoria ou encore 
Clair-obscur, mémoire des fosses qui traitait comme Vis-àvis Seine-Saint-Denis  de catégories humaines dévalorisées, oubliées comme ce monde des mineurs. Ce léger questionnement sur la fonction de ces images exposées est-il dû à la couleur introduite dans les œuvres par Catherine Poncin (qui leur donne une espèce d'actualité), à la proximité de ces familles issues de l'immigration que l'on rencontre à la fois dans les images et dans la rue (où l'on cherche à saisir la relation à ces images) ?

Mais comme l'écrit Paul Ardenne dans la préface du catalogue d'exposition pré-cité : « La photographie ne sert pas seulement à illustrer le monde. Il lui revient aussi, se pensant comme image, de s'imager comme pensée.»**
           
           
Exposition Catherine Poncin, «vis-à-vis, Seine-Saint-Denis» 27 septembre-16 décembre 2007, Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis
           
*extrait du catalogue Catherine Poncin, accompagnant l'exposition présentée à la galerie Filles du Calvaire en décembre 1999, Éditions Filigranes, 2000, p 105
** op. cit. p 9


photographies (de mauvaise qualité) de l'auteur
           

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